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 Anciens topics Sonnybeth

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Marylou Odair

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Bavardages : 298
Âge : 25 y.o.

MessageSujet: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:02

My first love [R.]

Sonny Fitzgerald a écrit:
Elizabeth & Sonny

Assis sur un rocher, au bord du lac, Sonny gribouillait activement sur son carnet à dessins. S’il préférait se pencher sur le portrait de femmes, le jeune Fitzgerald ne serait pas moins ébloui par la beauté de l’endroit. Petit, il s’y rendait souvent en famille et c’était toujours un plaisir de se poser là pour mieux observer l’environnement alentours. C’était inspirant et si nombreuses personnes aimaient plonger dans l’eau fraîche du lac, Sonny, quant à lui, venait ici pour se ressourcer et laisser parler son imagination. En cette fin d’année, les rayons du soleil caressant la surface de l’eau donnaient une toute autre ambiance à Sunset Creek. Après avoir passé un long moment à observer le moindre détail de l’espace, Sonny avait guidé ses doigts sur le papier pour reproduire à l’identique cet endroit magique, qui l’avait tant séduit enfant et qui continuait encore et encore à le faire. Lorsqu’il fut satisfait de son dessin, il s’arrêta. Rangeant son calepin dans son sac avec ses stylos, il se leva et marcha quelques minutes le long du lac jusqu’à trouver l’endroit parfait pour profiter de la beauté du paysage. Il savait pertinemment bien où la vue était la meilleure. Il n’avait pas mis les pieds ici depuis un moment mais cela ne l’empêchait guère de se souvenir parfaitement de la chose. Les yeux fermés, il aurait pu redessiner Sunset Creek sans se tromper. Il le savait. Arrivé à destination, il se laissa tomber dans l’herbe fraîche, son sac sous sa tête. Le rêveur qu’il était se laissa bien vite fasciné par le ciel et tomba rapidement dans un sommeil reposant.

Lorsqu’il réouvrit les yeux, le soleil était bien bas dans le ciel. Pour cause, en hiver, les journées étaient plus courtes et la nuit ne tarderait pas à tomber. Il avait dormi deux heures, sans se soucier de l’endroit où il se trouvait. D’ailleurs, c’était tout juste s’il ne s’était pas senti allongé dans son propre lit, tellement l’endroit lui était familier. Se relevant péniblement, Sonny s’étira avant de récupérer ses affaires et se diriger vers la ville. Cependant, sa marche rapide fut interrompue par une vision… Sonny ne trouva pas le mot. Agréable ? Pas totalement. Détestable ? Il ne fallait pas non plus exagérer. Quelque chose entre les deux, presque gênant. Elizabeth se trouvait à quelques mètres de lui. Il l’aurait reconnu entre mille. Même s’ils ne s’étaient pas vus depuis des années, il savait que cela ne pouvait être qu’elle. Elle avait été la première femme pour qui son cœur avait battu la chamade, la première à lui faire découvrir les sentiments amoureux et l’affection qu’une femme pouvait apporter à un homme. Leur histoire s’était plus mal terminée et c’était bien ce détail qui dérangeait Sonny. Les joues rougissant légèrement, il arriva à sa hauteur. Il ne pouvait pas faire demi-tour et faire comme s’il ne l’avait pas vu aurait été bien puérile. Le regard quelque peu fuyant, il prit son courage à deux mains. « Lizzie ? » Oui, question idiote qui ne servait pas à grand. Sonny savait que c’était elle mais comme pour s’assurer qu’il ne se trompait pas, ou plutôt qu’il ne rêvait pas, il n’avait pu s’empêcher. Il ne savait de toute manière quoi lui dire et la situation devenait rapidement gênante.
Elizabeth Rosebury a écrit:

Le soleil finissait sa course dans le ciel lorsqu'Elizabeth sortit faire un tour. Elle avait toujours particulièrement aimé ce moment de la journée. Lorsque le soleil est tel qu'il ne fait ni jour, ni nuit. Elle adorait ce moment parce qu'à Sand Valley pratiquement plus personne ne se baladait dehors. Du moins avant. Elle eut la désagréable surprise de trouver sur son chemin un tas de jeunes prêts à faire la fête. Elle admirait leur insouciance et cette capacité à rire de tout et de rien. Elle aurait aimé pouvoir vivre cela, être innocente tout simplement. Ne pas penser à demain, s'amuser et puis on verra. Elle aurait aimé avoir une jeunesse. La sienne elle avait passé au combat. Un tout autre style de vie. Elle ne regrettait rien mais de voir ces jeunes gens si souriant la rendait plus maussade encore. Elle les enviaient et les détestaient en même temps. Aucun d'eux ne pouvait imaginé le sacrifice que tant d'hommes et de femmes faisaient en ce moment précis. Elizabeth, elle, savait. Elle l'avait vécu. Resserrant sa modeste veste en daim autour d'elle, elle pressa le pas et dépassa bientôt la dernière maison de la ville. L'endroit où elle avait l'intention de se rendre serait plus calme. Au moins une chose qui n'avait pas changé ici. Le lac avait toujours été son petit refuge, son coin de paradis. Elizabeth avait grand besoin de son moment de solitude. Malheureusement, une fois de plus, le destin en avait décidé autrement. « Lizzie ? » Relevant les yeux dans un battement de cœur qui cessa aussitôt toute activité, elle stoppa net sa marche. Impossible de s'y méprendre. Il avait beau avoir dix ans de plus quelque chose chez lui n'avait pas changé. Son visage angélique était resté le même. « Avec de la barbe. » songea-t-elle. Elle eut l'impression que son cœur avait lâché prise pendant plusieurs minutes. Son retour à Sand Valley ne s'était pas décidé du jour au lendemain. La possibilité, voire la certitude, de retrouver Sonny lui avait causé des insomnies. Leur dernière conversation, ou plutôt dispute, lui avait coûté cher et elle avait redouté de le revoir. Le moment était à présent arrivé et elle ne se sentait pas du tout prête pour ce qui allait suivre. Elizabeth aurait préféré, et de loin, prévoir cette rencontre. « Salut. » Voilà tout ce qu'elle trouva à dire après dix ans d'absence. Gênée comme jamais elle ne l'avait été auparavant, sauf peut-être la fois où elle avait dû aller demander des tampons à l'infirmerie de sa base qui, bien sur, était composé majoritairement d'hommes qui la dévisageait, l'envie de se ronger les ongles la prit. Elle dû faire un effort pour contrôler cette sale manie qui l'envahissait à chaque monté de stresse. Le voir en chair et en os, en si bonne forme et si séduisant la rongeait de l'intérieur. Elle l'avait souvent imaginé dans ses moments de solitude, se demandant si ses cheveux avaient poussé, si il avait pris encore des centimètres. Mais le plus souvent Elizabeth s'était demandé si il pensait à elle ou si il l'avait oublié. Malgré tous ses efforts pour ne pas y penser, Lizzie, elle, ne l'avait jamais effacé de sa mémoire. Se mordillant la lèvre inférieure elle déglutit et tint sa main droite étroitement dans la gauche. « Comment tu vas ? » De plus en plus banal, de plus en plus ridicule. Son cœur battait la chamade, si bien qu'elle cru qu'il allait exploser dans sa poitrine. Elle hésita. L'envie de se blottir dans ses bras l'assaillit en même temps que celle de le gifler pour ne pas avoir compris ses raisons.
Sonny Fitzgerald a écrit:
La gêne s’était rapidement emparée du corps de Sonny. Face à Elizabeth, il ne savait désormais plus comment agir. Leur dernière conversation s’était soldée en dispute, entraînant ainsi la fin de leur relation amoureuse. Un gouffre les avait séparé, et leurs visions respectives de la vie semblaient à des années lumières l’une de l’autre. Depuis ce jour, ils n’avaient plus échangé un seul mot. Un silence radio qui avait jadis fait souffrir Sonny mais qu’il avait finit à apprivoiser, avec beaucoup de patience et d’efforts. Oublier Elizabeth aurait été la solution parfaite au problème, comme lui avait souvent suggéré Peter, mais Sonny en avait été complètement incapable. Pour cause, la jeune femme avait été son premier amour et pour le passionné qu’il était, il était tout bonnement impossible de renier cela. Elizabeth semblait tout aussi mal à l’aise que lui, et cette idée le réconforta quelque peu. Ils semblaient totalement idiots, tous les deux, à ne pas savoir quoi dire et quoi faire. Comme deux enfants amoureux qui n’osaient pas agir. Pourtant, leur histoire d’amour appartenait au passé, la page avait été à jamais tournée. « Oui, salut. » répondit-il, se voulant indifférent à leurs retrouvailles et détendu. Mais il n’en était rien : ses joues rougissantes et la main qu’il passa dans ses cheveux le trahissaient. A nombreuses reprises, par le passé, Sonny avait imaginé leurs retrouvailles. Souvent, il avait rêvé du retour de Lizzie. Elle était devant lui, les yeux embués, lui demandant pardon de l’avoir laissé, d’avoir brisé son rêve d’emménager ensemble et de construire quelque chose de plus sérieux à l’université mais aussi et surtout de s’être engagée dans l’armée. Mais en vain. Lizzie n’était jamais revenue et voilà qu’aujourd’hui elle se tenait face à lui. Dix années s’étaient déroulées depuis, et même si le temps avait eu son effet sur le physique de la jeune femme, Sonny reconnaissait bien là les traits fins de son visage, qui l’avaient tant séduit par le passé. Quelque peu honteux de contempler ainsi la jeune femme, il planta son regard dans celui d’Elizabeth. La question qu’elle lui posa raviva légèrement la colère qui l’avait tant possédé lorsqu’elle lui avait annoncé son départ pour l’armée. « C’est plutôt à toi qu’il faut poser cette question. » rétorqua-t-il, un peu trop durement à son coup mais les paroles avaient fusé et il était désormais trop tard pour les retirer. Son regard glissa sur le lac, situé à quelques mètres d’eux, puis sur le soleil qui se couchait doucement. Comment avait-elle pu se battre ? Tuer des personnes ? Vivre avec la peur au ventre ? Il ne l’avait jamais compris et ne la comprenait toujours pas. Elle, si douce pourtant. Quelle idée lui avait-elle traversé l’esprit ? Pourquoi diable avait-elle tout plaqué pour vivre une existence ensanglantée et triste ? Il tourna à nouveau le visage vers Lizzie, attendant une réponse. Comment se sentait-elle après toutes ses années à se battre ? Avait-elle tué quelqu'un ?
Elizabeth Rosebury a écrit:


Les quelques mètres qui les séparaient l'un de l'autre physiquement n'était rien en comparaison du de la distance qui séparait leur deux esprits. Elizabeth n'avait pas besoin de se poser la question du comment et du pourquoi. Elle savait parfaitement ce qui les avaient amenés à se comporter comme de quasi étranger. Et cette raison qui lui paraissait bonne la faisait souffrir malgré tout. En détaillant Sonny elle s'aperçut que, bien qu'ayant dix ans de plus, il n'avait pas changé. Il avait toujours ce charme qui avait plu à la jeune adolescente qu'elle était, ce teint un peu foncé qui dépareillé avec sa propre peau pâle. En le quittant dix ans plus tôt elle avait emporté avec elle le souvenir d'un visage d'adolescent meurtri. Revenue à Sand Valley elle retrouvait un homme fait. Les dix années passées loin de la ville, de ses vieux amis et surtout de lui, la frappèrent en plein cœur et lui mirent un gifle. « C’est plutôt à toi qu’il faut poser cette question. » Il lui en voulait terriblement. Sa voix venait de trahir le fond de sa pensée. Les yeux d'Elizabeth la picotait. Son visage fermé laissa apparaître un triste sourire. Comment allait-elle ? Physiquement bien. Mentalement c'était une autre affaire. Elle ignorait si elle allait bien ou non. Elle n'était pas guéri du mal qui l'avait prise quelques mois plus tôt et doutait de pouvoir en guérir un jour. « Ça ne va pas mal. » Un demi mensonge valait mieux que la vérité brute. Elle était incapable d'avouer ses faiblesses, plus incapable encore de parler de ce qu'elle avait vécu. Il lui était impossible d'avouer que tout foutait le camp, qu'elle se sentait pire que mal, qu'elle avait parfois tellement mal qu'elle pensait à la mort. Tout ça devait rester secret, caché au plus profond de son âme dévastée. Il n'avait pas compris dix ans plus tôt, pourquoi comprendrait-il aujourd'hui ? Si il devait la détester encore alors soit.

La gêne leur tournait autour et bien qu'elle eut toujours trouvé adorable de voir Sonny rougir, elle ne le supporta plus et baissa les yeux sur ses bottes. Éviter cette rencontre à tout jamais aurait été impossible. Pourtant en ce moment-même elle souhaitait pouvoir changer le cours du temps et retourner au fond de son lit. De tous les habitants de Sand Valley c'était sa réaction à lui qu'elle craignait le plus. Elle avait déjà mal supporté leur rupture et les mots qu'il lui avait dit résonnaient encore dans sa tête. Elle l'avait détesté pour ne pas l'avoir comprise, pour ne pas l'avoir supporté à ce moment. Elle avait passé des nuits à pleurer, faisant son possible pour que personne ne sache. Elle s'était sentie trahie et plus seule que jamais. Le perdre lui à un moment décisif de son existence, avait été la première épreuve de sa vie. On dit souvent qu'à 17 ans on ne sait rien du véritable amour ni même de la vie. C'est faux. Elizabeth savait. Elle avait su dès ses 14 ans lorsque son regard sur Sonny avait changé. Tout cela était fini à présent.

Elle regardait obstinément ses bottes depuis trop longtemps. Elizabeth perdait le contrôle de la situation comme jamais auparavant. Au combat elle s'était toujours montré d'une incroyable force ce qui lui avait valu d'être considéré par ses camarades et de monter en grade. Aujourd'hui face à un seul homme elle était incapable de montrer cette même force. Elle restait là, debout, le regarde stupidement accroché au sol. Comment pouvait-elle être aussi différente de ce qu'elle avait été ? Relevant les yeux et ouvrant la bouche, elle s'aperçut que lui aussi s'apprêtait à dire quelque chose. Elle se stoppa. Qu'allait-elle dire de toute façon ? Les mots allaient être du banalité à mourir. Et ces mots sortirent malgré tout. « Qu'est-ce que tu es devenu ? » Elle se souvenait de son désir de vouloir aller à l'université. Qu'aurait-elle donné pour être une fille banale qui fait des études ? Elle aurait été brillante, sa mère le lui disait souvent. Elle avait eut le choix et elle avait fait celui de l'armée. Elizabeth n'avait jamais regretté. Ses raisons étaient bonnes. Si c'était à refaire il y avait fort à parier qu'elle repartirait pour le Kentucky à la base militaire de Fort Campbell, laissant derrière elle un cœur brisé et des espoirs en miettes.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Sonny ne voulait pas être méchant envers Lizzie. La dureté de sa question n’était pas désirée. Mais il fallait qu’elle comprenne que sa décision de s’engager dans l’armée restait toujours un grand point d’interrogation dans l’esprit du jeune homme. Il ne la comprenait pas et ne la comprendrait sans doute jamais. Il détestait la guerre, la violence et le sang qui coulait sans raison valable. Il prônait la paix et la générosité. Il était de ceux qui pensaient que l’espèce humaine n’était pas perdue et qu’elle ne demandait qu’à évoluer de manière positive. Les valeurs n’avaient peut-être plus la même importance que par le passé, mais elles étaient toujours tapies dans un coin, prêtes à s’imposer lorsque la société le voudrait. Sonny gardait l’espoir que tout s’arrange et que les batailles cessent partout dans le monde entier. Les provoquer et y participer ? Il en était tout bonnement hors de question. Et la simple idée de combattre était écœurante à ses yeux. Lizzie le dégoûtait aussi, en quelque sorte. Comment une aussi belle et jeune femme pouvait prendre une telle décision avec une facilité déconcertante ? Et renier du jour au lendemain une histoire d’amour pour faire la guerre ? Sonny avait la sensation d’avoir été sacrifié au profit de cette dernière, et cette idée lui faisait mal. Même si dix années avaient passé depuis leur rupture, il n’avait rien oublié. Certes, aujourd’hui, il avait fait le deuil de cette relation amoureuse qui aurait pu déboucher sur une fin heureuse. Il avait réussi à combattre tous les sentiments qu’il éprouvait à l’égard de Lizzie, même les plus résistants. A l’exception d’un… la déception. « Je suppose que tu es revenue ici pour te ressourcer. » fit-il, sur un ton toujours plus dur qu’il ne l’aurait voulu, mais son cœur dictait bien souvent sa raison. Il ne contrôlait pas et ne pouvait s’empêcher d’exprimer à voix haute ce qui l’avait tant possédé par le passé. Que faisait-elle de retour à Sand Valley ? L’été était loin, décembre était bien installé. Elle n’avait donc aucune raison d’être ici. Pour autant, il ne dit rien de tout cela car la ville ne lui appartenait pas. Lizzie faisait ce qu’elle désirait et il n’avait guère son mot à dire là dedans. Mais sa curiosité avait été piquée à vif suite à la réponse de la jeune femme. Elle n’allait donc pas si bien que cela. Surprenant après ses années de guerre, pensa-t-il ironiquement sans oser l’annoncer.

Gêné par la présence de Lizzie mais aussi par ses pensées qu’il trouvait trop dures à l’égard de la jeune femme, Sonny sentit une nouvelle fois ses joues rougir. Il détestait ses moments pareilles où la sensation de ne pas être à sa place apparaissait. Il avait souvent imaginé leurs retrouvailles mais jamais d’une manière aussi… brutale. Il ne s’était pas préparé à la revoir maintenant et ne savait ni quoi dire ni quoi faire. La déception était ancrée à lui, mais l’envie de la serrer dans ses bras pour la réconforter après ses années de souffrance physique et morale naissait doucement en lui. Il ne voulait pas se laisser aller à de telles choses, elle ne les méritait sans doute pas. Lorsqu’elle baissa les yeux vers le sol, Sonny se sentit presque honteux de lui infliger cela. Tourner les talons, s’enfuir en courant… ces idées lui avaient traversé l’esprit mais il n’en fit rien. Comme aimanté par la jeune femme, il ne bougea pas. Son regard posé sur elle, il lui laissa le choix : désirait-elle vraiment tenir une conversation avec lui maintenant ou voulait-elle rentrer chez elle ? Sonny était planté face à elle et attendait. Il ne savait pas comment agir et laissait donc Lizzie choisir pour eux. Finalement, la jeune femme décida de le questionner à son tour.

Le regard de Sonny glissa aussitôt sur le lac, et les souvenirs l’envahirent aussitôt. Qu’était-il devenu ? Durant ces dix longues années, nombreuses choses avaient changé : il avait quitté la ville pour l’état du Michigan, il avait rencontré d’autres femmes, avait connu d’autres histoires amoureuses. Il avait trouvé sa voie et était enfin prêt à prendre son envol. Il aurait pu dire tout cela à Lizzie mais une toute autre phrase s’échappa de ses lèvres. « Ce que j’ai fait durant ces dix longues années ? » Il répéta la question à sa manière, avant d’y répondre enfin. « J’ai vécu la vie banale dont rêvent les adolescents : j’ai été à l’université. » Rien de plus, rien de moins. Cependant, cette fois-ci, ces propos étaient comme des couteaux aiguisés : destinés à faire mal à la personne qui les recevait. Culpabilisant aussitôt, il s’empressa de reprendre la parole. Il ne voulait pas de drame ou d’une énième dispute avec Lizzie, il avait assez donné par le passé et ne désirait plus s’encombrer avec pareille chose. « Je suis désolé Lizzie mais je ne peux pas faire comme si rien n’était. » Cette fois-ci, c’est Sonny qui baissa son visage vers le sol, ne voulant pas croiser le regard d’Elizabeth qui, si elle était restée la même, ne tarderait pas à s’embuer. Et il ne voulait pas de ça.  « Je vais te laisser et rentrer chez moi. J'espère que ton retour à Sand Valley se passera bien. » ajouta-t-il, prêt à reprendre sa marche rapide.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Mentir sur ses propres sentiments lui paru tout à coup d'une simplicité enfantine. Quand avait-elle acquis suffisamment d'assurance pour ça ? En tant que femme dans un monde d'hommes elle avait bien vite appris un tas de choses. Le mensonge en faisait parti. Il fallait qu'elle soit aussi forte qu'eux et donc, par conséquent, qu'elle ne leur montre jamais la vérité. Elle avait eut tellement l'habitude de dire que tout allait bien que les mots n'avaient pratiquement plus aucune saveur dans sa bouche. Comme un automate qui répète sa léthargie, Elizabeth regardait Sonny avec la sensation étrange de le trahir à nouveau. Se ressourcer ? Ainsi donc il pensait qu'elle était revenue par pur plaisir, pour seulement quelques jours de permission. Ce serait tellement plus simple, pensa-t-elle. Elle n'aurait qu'à oublier cet instant, le mettre de côté. Il pourrait reprendre sa vie banale et oublier aussi. Mais ce n'était pas le cas. Lizzie n'était pas revenue pour une semaine ou deux. Elle était bel et bien de retour. « En quelque sorte. » Si elle avait quitté New-York c'était bien pour se reposer. Elle ne supportait plus la grande ville, ses innombrables taxis, tous ces gens pressés, le bruit incessant. Elle en été arrivé à ne plus sortir de chez elle, tétanisée par la simple idée de sortir et de faire quelques pas dans la rue. A Sand Valley elle ne risquait rien. Elle s'y sentait en sécurité. Depuis son arrivée elle n'avait eut aucune grosse crise. Bien sur il lui arrivait encore de se réveiller en sursaut et en sueur au beau milieu de la nuit. Elle avait encore des insomnies et sursauter en entendant un bruit familier qui lui rappelait l'Irak. A part cela les choses s'arrangeaient. Elle se sentait presque normale.

« J’ai vécu la vie banale dont rêvent les adolescents : j’ai été à l’université. » Son cœur se serra. Elle eut l'impression qu'on le lui poignardait et qu'une main puissante venait le serrer jusqu'à ce qu'il cesse enfin de battre. Elle ne mourût pas pourtant. Il en avait tant rêvé de cette vie là. Et elle était partie, ruinant ses espoirs. Aujourd'hui, après presque dix ans, elle se tenait devant lui, ses yeux la brûlant plus que jamais. Elle ne pleurait jamais en public. Jamais. Pourtant aujourd'hui retenir ses larmes lui demanda un effort surhumain et bien malgré elle Lizzie vit le beau visage de Sonny se brouiller. Sa vision troublé par les larmes qui lui montaient au yeux, elle se détourna vers le lac. Cela n'avait rien d'une comédie. Elle non plus ne voulait pas jouer à faire semblant. Elle ne voulait pas dire que tout allait bien, que l'incident était oublié, alors que ce n'était qu'un mensonge. Comment pouvaient-ils, l'un et l'autre, faire comme si rien ne s'était passé ? Tout avait changé et ils  n'étaient plus ces enfants de 17 ans. Le comportement de Sonny en était la preuve. Elizabeth en revanche avait encore un air d'adolescente parfois, mais si bien cachée qu'il était pratiquement indétectable.

Elle ricana. Tout cela sonnait incroyablement faux. Elizabeth se retourna vers lui qui essayait déjà de prendre la fuite. « Oh mon retour est merveilleux !! Tout le monde me déteste et me lance des cailloux. Je ne me suis jamais sentie aussi bien de toute ma vie ! » La colère s'était finalement emparée d'elle et Lizzie n'avait pas réussi à la canaliser. Depuis son retour il lui était impossible de ne pas s'emporter. Sa voix, bien que quelque peu brisée, portait toute la haine qu'elle avait accumulé ainsi que celle qu'il lui inspiré en ce moment même. « C'est ça rentre chez tes parents ! Tu ne peux pas oublier ce qui s'est passé ? Parce que moi je le peux peut-être ? » Ses membres tremblaient mais elle avait encore la force d'avancer jusqu'à lui avec un air presque menaçant. Son cœur battait à un rythme démesuré mais elle n'était pas prête à laisser redescendre la colère et l'adrénaline. Elle avait accumulé les accusations depuis quelques temps et n'en pouvait plus. Il fallait qu'elle laisse sortir toute cette colère, cette frustration, cette haine qui la dévorait. « Mais on s'en tape de ce que Lizzie peut ressentir ! Ce n'est qu'une tueuse sans foi ni loi hein ? Ouais peut-être même qu'elle a tué des gamins pour le plaisir ! » C'était à peine si elle se rendait compte de ce qu'elle disait. Les mots sortaient tout seuls de sa bouche sans qu'elle n'ai besoin d'y réfléchir avant. « Rentre chez toi Fitzgerald avant que la tueuse ne réapparaisse et te flingue sur place !! » Elle avait bien une arme sur elle. Elle en avait toujours une. Reculant de quelques pas, elle ricana à nouveau avant de sentir le goût salé caractéristique des larmes sur ses joues. Là Elizabeth s'arrêta. La colère sembla disparaître de sur son visage mais au fond d'elle la rage faisait encore battre le sang dans ses veines. Tout son corps tremblait. « Tu n'es qu'un lâche. » Jusqu'ici elle avait presque hurlé et s'était montré d'une cruauté sans faille. Cette dernière phrase elle l'avait pratiquement murmuré, comme si elle voulait qu'il n'entende pas. Sa poitrine montait et descendait au rythme de sa respiration rapide. Elizabeth n'avait jamais perdu le contrôle de la sorte devant un inconnu, un ami ou une vieille connaissance, ou peu importe ce qu'il était désormais. Il n'y avait que ses parents et son frère qui l'avait vu dans un état de crise. Ce qu'elle venait de dire et son comportement présent n'en était pourtant pas une nouvelle. Lizzie était traitée contre et avait consciencieusement pris ses médicaments. A New-York, avant qu'elle ne commence sa thérapie, ses crises de paranoïa et de violence s'apparentait à de la folie pure. Rien à voir avec le comportement qu'elle venait d'avoir qui pour elle semblait normal. D'un revers de main elle essuya les larmes sur ses joues. Ses yeux continuaient à la brûler et sa gorge s'était tout à coup nouée. La colère n'était pas encore totalement retombée et pouvait réapparaitre à tout moment. Néanmoins d'autres sentiments plus doux venaient se mêler à celle-ci, mettant Elizabeth dans une situation de parfaite incompréhension quand à ce qu'elle ressentait réellement au fond d'elle. Colère, déception, dégoût, tristesse, peur et mélancolie jouaient une étrange symphonie dans son cœur.


Sonny Fitzgerald a écrit:
Sonny ne savait toujours pas pour quelle raison Lizzie était revenue à Sand Valley. Tout comme lui, elle ne semblait pas vouloir lui offrir quelques détails sur son existence. Rien de bien surprenant en soi, c’était là un juste retour des choses. La curiosité de Sonny aurait pu être piquée à vif, mais il n’en fut rien. Détaché, il ne voulait plus s’inquiéter pour la jeune femme, passer des nuits sans sommeil à se demander où elle était, si elle allait bien mais surtout si elle était toujours en vie. Il ne voulait plus sacrifier son bonheur personnel pour quelqu’un qui n’avait que faire du sien. Lizzie l’avait laissé tomber alors qu’il s’était imaginé vivre une belle histoire à ses côtés, quelque chose de plus sérieux, quelque chose qui ressemblait aux couples d’adultes qui l’avaient toujours fasciné. S’installer avec elle, trouver un appartement et le décorer ensemble, mêlant deux styles totalement différents pour construire quelque chose d’unique. Comme leur couple. Lizzie avait tout refusé, pour s’engager dans l’armée. Aujourd’hui face à elle, Sonny ne voulait plus fléchir. Elle ne méritait pas qu’il s’intéresse à elle. C’est pourquoi il se contenta d’hausser les épaules lorsqu’elle lui répondit une réponse des plus vagues. Elle ne voulait rien dire, alors il ferait avec.

Cependant, et bien malgré lui, il ne put jouer l’indifférent et le détaché bien longtemps. Lorsqu’elle le questionna sur son devenir, la colère s’empara à nouveau de son corps. C’était tellement facile. Lui avait-il fallu dix ans pour désirer prendre de ses nouvelles ? Comptait-il si peu à ses yeux pour qu’elle ne daigne même pas le contacter ou le rejoindre durant ses permissions ? Dix longues années à attendre un signe de sa part, et voilà qu’aujourd’hui, elle était là face à lui, prête à lui donner ce qu’il avait tant souhaité par le passé. C’était bien trop tard. Le temps avait eu son effet sur Sonny, qui s’était juré de tout oublier, d’abandonner tout espoir de revoir un jour Lizzie ou de la voir changer d’avis à propos de son engagement. Plantant son regard dans celui de son premier amour, Sonny ne put s’empêcher de répondre durement : une réplique cinglante qui ne lui correspondait pas. Mais le manque et la déception procurée par la jeune femme avaient un impact sur la personnalité du jeune Fiztgerald. Face à Lizzie, il ne voulait plus être le même homme, celui qui était trop amoureux et qui avait connu la plus grosse déception de sa vie. Il voulait lui prouver que sa vie était parfaite, malgré qu’elle ne soit pas à ses côtés. Leur montrer qu’il avait tout réussi, sans son aide et son soutien. La pousser à regretter sa décision. Terriblement. Comme pour rattraper le mal qu’elle lui avait causé, comme pour compenser sa souffrance. C’était stupide et sans doute puéril, mais Sonny était arrivé à un point de non retour. Faire face à Lizzie était aujourd’hui essentiel. Tous les efforts qu’il avait faits pour l’oublier et avancer dans la vie ne devaient pas être réduits à néant à cause de leurs retrouvailles.

Mais la personnalité trop généreuse et ouverte de Sonny reprit rapidement le dessus. Il éprouva une telle culpabilité d’agir ainsi avec Lizzie qu’il voulut partir et rentrer chez lui, pour oublier cette discussion et le regard embué qu’elle portait sur lui. Mais c’était trop tard. Le mal était fait et la réaction de Lizzie ne tarda pas à se faire entendre. Ses ricanements firent pâlir Sonny. Il n’attendait pas moins de la jeune femme, il l’avait cherché et devait désormais en faire les frais. Déglutissant péniblement, il tenta tant bien que mal de garder les yeux rivés sur le visage de Lizzie. Il ne dit rien lorsqu’elle laissa éclater sa colère à voix haute, sa déception et tous les autres sentiments qui possédaient son corps actuellement. Elle ouvrait son cœur à Sonny et semblait plus que mal au point. Pourtant, juste avant, elle avait tenté de tout cacher, faire la femme fière qui ne regrettait aucune décision et qui se portait bien. Voilà qu’elle apparaissait on ne peut plus faible désormais. Elle n’était plus la même et derrière les larmes qui coulaient sur ses joues, Sonny reconnaissait enfin la Lizzie qu’il avait tant aimé et regretté. Elle n’était plus une combattante qui n’hésitait pas à tuer, elle était une femme avec des faiblesses et un cœur. Sonny ne put cependant s’empêcher de reculer de quelques pas. Il ne savait plus comment agir. La voir pleurer devant lui le faisait souffrir et culpabiliser tellement qu’à son tour, il ne tarderait pas à verser quelques larmes. C’était quelque peu pathétique mais c’était du Sonny tout craché. La gorgée serrée, il laissa le silence s’emparer de l’espace lorsque Lizzie eut terminée sa crise. Puis, il se décida à le briser. « Tu as raison. » se contenta-t-il de répondre, calmement, toujours le regard braqué dans celui de Lizzie. Elle venait de lui dire qu’il était lâche, et il ne pouvait qu’approuver. « Je préfère fuir ces retrouvailles plutôt que de les affronter. Je les ai attendues si longtemps que je ne sais plus comment agir. » Il laissa quelques secondes passer, avant d’enchaîner. « Je t’ai attendu Lizzie. Longtemps. Jusqu’à ce que je comprenne que tu ne reviendrais pas et que tu n’en avais rien à faire de moi. De nous. » Il passa sa main dans ses cheveux, quelque peu mal à l’aise de confier de telles choses à Lizzie. « Tu m’as laissé sur le bas-côté, Lizzie. Et tu as continué ta route sans moi à tes côtés. J’en ai fait de même, avec difficulté certes, mais j’y suis parvenu comme tu peux le voir. Tu ne peux pas me demander de faire comme si rien n’était. Tu n’as pas le droit d’attendre de moi des retrouvailles heureuses et un accueil chaleureux. Pendant dix ans, j’ai attendu un signe de toi. Il n’est jamais arrivé. Il est trop tard pour faire machine arrière. » Sa gorge se nouait au fur et à mesure que les mots s’échappaient de sa bouche. Il lui fallait partir rapidement, s’il ne voulait pas paraître faible à ses yeux à son tour. « Quant aux jugements, tu ne peux leur en vouloir. L’incompréhension est encore sur toutes les bouches : comment une jeune femme si belle, si douce, si généreuse a pu s’engager dans l’armée ? J’ai longtemps cherché une réponse et je ne l’ai jamais trouvé. Comment des personnes qui te connaissent peu ou mal peuvent y parvenir, si moi je n’y arrive pas ? » Il baissa le visage vers le sol, le temps de retrouver un semblant de contrôle sur son corps, qui commençait à faiblir. « Je suis désolé Lizzie mais tu récoltes aujourd’hui ce que tu as semé il y a dix ans. N’en demande pas trop aux gens. » Il passa une nouvelle fois la main dans ses cheveux, c’était bien là un signe de mal être. Il faut que j’y aille, maintenant, pense-t-il intérieurement, mais son corps refusait de bouger. La voir pleurer lui retournait le cœur, l’envie de la serrer dans ses bras se faisait de plus en plus forte et Sonny luttait contre elle au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient. Il avait retrouvé son calme tout au long de son discours et la dureté de ces premiers propos appartenaient désormais au passé. C’était dingue de voir combien il était difficile d’être méchant envers la femme qui l’avait le plus blessé.

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Marylou Odair

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:03

Elizabeth Rosebury a écrit:



Le soleil continuait à descendre et serait bientôt sous les lointaines montagnes. Le paysage autour d'eux devenait peu à peu indistinct et bientôt la nuit totale les envelopperaient. Elizabeth craignait et aimait la nuit. En Irak c'était le moment le plus difficile des longues journées. Lorsqu'ils étaient cantonnés dans une ville, c'était la nuit, toujours, que les bombes tombaient et que les attaques se répétées. Combien de fois avait-elle été réveillé en sursaut par le bruit incessant des fusils et des cris ? Certaines nuit elle les entendaient encore. On lui avait appris à apprivoiser la nuit et à s'en faire un allié. Elle était capable de reconnaître n'importe lequel de ses camarades dans la pénombre rien qu'en voyant sa silhouette se mouvoir. Elle avait eut beau se faire de la nuit une amie, une grande partie d'elle continuait à la craindre. La fraicheur qui accompagne le coucher du soleil la fit frissonner. Le calme revenait peu à peu dans son esprit mais ses membres continuaient à trembloter, de rage et probablement aussi un peu de froid. Le silence qui s'était installé entre eux lui donna l'occasion de porter sa main gauche à sa bouche pour y ronger le peu d'ongles qu'elle avait encore aux doigts. Ses yeux brillant de larmes étaient incapable de se détourner du visage de Sonny. L'armé et la guerre lui avait enlevé tout espoir. Elle n'avait jamais imaginé que de le revoir ferait renaître des sentiments qu'elle croyait oublié. La violence qu'ils avaient fait naitre en elle s'était manifesté quelques minutes plus tôt. Elle ne s'en voulait pas d'avoir été dure. Au contraire, elle se trouvait juste.

Elle avait peut-être raison mais lui aussi. Ils avaient tous les deux espérer des retrouvailles différentes. L'entendre dire ces mots étaient pire que tout ce qu'elle avait vécu. Encore une fois, la douleur physique n'était rien en comparaison de la douleur qui faisait saigner son cœur en cet instant. « Non t'as pas le droit de dire ça. Je n'ai... » Il ne la laissa pas finir et enchaîna. Les larmes roulèrent à nouveau sur ses joues. Elle savait qu'il lui était difficile de dire ces choses. Elle pouvait le sentir et le deviner au son de sa voix. Mais c'était tout aussi difficile de les entendre. C'était vrai. Chacun avait pris sa route, oubliant l'autre. Mais jamais Elizabeth ne l'avait totalement laissé de côté. Une part de Sonny avait toujours été près d'elle, même lorsqu'elle ne s'en rendait pas compte. Leur séparation avait été difficile. Ces retrouvailles l'étaient tout autant. « Je n'attends rien. » Elle se garda bien de dire la vérité. Lorsqu'ils s'étaient quitté Lizzie avait eut du mal à encaisser le choc. Elle ne lui avait jamais écrit lorsqu'elle était encore sur le sol Américain dans cette base d'entrainement. Mais une fois en Irak une autre histoire se jouait. Et ça elle n'était pas prête à en parler. A personne. Elle lui avait écrit sans jamais envoyer aucune des lettres. Il l'avait pratiquement traité de monstre, pourquoi voudrait-il lire ses lettres ? Elle s'était faite une raison et avait abandonné tout espoir. Même si mentir la tuait de l'intérieur, c'était toujours mieux que de le lui avouer et de le voir lui souffrir encore.

Que devait-elle faire pour être comprise ? Une conférence de presse, écrire un livre ? Ça ne changerait rien. On ne pardonne pas à Sand Valley. Il était bien trop tard pour faire machine arrière, en effet. Et elle allait le regretter amèrement. Dégagement une mèche qui lui tombait sur le visage, Lizzie en profita pour s'essuyer grossièrement le visage. Elle n'avait rien de bien féminin sinon ses cheveux mi-longs et sa silhouette fine. Elle n'avait pas le sens de la mode comme les autres filles du coin. Elle acquiesça d'un hochement de tête triste avant de la baisser au sol. « Je ne demandais rien. » En revenant à Sand Valley, Elizabeth s'était attendu à voir ses faiblesses ressurgir. Elle ne pensait cependant pas que la chose serait si rapide. Elle avait beau faire la fière, prétendre qu'elle était une femme forte, tout ça n'était qu'une mise en scène et Sonny le savait pertinemment. Elle n'était rien d'autres que Lizzie la petite adolescente de 17 ans, fragile et perdue. Et elle détestait ça. « Je suis désolée. Pour tout. » Elle prit sur elle de le regarder droit dans les yeux. Il le fallait. Elle le lui devait. « Tu mérites vraiment d'oublier tout ça et de vivre simplement. » C'était tout ce qu'elle pouvait dire. Sa gorge n'était plus qu'un sac de nœud. Il était temps de rentrer et d'oublier. Elle se retourna et amorça son départ, un goût amer au fond du cœur et la sensation désagréable d'être la cause de toutes les souffrances qu'il avait enduré.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Sonny n’avait pu s’empêcher d’ouvrir à son tour son cœur. Et si la colère avait guidé le discours de Lizzie, il n’en était rien pour le jeune Fitzgerald. Aussi surprenant soit-il, le calme s’était emparé très rapidement de son corps. A quoi bon se disputer ? Dix années s’étaient écoulées, ils étaient désormais des adultes capables d’entretenir une conversation sans hausser la voix. Les mots s’échappèrent de ses lèvres doucement et sans que Sonny ne puisse vraiment le contrôler. Ils venaient simplement comme s’ils avaient si longtemps attendu d’être dits. Comme si le jeune Fitzgerald avait répété encore et encore ce discours. Pourtant ce n’était pas le cas. Ces retrouvailles ne ressemblaient en rien à ce qu’il avait imaginé, mais il les acceptait telles qu’elles étaient. Ce qu’avait visiblement du mal à faire Lizzie. L’incompréhension était bel et bien ancrée en lui. Il ne la comprenait pas. Elle avait décidé de le sacrifier sans même écouter les arguments du garçon, sans même prendre le temps de peser le pour et le contre. Elle avait choisi sa vie, et elle semblait l’avoir oublié. Elle n’avait pas le droit d’attendre quelque chose de lui, c’était trop tard. Elle était partie, elle devait assumer cette décision. Revenir en arrière était impossible, le mal était fait et il ne servait à rien de s’acharner sur le passé. Leur amour était de l’histoire ancienne et leur amitié ne ferait pas long feu. Totalement bancale, elle ne tenait plus qu’à un fil : la distance. En effet, c’est cette dernière qui a permis de garder un semblant de lien entre eux. La sensation que leur histoire ne s’était pas terminée sur un point final avait longtemps hanté Sonny. Il y avait un goût d’inachevé et le départ précipité d’Elizabeth en était la cause. Aujourd’hui, leur face à face serait peut-être enfin la fin qu’il avait tant attendue et qui lui permettrait de tirer un trait sur tout cela, de tourner la page définitivement. C’est pourquoi Sonny avait ouvert son cœur à Lizzie, une bonne fois pour toute.

Lorsque Lizzie lui annonça qu’elle n’attendait rien, il ne l’a cru pas. Secouant la tête, il garda son regard rivé dans celui de la jeune femme avant de reprendre la parole. « Ne me mens pas, s’il te plaît. » se contenta-t-il de dire doucement. Il la connaissait, et même si la guerre les avait éloignés, la Lizzie qu’il avait apprivoisé par le passé était toujours tapie en la combattante. Il le sentait, et c’était sans doute pour cette raison qu’il restait planté là, à attendre un je-ne-sais-quoi. Etre rassuré d’avoir aimé une bonne personne ? D’avoir fait un bon choix par le passé ? Un espoir de retrouver la Lizzie qu’il avait tant aimé ? Sonny ne savait pas et ne cherchait pas à comprendre. Rien ne changerait leur histoire. Tout était fini. Quand Lizzie essuya les larmes qui coulaient sur ses joues, le cœur de Sonny se serra. L’envie de la prendre dans ses bras pour la consoler était forte mais il luttait sans cesse contre elle. Il n’avait pas le droit de se laisser aller à cette faiblesse. Il n’avait pas le droit d’anéantir tous les efforts qu’il avait faits jusqu’à maintenant. Non, il n’en avait pas le droit. Lizzie non plus. Elle ne pouvait pas réapparaître dans sa vie et détruire tout ce qu’il avait construit en dix années. Elle devait accepter le changement et assumer jusqu’au bout sa décision. Dans cette histoire, c’était Sonny la victime, non elle. Et la voir pleurer le ferait presque culpabiliser d’avoir appris à vivre sans elle. Si Peter était là, sans nul doute qu’il ne se serait pas gêné pour secouer violemment son ami. Cette pensée arracha un léger sourire à Sonny, qui reprit le contrôle sur ses sentiments et pensées du moment. Et puis… il y avait Silver. Et l’amour qu’il éprouvait à son égard le rendait tellement plus fort face à Lizzie.

« Si Lizzie. Tu aurais voulu que tes proches soient restés les mêmes qu’à ton départ. Mais ce n’est plus possible. Peut-être as-tu la sensation que dix ans ne se sont pas écoulés ou que la Terre a arrêté de tourner en ton absence. Mais ce n’est pas le cas. La vérité, c’est que l’on a appris à vivre sans toi. » Cela lui ferait sans doute mal, mais c’était la réalité. Il fallait qu’elle accepte les faits. « Tu es désolée pour quoi Lizzie ? De t’être emportée il y a quelques instants ? De t’être montrée faible face à moi ? » l’interrogea-t-il, avant d’enchaîner quasi aussitôt. « Ou de m’avoir sacrifié ? » Il fallait qu’il aille jusqu’au bout. Qu’il lui annonce la sensation qu’il avait longtemps éprouvée lorsqu’elle était partie. C’était maintenant ou jamais. Il ne savait même pas combien de temps elle allait rester ici. Il ne pouvait se permettre de manquer l’occasion de tout lui dire. Il le fallait. Il en avait besoin pour tourner définitivement la page et se sentir enfin libre. « Tu sais, j’aurais voulu que tout se passe autrement… » ajouta-t-il, pour lui montrer qu’il n’aurait jamais souhaité entretenir une telle conversation avec elle un jour. Il aurait donné n’importe quoi pour revenir en arrière et l’empêcher de partir. Mais il ne servait à rien d’y penser. Rien ne changerait, il fallait accepter les choses telles qu’elles étaient, ils en avaient tout deux besoin. Lorsqu’elle lui annonça qu’il méritait bien que ça, il laissa son regard contempler le visage empli de tristesse de Lizzie. Il ne chercha pas à appuyer les propos de la jeune femme, même s’il le pensait aussi. Elle n’avait pas besoin de ça. Le silence s’empara à nouveau de l’espace et après quelques poignées de seconde ainsi, Sonny se décida à le briser. « Je te raccompagne ? » Il pouvait au moins l’accompagner jusqu’à chez elle. Il pouvait bien faire cela, elle méritait au moins cette minime attention. Il n’allait tout de même pas la planter là, comme ça, après toute cette conversation agitée. Marcher quelques minutes à ses côtés n’allait pas le tuer. « La nuit va bientôt tomber... » ajouta-t-il. La savoir près du lac en pleine nuit ne lui plaisait pas. Il restait protecteur envers elle, bien malgré lui.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Mentir était devenu une seconde nature. Depuis son retour à la vie civile, Elizabeth n'avait cessé de mentir à tout le monde et surtout à elle-même. Elle s'efforçait de ne pas tout dire, de ne pas tout dévoiler et parfois d'embellir les choses. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre et la jeune Rosebury préférait ne pas affronter la réalité de ce qu'elle avait vécu. Elle ne voulait pas non plus montrer la vérité à ses proches. Si elle réussissait plutôt bien à mentir à ses proches, Sonny mis à part de toute évidence, elle excellait encore plus dans ce qui était de se mentir à soi-même. Elizabeth évitait soigneusement de regarder les choses en face. Sur le terrain, dans le feu de l'action, penser n'est pas vraiment la priorité. Elle avait appris à laisser ses pensées de côté pour se focaliser sur l'action. Elle n'avait pas le temps de se préoccuper des vies humaines ni des séquelles éventuelles que telle ou telle action aurait sur sa vie future. Elle avait un job à faire et le faisait. Point final. Lorsqu'elle était prise entre des feux croisés, que sa vie et celle de ses camarades étaient en jeu, il n'y avait guère plus que cela qui comptait dans sa tête. S'en sortir vivant. Voilà tout ce qui importait. Ce n'était qu'en retournant à la vie civile qu'Elizabeth s'était mise à penser. A partir de cet instant tout avait changé pour elle. Il lui était impossible de fermer les yeux et d'être en paix. L'alcool était devenu son meilleur et plus fidèle ami. Lorsque l'adrénaline s'était évaporée, Elizabeth s'était retrouvée comme mise à nue. Elle ne pouvait plus se cacher. Tout comme elle était à nue en ce moment même face à Sonny. Elle lui tournait maintenant le dos espérant rendre la chose plus facile. Ce n'était pas le cas. Elle continuait à l'écouter malgré tout, ses pieds refusant d'avancer. Elle ne pouvait pas nier, en effet, avoir espéré un accueil plus chaleureux. Elle avait espéré retrouver des amis. Au lieu de cela elle ne  retrouvait personne. Ils ne l'avaient pas attendus, ils s'étaient tous fait à l'idée de ne plus jamais la revoir. Elle ne les blâmaient pas pour ça. Ces dix années ne s'étaient, de toute évidence, pas écoulées de la même manière en Amérique et en Irak. Elle avait vécue ces dix dernières années dans des conditions parfois terribles. Elle avait passé certains de ses Noël en compagnie d'étrangers, loin de sa famille. Elle avait fêté ses anniversaires avec ses frères de combat, loin des repas joviaux et des bons dîners de maman. Ces dix dernières années s'étaient écoulées avec une lenteur décuplée, rendant sa vie plus compliquée. « La vérité, c’est que l’on a appris à vivre sans toi. » C'était dur à entendre mais vrai. Et elle l'avait perdu. Lui et tous les autres. On ne lui rendrait jamais les dix ans de sa vie. Elles étaient perdue à tout jamais.

Oui elle avait sacrifié beaucoup pour ne récolter que souffrances. Être faible face à lui ? Elle eut presque envie de rire. Il était la seule personne en qui elle avait suffisamment confiance pour se mettre à nue. La faiblesse qu'il voyait en elle Elizabeth ne la montrait jamais à personne. Il était le seul à savoir. « Et cela doit rester ainsi. » pensa-t-elle. Elle était désolée pour absolument tout ça. Mais aussi et surtout pour l'avoir mis de côté, sacrifié comme il le disait. Elle commençait à réaliser que cette erreur là elle allait la payer toute sa vie. Inutile de mettre des mots sur ça. Elle en était incapable. Sa gorge était bien trop serrée pour dire quoique ce soit. Elle ferma les yeux quelques secondes et se retourna, les rouvrit pour que son regard dénué d'étincelles et de vie tombe à nouveau sur lui. « Moi aussi. J'aurais préféré être plus forte. Je n'aurais pas dû nous sacrifier si vite... » Les lettres qu'elle gardait encore, Elizabeth aurait dû les envoyer. Il était trop tard pour ça. Les regrets commençaient déjà à envahir sa tête. L'amertume emplissait son cœur et elle s'en voulut d'avoir été aussi stupide et de toujours l'être. Elle s'était battu contre l'ennemi pour sa nation des années durant et elle était incapable de se battre contre le destin, contre elle-même, pour reconquérir la personne à laquelle elle tenait le plus. « Je te raccompagne ? » Elle s'était plutôt attendu à le voir s'éloigner lentement et elle hésita. A quoi bon marcher côte à côte ? Bien sur elle n'habitait pas à l'autre bout de la ville mais elle redoutait cette courte marche malgré tout. Elle leva la tête vers le ciel pour s'apercevoir qu'en effet la nuit tombait. Un frisson la parcouru. La nuit en Irak était synonyme bien souvent de souffrances. Elle entendait encore le sifflement des bombes et des mortiers au dessus de leur campement ou des maisons de Bagdad. Elle acquiesça d'un signe de tête silencieux avant d'ajouter faiblement : « Si ça ne te déranges pas. » Elle n'était visiblement pas très rassurée. Bien sur rien ne pouvait arriver à Sand Valley mais une partie d'elle était restée en Irak, là où le mal règne et où le pire peut arriver. Depuis son retour sur le sol américain elle ne s'était jamais retrouvée seule dehors la nuit. Pas une seule fois. Et elle évitait comme la peste d'être dehors à la tombée du jour. Comme revenue dans l'enfance, Elizabeth avait peur du noir et des monstres qui se tapissent dans l'obscurité grandissante. Ses yeux avaient pourtant l'habitude de l'obscurité. Elle pouvait voir aussi bien que de jour. Mais encore une fois, sur le terrain, dans le feu de l'action, la nuit semble moins effrayante.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Sonny avait conscience d’être dur avec Lizzie, mais les mots s’échappaient de ses lèvres sans qu’il ne puisse vraiment le contrôler. Ils avaient besoin d’être dits : trop longtemps enfermés en lui, il fallait désormais qu’ils s’évadent pour libérer le jeune homme. Sonny avait souvent imaginé leurs retrouvailles et avec tous les si qu’il avait évoqués, sans nul doute qu’il aurait refait le monde. Après le départ de Lizzie, il n’avait pu s’empêcher de ressasser encore et encore leur dernière conversation. Il s’était même imaginé agissant différemment, tentant de retenir Lizzie. Il était même jusqu’à aller se voir lui dire qu’il comprenait. C’est à ce moment précis que Sonny comprit que son cas était légèrement désespéré, comme le sous-entendait Peter. Il n’était pas coupable du désastre de son couple, Lizzie endossait toutes les responsabilités. Il n’avait fait que subir. Alors, à quoi bon remuer le passé ? A quoi bon remettre en cause ses convictions pour une femme qui se fichait pas mal de lui ? Passés les moments de rêverie et remise en question, la colère et une certaine haine avaient possédé Sonny. Il en voulait tellement à Lizzie qu’il s’était mis à la détester. La rencontrer avait été la pire chose qui lui était arrivé dans toute sa vie. Ne pas croiser son chemin aurait rendu son existence tellement plus parfaite. Une grossière erreur de croire en l’amour de la jeune femme. L’avait-elle seulement aimé après tout ? Durant de longues et nombreuses nuits blanches, Sonny s’était souvent interrogé à ce sujet, remettant désormais en question leur propre couple et non plus seulement lui. Car c’était bien Lizzie qui avait tout fichu en l’air. De toute façon, avec du recul, il prenait conscience qu’elle avait souvent guidé les choses. Si Sonny aurait donné n’importe quoi pour vivre une véritable histoire d’amour avec elle, la jeune femme ne semblait pas être prête à la même chose : leur relation se limitait aux étés. Le restant de l’année, les échanges se faisaient timidement par téléphone ou email. Sonny avait souvent souhaité la rejoindre, sans que jamais elle soit suffisamment enthousiaste pour le pousser à aller au bout de son envie. C’était souvent lui qui faisait les premiers pas. Téléphoner, envoyer un mail. C’était même lui le premier à avoir murmuré un je t’aime à son oreille. Seul dans son lit, le regard rivé sur le plafond, Sonny s’était senti soudainement stupide de repenser à tout cela. Détester Lizzie n’y changerait rien, remettre en cause la petite amie qu’elle avait été non plus. Il l’avait terriblement aimé, et ça, rien ni personne n’y changerait quelque chose. Les souvenirs et les commentaires ne le mèneraient à rien. La colère les influençait et ne cessait de les renvoyer à la figure de Sonny. Tout ce qu’il avait toujours aimé chez Lizzie apparaissait alors comme de terribles défauts. C’était stupide. Stupide, stupide et stupide. Après quoi, Sonny arrêtera tout bonnement de s’intéresser à Lizzie. Elle l’avait quitté sans aucun regret, elle l’avait oublié et il devait en faire de même. A partir de cet instant, la colère et l’incompréhension s’étaient doucement transformées en nostalgie, avant de s’évanouir dans la nature.

Pour autant, aucun état n’était jamais définitif et Sonny l’apprenait aujourd’hui à ses dépens. Si le souvenir de Lizzie s’était réduit dans son esprit pour finir dans un coin, le simple fait de l’avoir aujourd’hui devant lui ravivait bien des choses. La colère et l’incompréhension grandissaient à fur et à mesure que son regard contemplait le visage de Lizzie. Pour se calmer, Sonny se mit à observer le lac, le coucher du soleil et les larmes de la jeune femme ; puis, il se concentra sur le visage de Silver, à jamais mémorisé en lui. Son sourire, sa chevelure blonde qui tombait également sur ses douces épaules, son regard fascinant et mystérieux, sa personnalité dangereuse. Tout ceci lui donna des ailes, anéantissant en une fraction de secondes les mauvais sentiments qui l’avaient possédé quelques instant plus tôt. Certes, l’incompréhension était à jamais gravé en lui, mais Sonny avait retrouvé son calme, ce dont il avait besoin pour faire face à la situation. « Cela ne sert à rien de ressasser le passé, Lizzie. » répondit-il, doucement, tandis qu’elle évoquait à voix haute ses regrets. Une nouvelle fois, Sonny était lâche. Il ne voulait pas les entendre, et se mettait alors à donner un conseil à la jeune femme pour la faire taire. Souvent, il avait espéré qu’elle regrette son choix et revienne à lui. Il avait rêvé à tout cela, sans jamais que cela aboutisse à quelque chose. Et voilà qu’elle lui apportait ce qu’il avait tant voulu. Mais c’était trop tard, et ce détail gâchait bien des choses. Il avait trop attendu et Lizzie n’avait pas le droit de lui imposer cela maintenant. C’était trop dur et insupportable. Sonny ne voulait pas vivre pareil instant. « Je te raccompagne ? » C’était une manière comme une autre de mettre fin à cette conversation qui venait de plus en plus difficile à tenir pour les deux anciens amoureux. Mais derrière cela se cachait bel et bien une certaine tendresse à l’égard de Lizzie. Sonny ne voulait pas la laisser seule dans la nuit, même si elle connaissait l’endroit et ne craignait rien. C’était plus fort que lui, il n’arriverait jamais à lui tourner le dos puis rentrer chez lui sans être persuadé qu’elle avait fait de même. La raccompagner lui permettait ainsi de savoir où Lizzie allait. Lorsqu’elle accepta, un sourire se dessina sur les lèvres de Sonny pour la première fois depuis le début de leur conversation. « Cela ne me dérange pas, sinon je ne te l’aurais pas proposé. » répondit-il, tandis qu’il invitait maintenant Lizzie à marcher à ses côtés pour quitter Sunset Creek. Côte à côte, les deux anciens amis ne disaient rien. Le silence était déstabilisant et difficilement supportable. Après quelques minutes de marche dans la pénombre, Sonny se décida à le briser. Stoppant net sa marche, il se tourna vers Lizzie. Son regard se perdit dans celui de la jeune femme, le temps de quelques poignées de seconde. C’était tout aussi désagréable et gênant que leur marché en silence. C’est pourquoi Sonny redescendit bien vite sur Terre pour arrêter sa contemplation et parler. « Lizzie… en as-tu fini avec la guerre ? » la questionna-t-il, une pointe d’espoir dans sa voix. Il avait besoin de le savoir et qu’importe sa réponse, il devait écouter Lizzie. Pourquoi était-elle revenue ici alors que durant dix années, elle avait passé ses permissions loin de la ville ? Attendait-elle quelque chose de Sand Valley et de ses habitants ? Allait-elle bien ? Et au fond, l’avait-elle vraiment oublié ? Mais ça, jamais il n’oserait le lui demander.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Des regrets elle en avait. Elle n'avait que cela. Pendant longtemps Elizabeth avait eut la sensation de ne pas avoir de futur. Il ne lui restait que le passé à ressasser encore et encore. Il ne lui restait que les souvenirs et son imagination lui faisait revivre encore et encore des passages de sa vie qu'elle continuait à regretter. Lorsqu'elle n'avait rien d'autre à faire que de penser, son esprit vagabondait et imaginait les choses différemment, la laissant encore plus amer qu'auparavant. Si la réalité la dégoutée, ces divagations lui donnait encore plus la nausée. Savoir que le passé ne se modifie pas, qu'il est révolu à jamais, ne signifie pas être d'accord avec ces faits. Elle ne pouvait pas empêcher sa tête d'imaginer d'autres scénarios, des fins plus heureuses. Plus jeune elle avait espéré vivre un conte de fées comme les films hollywoodiens les montrent. Son conte de fées à elle n'avait rien à avoir avec le cinéma. Pas de fin heureuse pour elle, pas de prince charmant à la clé. Rien d'autre que des regrets, de la souffrance et un goût terriblement amer dans le cœur. Elle ne niait plus sa responsabilité dans la triste fin de leur histoire d'amour. Pourtant elle n'était pas encore vraiment prête à l'endosser pleinement. Elizabeth n'avait pas terminé de guérir et ce sur tous les plans. Son esprit était encore pleins de questions sans réponses et d'espoirs. Elle ne pouvait pas s'empêcher de nourrir des espoirs sur le passé et d'y penser encore et encore. Impossible. Elle ne voyait pas plus loin que la minute d'après. Il ne lui restait que le passé. C'était la seule chose à laquelle Lizzie réussissait encore à s'attacher. Même si cet état ne tenait qu'à un fil, il fallait qu'elle s'y accroche encore sans quoi elle n'aurait plus rien du tout. Sa vie présente se construisait pleinement avec son passé. Le futur n'avait aucune existence pour elle.

Le voir sourire tout à coup lui fit presque oublier la conversation qu'ils venaient d'avoir. Elizabeth semblait avoir retrouver son calme alors que quelques minutes auparavant la rage s'était emparée d'elle. « Cela ne me dérange pas, sinon je ne te l’aurais pas proposé. » Elle fût tout à coup apaisée et accepta de marcher à ses côtés dans un silence absolu. On ne percevait que le bruissement des arbres et leur pas sur le sol caillouteux. Elle lâcha finalement la manche de son pull et plaça sa main sur son cou où elle attrapa instinctivement un médaillon. Il s'était toujours trouvé là et ne l'avait jamais quitté. Dans les pires moments de sa vie Elizabeth y avait puisé sa force vitale et prié dessus. Elle serrait si fort le petit cœur que les jointures de ses mains en étaient devenues blanches. De son passé avec Sonny ce médaillon était tout ce qui lui restait. Absorbait par la marche et par le souvenir du jour où il lui avait offert ce cadeau, Lizzie continua à avancer de quelques pas jusqu'à s'apercevoir que Sonny s'était arrêté. « Lizzie… en as-tu fini avec la guerre ? » La question fusa et la glaça sur place. Leur regards perdus dans celui de l'autre elle lui répondit presque aussitôt, comme si elle avait toujours su quoi dire. « C'est terminé. Pour de bon. » Que pouvait-elle dire de plus ? C'était la vérité pure. L'armée ne la reprendrait jamais, pas dans son état. Qui plus est elle avait servi dix ans. Si ils la reprenait jamais ce ne serait pour retourner au combat. Et quand bien même ils voudraient d'elle, Elizabeth refuserait. C'était terminé. Elle ne voulait plus de cette vie. Même si elle ne savait rien faire d'autre, Lizzie ne voulait plus voir la mort. Elle ne le pouvait tout simplement plus. Ils pouvaient bien lui offrir des millions de dollars qu'elle refuserait. « Et je suis venue m'installer à Sand Valley. » Elle sous entendait là pour bien plus qu'un été. Sand Valley avait toujours été chez elle, bien plus que New-York parfois. Elle s'y sentait beaucoup mieux, plus à l'aise et plus aimé. Ou du moins avant. Aujourd'hui elle ne savait plus bien si elle devait ressentir ces choses. « Je veux apprendre à vivre. » Elle avait, depuis son retour définitif sur le sol Américain, la sensation très nette d'avoir tout oublié de la vie. A New-York les femmes de son âge étaient belles, bien maquillées et superbement habillées. A côté d'elle Elizabeth paraissait sortir d'une caverne. Elle n'avait aucun vêtements digne d'une femme de son âge, rien de joli pour attirer l'œil des garçons, pas de maquillage ni même la technique qui va avec. Elle était comme une jeune adolescente de 15 ans à qui l'on apprend à plaire et à être féminine. Malheureusement il n'y avait personne pour lui apprendre ces choses. « Je voudrais... » Elle ne termina pas. C'était stupide. Vraiment trop stupide pour être dit. Pourtant elle aurait aimé qu'il sache que jamais il n'avait été effacé de sa mémoire. Jamais. Elle avait toujours espéré le revoir tout en craignant ça. Elle aurait aimé être plus jolie aujourd'hui face à lui. Elle aurait aimé ne pas s'être emportée et ne pas avoir dit ces choses horribles. Plus encore, elle aurait tellement aimé ne pas l'abandonner et ne pas avoir pris cette décision arbitrairement. Mais comme Sonny l'avait dit, ressasser le passé ainsi ne servait strictement à rien. Il était, visiblement, passé à autre chose. La douleur qu'elle portait au cœur s'accentua. Serrant plus fort le médaillon dans sa main elle baissa les yeux pour échapper une nouvelle fois à son regard qui faisait battre son cœur.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Sonny avait besoin de savoir où en était Lizzie dans sa vie. Parce que, bien malgré lui, il tenait toujours à elle. Parce qu’ils avaient été amis avant de former un couple. Parce qu’il avait beau le nier, elle lui avait manqué. Tant que la guerre hanterait l’existence de Lizzie, le jeune Fitzgerald désirait tirer un trait sur elle. Ce n’était pas là du chantage, car la jeune femme n’en avait pas conscience, mais Sonny ne pouvait tout simplement pas côtoyer quelqu’un d’aussi différent que lui. Il était très ouvert d’esprit et écoutait chaque argument de la partie adversaire sans broncher, sans jamais chercher à imposer sa propre opinion. Il n’haussait jamais le ton et aimait débattre calmement. Mais lorsque cela concernait la vie et la mort, le sang et les armes, il en était tout bonnement hors de question. Il ne concevait pas que l’on puisse qualifier le fait d’être soldat d’un métier. Cela n’en était pas un. On ne tuait pas des personnes innocentes ou non pour obtenir un salaire à la fin du mois. C’était impensable, inhumain surtout. Et il ne pouvait tout simplement pas accepter que Lizzie soit une femme violente, tueuse et dangereuse. Il ne voulait même pas l’entendre lui raconter ce qu’elle avait fait, combien elle avait souffert et ce genre de chose. Il s’en fichait, elle devait assumer. Elle avait choisi d’éprouver la douleur et la peur, qu’elle ne daigne même pas s’en plaindre devant Sonny, il ne pourrait accepter un tel comportement. Ainsi donc, le jeune Fitzgerald avait besoin d’éclaircir les choses une bonne fois pour toute, et le silence qui s’était emparé d’eux l’avait poussé à agir. Il posait enfin la question qui l’avait tant tracassé depuis le début de leur conversation. Obtenir une réponse de Lizzie sonnait comme une nécessité, pour avancer, pour mettre les choses au clair et surtout pour espérer un renouveau.

Le jeune Fitzgerald fut particulièrement étonné de la rapidité de réponse de Lizzie. La sensation qu’elle avait attendu cette question depuis qu’ils s’étaient retrouvés naît aussitôt en Sonny, qui fut presque déstabilisé. Il ne savait comment prendre les propos hâtifs de Lizzie, pour la simple et bonne raison qu’il ne connaissait pas l’état d’esprit de la jeune femme. Qu’attends-t-elle véritablement de lui ? Quelque chose qu’il pouvait lui offrir ? Ou pas ? L’envie de lui demander s’empara aussitôt de Sonny, qui la freina aussitôt en secouant la tête comme pour chasser toute pensée. Cependant, bien ancrée en lui, il finirait tôt ou tard par lui céder. Sonny, toujours le regard rivé sur la jeune femme, allait répondre quelque chose lorsque Lizzie enchaîna. Elle revenait donc pour de bon à Sand Valley, elle s’installait même dans la ville pour ne plus la quitter. Sonny s’en mordit les lèvres, et sentit en lui une vague de tristesse l’immerger. Il avait tant souhaité entendre une telle chose par le passé que la nostalgie de leur histoire renaissait. La déception de leur rupture trop brutale, aussi. « Pourquoi Sand Valley ? » fit-il, sur un ton sec qui le surprit lui-même. Il ne voulait pas répondre de la sorte mais c’était trop fort. Il ne la comprenait juste pas, elle était trop compliquée pour lui. Elle voulait apprendre à vivre ? Comment était-ce possible après avoir ôté celle de nombreuses personnes ? Après avoir perdu dix années d’existence en échange de souffrance ? Lizzie allait avoir besoin d’aide, mais ce n’était clairement pas Sonny qui s’en chargerait. Il ne pouvait pas. Avoir face à lui chaque jour une tueuse, une femme qui avait aussi appuyé sur la gâchette sans prendre le temps de réfléchir, machinalement, comme si cela était normal. Eprouver une quelconque affection pour Lizzie, après tout cela. Non, il ne pouvait pas. C’était trop lui demander. Bien sûr, il ne savait pas si elle désirait de l’aide, et plus précisément la sienne, mais il ne pouvait s’empêcher de lier leurs deux prénoms dans son esprit : Elizabeth & Sonny ; Sonny & Elizabeth. Cette pensée lui rappela soudainement le grand arbre situé non loin du lac, sur lequel ils avaient tout deux taillés leurs initiales dans un cœur. C’était romantique, stupide ou puérile. Qu’importe, ils l’avaient fait par le passé. Et peu de temps après leur rupture, Sonny n’avait pu s’empêcher d’aller effleurer la marque sur le tronc.

Puis, Lizzie commença une phrase sans la terminer, ce qui intrigua Sonny. Quittant aussitôt ses pensées, il se concentra à nouveau sur la jeune femme. Attendant la suite, le jeune Fitzgerald croisa les bras sur son torse. Il guetta la moindre expression sur le visage de Lizzie. Elle ne semblait pas vouloir continuer. Que devait-il faire ? Lui demander la suite ? Ou se taire ? Reprendre leur marche et la laisser devant la porte de sa maison ? L’amour était un sentiment compliqué, mais lorsqu’ils quittaient des corps qu’il avait jadis habité, c’était bien pire. Lizzie était l’une des personnes que Sonny connaissait le mieux. Du moins, par le passé. Il avait nombreuses heures et journées à ses côtés, avait posé ses lèvres sur les siennes, l’avait tenu dans ses bras, offert des fleurs et même invité au restaurant. A leur jeune âge, c’était assez surprenant mais Sonny avait toujours eu l’envie de faire comme les adultes, pour rendre leur histoire plus vraie que jamais, plus solide encore. Cela n’avait rien changé, Lizzie l’avait réduite à néant en l’espace de quelques minutes, mais il avait pris plaisir à avoir toutes ces petites attentions à son égard lorsqu’ils s’étaient aimés passionnément. Parce qu’elle avait une personne chère à ses yeux, Sonny n’aurait pas du être gêné par sa présence mais surtout, surtout, il aurait deviné ce qu’elle avait voulu dire. Mais il ne la connaissait plus et le lien psychique qui les avait unis semblait s’être évanoui dans la nature. Le simple fait de le regarder ne lui indiquait plus ses pensées les plus profondes. C’était terminé. « Continue… s’il te plaît. » Le regard brillant, Sonny continua. « Pendant dix ans, tu ne m'as laissé que du silence. Maintenant, parle. S'il te plaît. »

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:03

Elizabeth Rosebury a écrit:


Pourquoi Sand Valley ? Pourquoi ne pas être restée à New-York ? Si Elizabeth connaissait la réponse d'instinct elle hésita pourtant avant de répondre. Elle avait passé les six derniers mois à New-York presque comme une recluse tant elle avait eut du mal à se faire au changement brutal de vie. Les rues grouillaient de monde à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, il y avait toujours trop de bruits, on entendait sans arrêt les sirènes de la police, des pompiers ou des ambulances. Autant de petites choses que les habitants des villes sont habitués à voir ou à attendre. Elizabeth ne l'était plus vraiment. A chaque coup de sirènes qui retentissait elle sursautait et voyait défiler sous ses yeux des images du passé. L'agitation de la ville n'était plus du tout fait pour elle. Lizzie savait qu'elle n'y arriverait plus, que tôt ou tard cela finirait pas la tuer. « Sand Valley a toujours été ma maison. Je m'y suis toujours sentie bien mieux qu'ailleurs. » Le calme, la tranquillité et le repos que la petite ville apporté à son âme avait apaisé son corps tout entier durant des années et aujourd'hui Lizzie espérait qu'il en serait de même. Elle avait besoin de repos et de force pour poursuivre sa route. Elle espérait pouvoir construire une vie à Sand Valley. Et puis surtout elle avait besoin de son frère. Ils ne s'étaient pas vus depuis bien trop longtemps au goût d'Elizabeth et il lui manquait. Il y avait aussi son grand-père qu'elle avait retrouvé avec une joie immense. Il était le seul à pouvoir la comprendre et à rester avec elle jusque tard dans la nuit. Bien sur il finissait toujours par s'endormir le premier mais Elizabeth appréciait l'attention qu'il lui offrait sans qu'elle n'eut à lui demander quoique ce fût. Il savait, tout simplement. Elle trouvait en lui une nouvelle force. Il avait toujours été un héros aux yeux de la petite Elizabeth et ce sentiment avait grandit d'années en années. Elle le respectait et l'honorait, n'oubliant jamais quels sacrifices il avait dû faire. N'oubliant pas non plus ce qu'il avait traversé. Désormais Lizzie le savait mieux que personne.

Dix ans. Comment avait-elle pu rester au loin si longtemps sans jamais ne lui envoyer ne serait-ce qu'une lettre ? Sans jamais le revoir une seule fois ? Relevant les yeux, elle lâcha le médaillon et laissa son bras ballotait dans le vide. Parmi les nombreux sacrifices qu'Elizabeth avaient eu à faire, celui qui se tenait devant elle était le pire et le plus stupide. Elle n'aurait tout simplement pas dû. Elle aurait dû se battre pour lui et ne pas tout abandonner comme ça d'un revers de main. Continuer sur sa lancée, lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur, Lizzie n'était pas sure du bien que cela pouvait faire. Malgré tout ils avaient tous les deux besoin d'entendre ces choses et Elizabeth devait à tout prix mettre des mots sur ses sentiments. « J'étais en route pour aller voir notre arbre. Avant de tomber sur toi... » Elle n'avait pas oublié cet été où ils avaient gravé leur initiales dans l'écorce d'un arbre, comme le font beaucoup d'autres jeunes gens. A l'époque elle n'avait pas trouvé ça puéril mais plutôt extrêmement romantique. Aujourd'hui encore elle trouvait ça beau en un sens. Il fallait qu'elle continue avant qu'il ne la coupe sans quoi elle avait l'impression de ne jamais pouvoir aller jusqu'au bout. Il fallait que tout sorte, maintenant. Même si les mots faisaient mal, même si cela pouvait tout détruire, il le fallait. « Je ne t'ai pas oublié Sonny. Je pourrais jamais. Tu fais parti de ma vie et de moi. Peu importe ce qu'il arrive je ne pourrais pas t'oublier. Ni ce qu'on a vécu. » C'était loin d'être tout. Mais lui dire qu'elle l'avait aimé et qu'elle l'aimait toujours était au-dessus de ses forces. Elle avait l'impression qu'en disant cela elle briserait ce que Sonny avait essayé de construire ces dix dernières années. Si pour elle leur dispute n'avait jamais vraiment sonné comme une véritable rupture, Elizabeth avait désormais la très nette sensation que pour lui tout était bel et bien terminé. Et elle ne pouvait pas revenir et lui dire qu'elle l'aimait toujours. Elle ne pouvait pas. Elle n'en n'avait pas le droit. « Je sais que je n'ai pas le droit de revenir ici et de tout chambouler comme ça mais... » Reprenant son souffle comme si elle avait manqué d'oxygène un court laps de temps, Lizzie le regarda droit dans les yeux avant de reprendre là où elle avait laissé les choses en suspens une minute plus tôt. « Ce que je voudrais c'est que tu me serre dans tes bras. » Et que tout redevienne comme avant.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Ainsi donc, Lizzie s’était toujours mieux sentie à Sand Valley que n’importe où dans le monde. Sonny ne le savait pas, et ne l’avait jamais deviné. A dire vrai, le fait qu’elle ne vienne que pendant les étés l’avait souvent convaincu que New York était tout pour elle. Il s’était donc trompé. Un sourire se dessina doucement sur ses lèvres, et il ne put s’empêcher d’hocher la tête. Il comprenait l’attrait de Sand Valley. Pendant toutes ces années loin de la ville, Sonny avait éprouvé une certaine nostalgie et un manque. Revenir ici après ses études avait longtemps sonné comme une évidence dans son esprit, et aujourd’hui il avait mis à exécution cette envie. Jamais il n’aurait cru qu’il partageait ce point commun avec Lizzie, il fallait croire que la jeune femme avait encore une part de mystère en elle, lui qui pensait tant la connaître par cœur lorsqu’ils formaient un couple heureux. « Je suis heureux de te l’entendre dire… » se contenta-t-il de répondre, un air songeur prenant possession de son visage. L’envie d’ajouter qu’il aurait tant aimé l’entendre dire tout cela quelques années plutôt s’empara de lui, mais il ne fit rien. Il en avait assez dit, il n’allait pas en rajouter une couche. Même si Lizzie l’avait déçu par le passé, elle n’en restait pas moins son premier amour et une femme qu’il respectait. Elle avait des opinions différentes des siennes, certes, mais il ne lui viendrait jamais à l’esprit de lui cracher à la figure. Chaque personne avait ses défauts et aux yeux de Sonny, celui de Lizzie était son attrait pour la guerre. Jamais, ô grand jamais, il ne lui avait trouvé des défauts par le passé. L’amour rend aveugle, dit-on souvent. Cependant, Sonny était persuadé qu’elle était la femme parfaite. Pour lui. Et si Lizzie ne se serait pas engagée dans l’armée, sans nul doute qu’il le penserait encore. Rupture ou non. Parce que c’était une femme spéciale, unique en son genre, qui méritait qu’on l’aime avec passion et respect. Parce qu’elle avait toujours su ce qu’elle voulait. Parce qu’elle était belle, terriblement belle. Pouvoir poser ses lèvres sur les siennes et la prendre dans ses bras était une chance. Tout le monde ne pouvait pas se vanter d’avoir une telle petite amie. C’est avec nostalgie que Sonny repense à tout cela, et à la fierté qu’il éprouvait lorsqu’il s’affichait à ses côtés en voiture, au restaurant, au cinéma, en soirée entre amis et même devant ses parents, lors de repas familiaux. Elle avait été sa perle rare, un cadeau tombé du ciel. Et même si aujourd’hui il n’en était plus rien, il continuait à penser que Lizzie méritait un homme bon. Un prince charmant à la hauteur de sa personnalité merveilleuse. Les regrets et son incompréhension ne pourraient jamais attaquer cette pensée là.

Lorsque Lizzie évoqua leur arbre, Sonny baissa aussitôt la tête vers le sol, et ce, durant quelques instants qui parurent durer des heures. Il ne pouvait tout simplement pas croiser son regard pour l’instant. C’était trop dur. Ce souvenir qu’il avait en commun était trop romantique pour y songer maintenant. Qu’elle en parle lui faisait du mal. Savoir qu’elle y pensait toujours était au fond rassurant et agréable à entendre, mais c’était tout. Une nouvelle fois, l’incompréhension s’empara de Sonny. Il lui avait demandé de parler, certes, mais il ne s’attendait pas à ça. Soupirant un bon coup, il trouva le courage de plonger une nouvelle fois son regard dans celui de Lizzie. Il aurait voulu lui répondre mais aucun son ne s’échappa de ses lèvres. Il referma alors sa bouche qu’il venait d’ouvrir, et attendit. Quoi ? Que le temps file à une vitesse grand V ? Que Lizzie soit chez elle et lui, au logis familial ? Que les secondes qui s’écoulaient sous ses yeux effacent à tout jamais cet instant ? Tout ceci n’était pas possible, et il lui fallait affronter la réalité. Sonny laissa son regard balayer le visage de Lizzie, puis son cou. C’est alors qu’il remarqua le médaillon qu’il lui avait offert lorsqu’ils étaient ensemble. Le sol se déroba sous ses pieds, et les paroles de Lizzie qui parvinrent alors à ses oreilles n’arrangèrent en rien les choses. Après le choc de la découverte du collier et des confidences d’Elizabeth, ce fut la colère qui s’empara du jeune Fitzgerald. « Effectivement, tu n’en as pas le droit. » fit-il, sèchement, et son regard fusilla Lizzie. Comme elle avait pu le faire contre des femmes, des enfants et des hommes, innocents ou non, qu’importe, elle n’avait pas le droit de leur ôter la vie. « Pourquoi me dis-tu tout ça Lizzie ? Pourquoi, hein ? Pourquoi maintenant ? Il t’a fallu dix ans pour composer ce petit discours ? » Sonny était un grand pacifiste dans l’âme, et il ne s’énervait peu, si ce n’est jamais. C’était bien la première fois que la colère s’emparait autant de lui. Les mots sortaient de sa bouche rapidement, et l’intonation employée touchait en plein cœur. Lizzie allait découvrir un autre homme, quelqu’un qui s’emportait et disait les choses telles qu’elles étaient. Même Sonny se découvrait différent. Lizzie l’avait poussé à bout, sans qu’il ne puisse y faire quelque chose. Elle récoltait ce qu’elle avait semé.

Il tourna la tête vers la rue, où une voiture venait de passer. Une distraction qui lui permettait d’évacuer la colère. La tristesse fit place à cette dernière. Il l’avait tant aimé, il avait tant souhaité entendre tout cela il y a dix années, et même après leur rupture, lorsqu’il attendait un signe d’elle, un espoir. Et voilà que cela tombait maintenant, alors qu’il était persuadé d’être totalement guéri. C’était faux, il ne l’était pas. Et la voir lui demander de la prendre dans ses bras lui serra le cœur. Les larmes lui montèrent aux yeux. Avez-vous déjà vu un homme pleurer ? Cela était rare qu’un mâle le fasse devant une femme, et même tout court. Pourtant, il y a dix années, Lizzie avait assisté à ce triste spectacle. Et voilà que la scène se répétait. Respirant un bon coup, il trouva une nouvelle fois le courage d’affronter la réalité. Il fit un pas en avant, vers la jeune femme. Puis un deuxième. Lorsqu’il fut suffisamment prêt d’elle, il ferma les yeux. Sonny était faible face à Lizzie. La dureté de ses précédents propos n’existait plus, et la force qui l’avait possédé jusqu’à maintenant semblait l’avoir quitté. Les yeux toujours fermés, Sonny réfléchissait à ce qu’il allait faire. La serrer dans ses bras le tentait fortement, mais soudainement, le visage de Silver apparut dans son esprit. Comme un électrochoc, il réouvrit les yeux et les planta dans le regard de Lizzie avant de reculer de plusieurs pas. « Je… je ne peux pas Lizzie. » fit-il, pour justifier son éloignement et son changement brutal d’avis. « Je suis amoureux. » ajouta-t-il, brusquement. « Elle s’appelle Silver, elle est merveilleuse et elle me rend plus heureux chaque jour. » C’était faux. Silver n’était pas sa petite-amie, et elle ne partageait sans doute pas ses sentiments. Mais qu’importe. Il l’aimait lui, terriblement. Elle l’avait envoûté et il se plaisait à s’imaginer avec elle. C’était Silver qu’il voulait prendre dans ses bras, juste elle. Il n’avait pas le droit de faire cela à Lizzie. Parce que pour lui, cela serait tromper son cœur. Mais aussi parce qu’il n’avait pas le droit de lui donner un faux espoir. Sonny, contrairement à Lizzie, ne voulait pas la laisser en plan, avec ses envies et ses rêves. Il voulait qu’elle sache tout, ne pas la laisser seule avec un silence assourdissant comme elle l’avait fait avec lui ces dix dernières années. Il ne peut cependant s'empêcher d'ajouter. « Je suis désolé. »
Elizabeth Rosebury a écrit:


Sand Valley avait réellement une place à part dans le cœur d'Elizabeth. C'était sa maison. Peu lui importait les on-dits et les sentiments de ses voisins quand à ses actions passées, elle était déterminée à rester. Voir Sonny sourire ainsi lui redonna un peu de ses forces et finit de la convaincre qu'elle devait parler. A tout prix. Garder ses sentiments au fond d'elle n'arrangerait rien les choses. Les divulguer peut-être pas non plus mais ils étaient restés trop longtemps enfouis et Elizabeth gardait le vaine espoir que Sonny ressentait encore la même chose au fond de lui. Elle voulait croire qu'ils avaient encore un avenir ensemble. Ils avaient passé tant de merveilleux moments ensemble qu'il lui était impossible d'imaginer que plus jamais ils n'en vivraient d'autre. Elle avait terriblement besoin de se retrouver à nouveau dans ses bras chauds et sécurisant, elle voulait à nouveau goûter aux lèvres sucrés de Sonny et l'entendre lui parler d'amour. Elle voulait encore qu'on les jalousent et qu'on les trouvent mignon ensemble. Elle voulait ce qu'elle avait perdu. A ses côtés Elizabeth s'était toujours sentie spéciale. Sonny était plein de gentillesse et d'attention qui la faisait se sentir unique. Ils n'avaient que 16 ans et pourtant il agissait avec elle comme un adulte. Et elle adorait ça. Lizzie voulait retrouver ce sentiment de bien être qu'elle éprouvait à chaque fois qu'il était tout près d'elle. Malheureusement tout ça été révolu et Elizabeth allait vite s'en apercevoir. Trop vite. Elle sursauta en entendant la colère monter dans le ton de Sonny mais ne dévissa pas son regard de lui pour autant. Quelque chose avait changé sur son visage. Il n'avait plus l'air aussi heureux qu'il l'avait été quelques secondes avant et Lizzie sut qu'une fois de plus tout était de sa faute. Elle en avait trop dit. Elle n'aurait pas dû. Elle faisait plus de mal que de bien. « Non je... Tu voulais la vérité alors je... » Elle perdait ses mots, elle perdait le contrôle d'elle même. Mais cette fois ce n'était pas elle qui se mettait en colère. Lizzie était perdue et complètement vulnérable. Comme Sonny. Si c'était elle qui avait craqué juste avant, les rôles s'inversaient désormais. Elle eut du mal à se contenir et à le regarder sans ciller, sans bouger. Le voir aussi vulnérable la briser un peu plus. Voir un homme pleurer n'est jamais facile. Et c'est une chose extrêmement rare. Lizzie avait enduré ce spectacle deux fois. Et à chaque fois tout était sa faute à elle. Sa gorge se serrait et ses yeux la picotait à nouveau. Comment réussissait-elle à se montrer aussi cruelle face à lui ? Pourquoi le faisait-elle pleurer, encore ? C'était elle qui désormais voulait le serrer dans ses bras et s'excuser pour tout le mal qu'elle avait fait. Mais rien ne vînt. Les mots restèrent coincer au fond de sa gorge. Et c'est là qu'elle le vit avancer vers elle. Un pas puis un autre jusqu'à ce qu'il soit à sa hauteur. Il avait toujours été plus grand qu'elle et Lizzie leva légèrement la tête pour ne pas perdre le contact. Lorsqu'il ferma les yeux elle eut envie de l'embrasser. Était-ce qu'il attendait aussi ? Devait-elle prendre les devants ? Ne sachant quoi faire elle resta stoïque un instant avant de lever une main et de la porter vers son torse. Trop tard. Son bras resta en suspens. Sonny s'était éloigné. Encore. L'incompréhension totale s'empara d'elle suivie d'une vague immense de chagrin. Il lui sembla qu'on broyer son cœur à coup de marteau. Une fille. Une autre. Évidemment. Comment avait-elle pu être naïve au point de penser qu'il l'avait attendu ? Il s'était écoulé dix ans, il était plus qu'évident qu'il avait fait des rencontres pendant ce laps de temps. Cela n'empêchait que la nouvelle faisait saigner son cœur. Son bras retomba mollement et elle baissa les yeux un instant avant de les relever et de regarder la route qui serpentait devant elle. Elle ne pu s'empêcher de rire nerveusement avant de retrouver un semblant de calme. « Oh oui bien sur... Je... Très bien ! » Sa voix tremblait. Elle ramena et croisa ses bras au niveau du ventre avant de se détourner. Elle allait encore pleurer mais cette fois elle préférait qu'il l'ignore. C'était assez dur comme ça. « Je vais rentrer toute seule. » C'était mieux ainsi. Si il la raccompagnait jusqu'au bout Elizabeth n'était pas sure de tenir le coup. Tout avait été ruiné en à peine quelques mots. Il n'allait jamais plus la prendre dans ses bras. Elle ne goûterait plus jamais à ses lèvres ni n'aurait la chance d'entendre un je t'aime de sa bouche. Tout ça il le garderait pour cette Silver qu'elle détestait bien malgré elle. Ils ne se marieraient jamais et n'auraient pas non plus une vie paisible à Sand Valley. Elle ne deviendrait jamais madame Fitzgerald. Jamais. « Je... désolée Sonny. Désolée. » Et elle s'éloigna à petits pas, désirant oublier à tout jamais cette conversation. Désirant voir disparaître les sentiments qu'elle éprouvait et surtout elle voulait voir disparaître le chagrin qu'elle ressentait. Tout était terminé. Pour de bon cette fois. L'espoir qui l'avait animé quelques minutes auparavant s'était tout à coup éteint dans le cœur d'Elizabeth Rosebury.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Lorsqu’il avait évoqué Silver, Sonny n’avait pas eu l’impression de mentir à Lizzie. A dire vrai, ses sentiments pour la jolie blonde étaient si forts et si intenses, qu’il ne pouvait que s’imaginer finir avec elle. Un couple heureux, une future famille soudée. Bien sûr, la réciproque ne semblait pas vérifiable mais qu’importe. L’amour qu’il éprouvait à l’égard de la slave était ancré dans son cœur, et il serait bien difficile de l’y déloger. Prendre dans ses bras Lizzie serait lui redonner espoir, et il ne pouvait pas tout simplement pas lui infliger cela. Contrairement à son premier amour, Sonny ne voulait pas la laisser seule avec ses rêveries. Il désirait plus que tout lui offrir la vérité, car c’était bien là la seule manière de se relever et avancer. Elle méritait de trouver l’homme qu’il lui fallait, et celui-ci n’était pas le jeune Fitzgerald. Il fallait définitivement qu’elle en prenne conscience pour aller mieux et redémarrer une nouvelle vie. Lorsque Lizzie lui avait annoncé son souhait actuel le plus cher, Sonny n’avait pu s’empêcher d’aller mal. Dire la vérité était tout aussi difficile que de l’entendre : la femme qu’il désirait tant serrer contre lui était Silver, pas Elizabeth. Même si l’envie se faisait sentir en lui, il ne pouvait pas. C’était impossible à ses yeux, presque interdit. Il ne pouvait tromper ses sentiments amoureux, même si Silver se fichait pas mal de lui et de son bonheur. Même si jamais ô grand jamais elle ne s’engagerait dans une relation sérieuse, et encore moins avec un imbécile comme lui, qui refusait de s’offrir à elle lorsqu’elle le désirait. Même si elle ne lui donnerait jamais d’enfant et un amour éternel. Sonny en avait pleinement conscience. Refuser de prendre dans ses bras Lizzie revenait à tuer l’une de ses seules chances de réaliser son rêve le plus cher : un mariage et une famille à fonder. Il savait pertinemment bien qu’à l’heure actuelle, c’était lui qui optait pour le sacrifice, et non plus Lizzie, comme par le passé. Mais il s’en fichait. On ne contrôlait pas son cœur, et Sonny avait toujours appris à suivre ce dernier. Il voulait Silver. Peut-être l'aura-t-il jamais, qui sait. Mais si son cœur devait rester bloqué sur l’amour qu’il portait à la slave, alors soit. Ce sentiment était si précieux, que l’on ne s’amusait pas avec lui. On l’adoptait, on ne le rejetait pas. Jamais.

Elizabeth ne tarda pas à réagir. Déglutissant péniblement, Sonny s’efforça à affronter la réalité en face. La jeune femme désirait désormais rentrer seule, et il ne pouvait tout simplement pas lui en vouloir. Sans qu’il ne puisse vraiment se contrôler, quelques mots s’échappèrent de ses lèvres. « Fais attention à toi. » Encore une fois, le Sonny protecteur avait frappé. Lorsqu’elle s’excusa et tourna le dos, le jeune Fitzgerald resta planté là, sur le trottoir. Son regard suivait Lizzie, jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans la pénombre. Alors, lorsqu’il se retrouva seul avec son trop plein d’amour et autre sentiment qui le possédaient, il se laissa aller : les larmes coulèrent doucement sur ses joues. Quand ses pleurs cessèrent, il reprit sa route pour rendre au logis familial. Sur son chemin, il passa devant la maison des Rosebury, et il ne put s’empêcher d’observer la fenêtre de la chambre de Lizzie. Que faisait-elle ? Lui avait-il fait du mal ? Oui, bien sûr que oui. Et l’imaginer en train de pleurer, tête dans son oreiller, arracha un dernier sanglot à Sonny. C’était stupide : c’était lui qui l’avait blessé ce soir, et voilà qu’il ne pouvait calmer sa propre tristesse. A dire vrai, ce n’était pas tant cela qui lui retournait le cœur, mais plutôt la sensation d’avoir manqué une occasion d’être heureux. Lizzie l’avait abandonné, et l’avait laissé sans aucun signe pendant dix longues années. Savoir qu’elle ne l’avait jamais oublié et qu’elle l’aimait encore se relevait difficile à accepter. Sonny l’avait aimé. Passionnément. Terriblement. Il l’avait attendu un mois, des mois, un an… Encore et encore. Et lorsqu’enfin, il avait retrouvé un certain équilibre dans sa vie, voilà que tout coulait. Pourquoi donc la vie était-elle si compliquée ? Pourquoi l’amour pouvait rendre tout autant malheureux qu’heureux ? Cette réalité chagrina fortement Sonny, ce grand passionné de ce sentiment si délicieusement dangereux.

Il aurait aimé la rendre heureuse. La serrer fortement dans ses bras jusqu’à l’étouffer. Lui murmurer des mots d’amour à l’oreille, doucement, et voir des frissons s’emparer de son corps. Il en avait eu longtemps envie, et sans doute en éprouvait-il encore le besoin. Mais Silver était là, et il ne pouvait tout simplement pas l’oublier. Il avait l’impression qu’elle pourrait devenir l’une des femmes de sa vie, comme l’avait pu l’être Lizzie par le passé. Il aurait voulu avoir les deux, en même temps. Ne pas devoir choisir. Mais la vie était bien plus compliquée que cela. Faire un choix était cruel et triste. Mais c’était comme cela. Tournant vers la tête vers le long trottoir qui se déroulait sous ses yeux, Sonny reprit sa route avec la sensation que cette soirée avait été un moment décisif de sa vie.


- END -

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:04

So I'll just live my life in dreams of yesterday.

Elizabeth Rosebury a écrit:


Those happy hours that we once knew,
Tho' long ago, they still make me blue.
They say that time heals a broken heart,
But time has stood still since we've been apart.




Sonny Fitzgerald & Elizabeth Rosebury

Chacun de ses réveils lui semblait plus difficile que le précédent. Elizabeth dormait peu, ou pas du tout parfois. Ce matin là elle avait réussi à fermer les yeux plus de cinq heures. Un véritable record. Il était neuf heures du matin lorsqu'elle descendit les escaliers grinçant pour se rendre dans la cuisine où un bon petit déjeuner l'attendait. Vêtue d'un jogging gris et d'un tee-shirt délavé appartenant à son frère, elle s'assit lourdement sur le banc devant la table. Bien le petit déjeuner avait été servi, ce ne fût pas ça qui accrocha son regard. Un bouquet de lys blanc déposait dans un vase trônait sur le comptoir. Abasourdie et encore mal réveillée, elle se traina devant et huma le doux parfum des fleurs. Les lys blanc avaient toujours été ses préférés et il n'y avait que très peu de personne qui savait cela. Le cœur d'Elizabeth ne fit qu'un bond et elle déglutit bruyamment. Il n'y avait qu'une seule personne à Sand Valley qui pouvait lui offrir ces fleurs et qui l'avait déjà fait par le passé. Un petit mot y était attaché et elle sentie les larmes lui monter aux yeux. Elle ne pu s'empêcher de sourire tout en pensant cependant qu'un bouquet et un petit mot n'arrangerait rien. Au contraire. Elle n'eut pas le temps de se laisser aller à ses rêveries ni le loisir de pleurer. La porte de la maison s'ouvrit et se referma presque aussitôt laissant apparaître le grand-père d'Elizabeth et de Griffin. « Ha tu es enfin debout princesse ! » Elle glissa le mot dans sa poche et alla embrasser son grand-père. « Tu as bien dormi papi ? » Il lui répondit d'un simple hochement de tête et alla s'asseoir à la table. « Ha ! Des lys. Griffin les a trouvé devant la porte en sortant ce matin. Je les ai mis moi-même dans ce vase. » Elle jeta un œil aux fleurs et ne pu s'empêcher de sourire à nouveau. Le romantisme de Sonny lui avait toujours plu. Il était plein de belles attentions à son égard et elle adorait ça. « De qui sont-elles ? » Son grand-père la ramena brusquement à la réalité et Lizzie alla s'asseoir face à lui. « Sonny. » souffla-t-elle. « Ha le jeune Sonny. Toujours aussi gentil. Je l'aime bien ce petit. Un bon gars. » Elizabeth sourit de plus belle et se servit en café chaud. Elle aussi l'aimait bien. En réalité elle l'aimait tout court. Elle n'arrivait pas à comprendre. Si il ne voulait pas lui donner de faux espoirs alors il aurait dû s'abstenir de lui envoyer ces fleurs. Il aurait dû garder cette attention à sa nouvelle petite amie. Mais ça c'était du Sonny tout craché. Et au fond elle le préférait ainsi. Elle était plutôt heureuse de voir qu'il n'avait pas oublié les lys. Elle comptait toujours un peu pour lui. Même si cette simple idée la faisait terriblement souffrir, Lizzie s'y rattachait malgré tout. Elle n'arrivait pas à se défaire de l'espoir. Une part d'elle voulait encore croire que tout était possible. Qu'ils finiraient pas se remettre ensemble parce qu'il ne pouvait pas en être autrement. « Ouais. Tu sais ça a pas été facile pour lui après ton départ. » Et voilà que son grand-père s'y mettait aussi. Soupirant, elle reposa sa tasse et regarda le vieil homme droit dans les yeux. Il y avait très peu de choses que Lizzie pouvait lui cacher et elle était pratiquement certaine que son grand-père savait tout des sentiments de sa petite fille à l'égard de son ex petit ami. « Grand-père, sil-te-plait, pas maintenant. » Elle était las de devoir parler de ça. Las de devoir faire face à ses démons intérieurs et de voir dévoiler ses sentiments. Il n'insista pas et ils déjeunèrent en silence.


UNE SEMAINES PLUS TARD

Les journées maussades se succédaient et Elizabeth n'était jamais d'une humeur très enjouée. Même si elle essayait de se montrer souriante, ses proches n'étaient pas dupes. Griffin savait bien que Sonny jouait un rôle important dans la vie de sa sœur et qu'elle avait du mal à se relever de leur retrouvailles. Mais puisqu'ils étaient tous deux très proches il lui était difficile de vraiment le blâmer. De même qu'il ne pouvait pas en vouloir à sa sœur. Il était coincé dans cette situation et Elizabeth ne lui en voulait absolument pas de ne rien faire. Il ne pouvait tout simplement pas l'aider sur ce coup. Quand à son grand-père, il désirait voir sa petite fille heureuse et Lizzie ne demandait rien de plus pour elle-même ! Elle savait que le vieil homme avait toujours beaucoup aimé Sonny et qu'il l'appréciait d'autant plus qu'il avait demandé son autorisation avant de sortir avec Elizabeth. Si elle le lui avait demandé Lizzie était certaine qu'il serait allé botter les fesses de Sonny pour l'avoir fait pleurer de la sorte ! Mais elle n'avait pas envie de ça. Elle voulait oublier. Rien de plus. S'étant levée de bonne heure ce matin là, elle avait pris la décision de se rendre au marché pour y vendre les fruits et légumes recueilli dans le verger, pratiquement l'unique source de revenus que son grand-père tirait de la terre. Il vivait de cela et de la retraite que l'armée lui versait chaque fois. N'ayant pas été gravement blessé il n'avait jamais bénéficié de la pension d'invalidité. Néanmoins il avait pu se payer de bonnes études après sa démobilisation. Les études. Elizabeth y songeait parfois. Mais une voix dans sa tête lui rappelait sans cesse qu'elle ne savait rien faire d'autre que la guerre. Triste réalité.

Elle s'était donc levée relativement tôt et habillé d'un jean délavé, d'un pull relativement peu chaud et d'un chandail en laine. En enfilant ses bottes imitation daim elle s'aperçut que celle-ci ne tiendrait plus bien longtemps et qu'il était temps pour elle de faire un peu de shopping, une chose dont elle ignorait absolument tout. Le moment était venu d'appeler Teddy à la rescousse. Sa vielle amie voulait absolument l'aider et faire d'elle une nouvelle femme. Le temps était venu. Qui plus est un peu de distraction ne pouvait pas lui faire de mal. Lizzie avait besoin d'oublier les derniers jours et si quelqu'un pouvait l'aider avec ça c'était bien Teddy. Elle aurait aimé pouvoir passer du temps avec son frère mais son travail lui prenait pas mal de temps. Et puis surtout oublier Sonny en présence de son frère n'était pas vraiment l'idéal. Ils avaient tous un passé commun trop important. Il valait mieux Teddy. Et puis c'était une fille aussi. Elle comprendrait ce que Lizzie ressentait. Après avoir prévenu son grand-père qu'elle partait pour le marché et qu'elle rentrerait probablement peu après midi, elle sorti de la maison de son enfance et prit la petite route caillouteuse. Marchait était l'un de ses passe-temps favoris et Lizzie mettait un point d'honneur à toujours emprunter ce moyen de locomotion. Elle le préférait de loin à la voiture, surtout pour les trajets courts comme celui-ci. Elle aurait très bien pu y aller à cheval aussi mais porter des légumes assise sur un cheval fougueux n'est pas toujours simple. Et puis la marche lui donnait à réfléchir un peu. Elle pouvait appréciait le paysage qui lui avait tant manquer et voir les changements qui s'étaient opérés depuis son départ. Des changements nombreux qu'elle détestait. Sa ville autrefois si paisible devenait peu à peu un véritable théâtre. Certaines choses n'avaient cependant pas changer et le marché en faisait parti. Les mêmes visages souriant accueillait des clients enthousiastes et nombreux. On entendait partout des offres criaient, un cochon dodu par là, des grillades ici, le bon pain frais là ! Tout cela lui avait vraiment manqué. S'installant dans un coin elle déplia la petite table qu'elle avait emportait sous son bras et y entreposa le panier garnit de fruits et légumes. Elle s'affairait à les disposer correctement quand elle sentit les regards lourds des habitants peser sur elle. Soupirant, elle essaya tant bien que mal de les ignorer. Il fallait qu'elle s'y fasse. Tout à coup venir au marché ne lui semblait plus si génial que ça. Elle risquait de ne rien vendre tout cela parce qu'on la considérait comme une vulgaire tueuse sans foi ni loi. Chassant ces sales idées de sa tête elle se releva et recoiffa ses cheveux, coinçant sa mèche rebelle dans une barrette qu'elle tira le plus loin possible en arrière. Finalement elle sortit de son panier les petites affichettes qui donnait le prix de ses légumes aux clients et entreprit de les déposer devant son modeste stand. En se retournant le cœur de Lizzie faillit cesser de battre. Elle avait bien sentit quelqu'un de tout proche mais ne s'était pas vraiment attendu à lui. Sonny se tenait devant elle la regardant avec insistance. Et ses yeux donnaient à Elizabeth envie de s'y perdre à tout jamais.



Sonny Fitzgerald a écrit:
Déposer un bouquet devant la porte du ranch Rosebury s’était très vite imposé dans l’esprit de Sonny. Après leurs retrouvailles mouvementées, il n’avait pu s’empêcher d’y repenser encore et encore, au point de ne pas fermer l’œil de la nuit. Les lys blancs étaient les fleurs préférées de Lizzie lorsqu’ils sortaient encore ensemble, et il espérait que la guerre n’avait pas anéanti ce goût délicat. Le jeune Fitzgerald se sentait presque obligé de faire quelque chose, de s’excuser de ses paroles, malgré qu’il les pensait toutes. Il avait fait du mal à Elizabeth, il l’avait lu dans ses yeux, et cette simple idée suffisait pour le faire culpabiliser. Il se sentait triste et terriblement coupable de ce qui était arrivé. Après tout, s’il avait choisi d’attendre Lizzie, rien de tout cela ne serait arrivé et ils auraient enfin pu vivre ensemble et heureux, comme Sonny l’avait tant rêvé par le passé. Pourtant, des deux, c’était Lizzie qui avait le plus de torts : elle l’avait non seulement abandonné à son sort dix années plus tôt, mais elle n’avait jamais daigné une seule nouvelle depuis. Et voilà qu’elle rentrait à Sand Valley et espérait reprendre leur histoire là où elle s’était arrêtée. C’était trop facile. Mais surtout, totalement injuste pour Sonny. Il avait beaucoup souffert par le passé et avait réussi péniblement à se relever pour affronter l’avenir. Le retour de Lizzie allait anéantir nombreux de ses efforts : l’équilibre qu’il avait réussi à gagner ne tarderait pas à disparaître, pour laisser place à un cœur indécis, qui mènerait Sonny à sa perte. Tel un cyclone qui réduisait à néant les efforts humains pour se construire une vie confortable, Lizzie allait tout détruire. Sonny pouvait dire adieu au calme appréciable de sa vie. Il avait pleinement conscience des conséquences du retour de Lizzie dans sa vie. Leurs retrouvailles s’étaient mal déroulées ; elles auraient du sonner définitivement la fin de leur relation, que ce soit amicale ou amoureuse. Pourtant, un certain lien les unissait encore et Sonny ne pouvait se permettre de laisser la culpabilité le ronger. Il lui fallait agir, au moins pour respecter les valeurs que lui avaient apprises ses parents. Un bouquet de fleurs et un mot d’excuse n’engageaient à rien, n’est-ce pas ?

Une semaine avait passé depuis ce fameux geste de Sonny. Silence radio. Lizzie avait semble-t-il compris que le jeune Fitzgerald ne désirait pas la fréquenter à nouveau, son cœur étant entièrement occupé par une autre. Cette pensée aurait du réconforter l’homme, et le rassurer. Il n’en était rien. Comme s’il désirait plus que tout faire de sa vie un sac à problèmes plutôt qu’une chose paisible et reposante, il ne pouvait s’empêcher de penser à elle. Voir Silver lui avait permis de faire taire toutes ces pensées pleine de tristesses, dieu soit loué, mais tôt ou tard, la réalité allait à nouveau le frapper de plein fouet. Alors que Sonny faisait le tour du marché de la ville, afin de soulager sa mère, son regard ne tarda pas à glisser sur la silhouette de Lizzie, assise devant un étal couvert de fruits et légumes. D’ordinaire, c’était son grand-père qui endossait le rôle de vendeur, et souvent, Sonny allait le saluer et échanger quelques mots avec lui. Parce qu’il avait toujours apprécié cet homme, et parce que le rayer définitivement de sa vie sous prétexte que Lizzie en était aussi sortie, n’aurait mené à rien et aurait été stupide. Soupirant légèrement, Sonny ne savait plus quoi faire. Son cerveau bouillonnait, et s’il n’avait pas remarqué les regards méprisants que portaient les habitants de la ville sur Lizzie, sans nul doute qu’il n’aurait pas bougé d’un millimètre. Il détestait la guerre et les soldes, et il ne comprenait toujours pas la décision de son premier amour de s’engager dans l’armée. Cependant, toutes ces personnes qui ne connaissaient pas réellement la jeune femme n’avaient pas à la juger. Lui, si, car il l’avait toujours connu et avait entretenu un fort lien avec elle. Mais eux, non. Même si au fond, ils les comprenaient totalement et leur donnaient raison. Mais les voir s’attaquer indirectement à Lizzie fit naître une légère colère en lui. Lorsqu’il s’agissait de parler d’elle en son absence, Sonny les avait souvent écoutés sans rien dire, étant donné qu’il partageait leurs état d’esprit et vision des choses. Mais aujourd’hui, il ne pouvait pas rester là sans rien faire. Les retrouvailles ancrées dans son esprit, il ne pouvait pas rester insensible à tout cela. Il avait blessé Lizzie, et il ne pouvait prendre le risque de laisser les autres la détruire totalement. Même si elle avait fait un mauvais choix de vie, il n’en restait pas moins qu’elle ne méritait pas un lynchage public. Hâtant le pas, il se retrouva bien vite devant elle, et lorsqu’elle se rendit enfin compte de sa présence, quelques mots s’échappèrent de ses lèvres. « Salut Lizzie. » Il y avait comme un goût de déjà-vu, n’est-ce pas ? « Je vais prendre un kilo de pommes, s’il te plaît. » lui dit-il, sans réfléchir. Il n’y avait rien de tout cela sur la liste de courses que sa mère lui avait confiée. A dire vrai, aucun aliment qui se trouvait sur l’étal des Rosebury n’aurait convenu à Mme Fitzgerald. Mais c’était la seule façon de justifier sa présence devant Lizzie. Et au fond, la seule manière aussi de montrer à tous les habitants que Lizzie restait la même qu’ils avaient connu de près ou de loin par le passé, si l’on oubliait son engagement pour l’armée. Tout le monde était au courant de l’histoire amoureuse qui avait unie les deux jeunes par le passé. Voir Sonny se présenter devant elle et lui acheter quelques fruits pourrait bien faire changer les regards des autres sur Lizzie. Non ? Définitivement, Sonny restait un rêveur. Et il ne pouvait s’empêcher de protéger la femme qui l’avait le plus blessé de toute sa vie… Son cœur et sa générosité finiraient bien par le perdre.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Le voir refit naitre en elle tout un tas de sentiments. Un mélange peu plaisant qui la mit mal à l'aise. Quelques jours plutôt elle était encore dans sa chambre, au ranch, pleurant sur son sort, se mettant en colère contre elle-même. Il y avait des moments où elle se détestait d'avoir pris cette décision dix ans plus tôt. Parfois elle se disait qu'il avait entièrement raison. Mais bien vite Lizzie redevenait elle-même et essayait de se reprendre en main. Il le fallait. Mais après avoir reçu ce bouquet de lys venant de Sonny elle n'était plus sure de pouvoir y arriver. Il avait été clair lors de leur première entrevue. Il avait quelqu'un d'autre. Quelqu'un de bien mieux que Lizzie à l'en croire. Elle ne comptait plus, il était passé à autre chose et elle devait en faire autant. Elle avait passé deux joues à essayer de s'en convaincre, à pleurer, à se maudire, à le maudire lui. Et puis elle avait vu ce bouquet un beau matin. Et au lieu de le détester pour lui envoyer des signaux contradictoires elle avait trouvé ça adorable et avait espéré un changement quelconque. Abandonné l'amour de sa jeunesse n'était tout simplement pas possible. Sonny n'était pas seulement son tout premier amour. Il était le seul qu'elle voulait. Le seul qui pouvait la comprendre et l'aider à remonter la pente. Elle ne voulait que lui. Ces fleurs ne pouvaient pas simplement être de plates excuses. Il devait y avoir plus. Elle voulait qu'il y ai plus et s'accrocher à cette pensée de toutes ses forces.

Le retrouver face à elle la déstabiliser totalement. Chose plutôt bizarre pour une militaire entrainée à qui il en faut d'ordinaire beaucoup. « Salut. » Fini-t-elle par lâcher d'une petite voix. Elle se sentait d'une extrême faiblesse tout à coup et détestait cela. Repassant derrière son modeste établi, elle s'affaira pour accéder à sa requête. Peut-être serait-il le seul client du jour. Venir au marché n'était pas une si bonne idée. Griffin l'avait pourtant prévenu mais elle n'en avait fait qu'à sa tête bien sur. « Un kilo, d'accord. » C'était d'un banal et d'un ridicule sans précédent ! Ils n'arrivaient même plus à se parler normalement, comme si leur amitié et leur histoire n'avait jamais eut lieu, comme si ils étaient étrangers l'un à l'autre. Elle aurait préféré lui parler franchement et à cœur ouvert comme lorsqu'ils avaient 15 ans. Mais ce n'était plus possible et ça ne le serait probablement plus jamais. Quelque chose s'était brisé entre eux. « Oh non merde c'est pas vrai ! » Se frappant le front avec la main Elizabeth avait clairement l'air d'une folle. Quelques passants la regardèrent de travers avant de passer leur chemin. « Tu as de quoi les transporter ? J'ai oublié les sachets... » Et ma tête pensa-t-t-elle. Comment peut-on oublier une chose aussi importante sur un marché ? Décidément ce n'était pas vraiment son jour. La situation était si ridicule et gênante qu'elle aurait aimé pouvoir disparaître et oublier. Oublier. Elle n'avait que ce mot à la bouche. Sand Valley lui avait paru être l'endroit idéal pour recommencer de zéro et oublier ce qu'elle avait vécu. Au lieu de cela tout lui revenait en pleine figure et elle n'avancer pas d'un pouce. On lui rappelait constamment qu'elle n'était plus la bienvenue et que ce qu'elle avait fait personne ne l'avait oublié. Ils le lui faisait tous payer d'une certaine manière. Elle n'aurait jamais la paix ni la vie dont elle rêvait. C'était impossible. Surtout si elle n'arrivait plus à parler à Sonny. Sa famille à part il était la seule personne au monde qui comptait. Elle s'était toujours beaucoup reposé sur lui et ne plus pouvoir compter sur son amitié la pesait. Pire encore, ne plus pouvoir dire qu'il était son petit ami la pesait. Elle n'avait plus ce droit. Et même si cette situation lui déplaisait, même si ils étaient ridicules à parler de pommes, elle ne pouvait plus lui parler en toute franchise. Pas après la catastrophe de la dernière fois. Elle ne voulait plus le regarder souffrir à cause d'elle. C'était trop difficile.

Sonny Fitzgerald a écrit:
C’était bizarre de se retrouver là, debout devant Lizzie. Pendant plus d’une semaine, Sonny avait beaucoup pensé à leurs retrouvailles mouvementées, se demandant s’il avait bien agi ou si au contraire il aurait mieux fait de passer sa route. Le retour d’Elizabeth l’avait déstabilisé, il avait appris à vivre sans elle pendant dix ans et voilà qu’elle était prête à anéantir en un claquement de doigts l’équilibre de sa vie. Comment devait-il faire face à cette situation ? Devait-il continuer à l’oublier ? Et même la rayer totalement de sa vie ? Ou au contraire, devait-il la laisser revenir vers elle, et pourquoi ne pas tisser un nouveau lien, recommencer à zéro ? S’il devait suivre sa raison, l’oublier définitivement était la meilleure solution. Mais s’il devait écouter son cœur, laisser Lizzie se trouver une nouvelle place dans son existence était tentant. Quoi dire ? Quoi faire ? La vie était si cruelle parfois, de réunir des personnes qui n’avaient plus rien à faire ensemble. Mais il fallait faire avec, alors lorsque son regard s’était posé sur une Lizzie affaiblie et assise derrière un étal couvert de fruits et légumes du potager, il n’avait pu s’empêcher d’aller à sa rencontre. Comme si sa venue pouvait changer le regard des autres sur elle, et faire taire la méfiance et la haine qui possédaient les habitants de Sand Valley à l’égard de Lizzie. Comme si engager une conversation pouvait tout arranger, et faire naître un sourire sur ses lèvres. Sonny était beaucoup trop rêveur, et tout cela finirait par le perdre. Mais pour l’heure, il était temps pour lui d’agir en conséquence : il était face à la jeune femme et il n’allait pas rester comme cela sans rien dire. Cela serait plutôt stupide et inutile. Lui acheter un kilo de pommes était la seule idée qui avait traversé l’esprit de Sonny pour engager la conversation. La situation était risible et pourtant, elle semblait mettre totalement mal à l’aise les deux anciens amoureux.

Lorsque Lizzie jura et lui annonça qu’elle avait oublié les sachets, Sonny ne put s’empêcher de sourire doucement. Soudainement, le passé lui revint à l’esprit : elle avait toujours été légèrement tête en l’air et il était heureux de voir que la guerre n’avait pas changé ce trait de personnalité qu’il avait tant aimé par le passé. « Toujours aussi tête en l’air… » fit-il, simplement, toujours ce même sourire scotché sur les lèvres. Il était heureux de constater que la Lizzie qu’il avait tant aimé se trouvait quelque part tapi en la militaire. Lorsqu’il redescendit sur Terre, faisant terre les souvenirs, Sonny prit conscience qu’il n’avait pas répondu à la jeune femme. Haussant les épaules, il tendit ses bras devant lui pour lui montrer qu’il n’avait rien à la main. Cela faisait longtemps qu’il n’était pas venu faire quelques courses au marché, et il n’avait pas pensé à prendre un panier. Il était persuadé que les marchands avaient toujours quelque chose pour combler ce manque. Mais pas Lizzie. « Ce n’est pas grave. Laisse tomber. » lâcha-t-il finalement, et il se sentit bête. Il allait devoir lui dire la vérité, à savoir qu’il se fichait pas mal des pommes. Ainsi donc, il sortit de sa poche de veste en cuir la liste qu’avait rédigée sa mère et qui contenait les ingrédients dont elle avait besoin. « Aucun kilo de pomme ne figure sur cette liste. » Relevant le visage vers Lizzie, il rangea la liste puis se décida à briser le silence qui venait de s’installer à nouveau entre eux. « C’était juste une raison stupide pour engager la conversation… » se risqua-t-il à dire, sentant ses joues rougir aussitôt. « Je ne sais même pas pourquoi. » ajouta-t-il, afin d’éviter de potentielles questions de la part de Lizzie. Puis, estimant qu’il n’avait plus rien à faire ici puisque son plan pour établir un contact s’était révélé un échec, il reprit la parole. « Bonne journée, Lizzie. » Prêt à tourner les talons, il attendit cependant une réaction de la jeune femme.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Il y a des jours comme ça où il est serait préférable de rester bien caché au chaud sous sa couette. Pour Elizabeth Rosebury aujourd'hui était un de ces fameux jours. Elle avait déjà passé ces derniers jours enfermé dans la maison de son grand-père, qu'elle appelait désormais son chez elle, alors aujourd'hui les choses devaient changées. C'était la raison qui l'avait poussé à sortir et à prendre la place du patriarche au marché. Elle voulait cesser de se morfondre et marcher la tête haute dans la ville. Lizzie voulait avoir la même vie tranquille que n'importe qui à Sand Valley. Le problème étant qu'elle n'était pas n'importe qui et que tout le monde prenait un malin plaisir à lui rappeler ses erreurs passées. Si la raison principale de son refus à sortir était Sonny, elle invoquait devant son frère et son grand-père, des maux de tête et l'envie d'être seule. Ils n'étaient pas dupes mais la plupart du temps ils la laissait en paix. Elizabeth ne s'était pas imaginé que revoir Sonny lui ferait autant de mal. Elle ne s'attendait pas à des retrouvailles de cinéma : lui l'attendant avec impatience et la serrant dans ses bras sans lui laisser le temps à elle de dire quoique ce soit. Leur histoire d'amour n'avait plus rien d'un film romantique. Il n'y a jamais de « happy ending » dans la vraie vie. Elizabeth le savait et l'apprenait chaque jours un peu plus. La vie lui avait montré des horreurs qui ne s'effaceraient jamais de sa mémoire. La vie ne lui avait offert que souffrances. Bien sur elle avait choisi de vivre ainsi. Mais jamais elle n'avait imaginé ressentir autant de souffrances et de mal-être.

Lorsque Sonny lui fit remarquer qu'elle était toujours aussi tête en l'air, Lizzie ne pu s'empêcher de sourire en pensant qu'effectivement elle n'avait pas changé sur ce point. Elle avait un don certain pour oublier les choses. On avait beau le lui répéter, le lui dire quelques minutes avant de partir, elle oubliait systématiquement ce qu'on lui demandait de prendre. Le visage souriant de Sonny lui fit plaisir tout comme il lui déchira le cœur. Il avait l'air si heureux alors qu'elle était encore dévastée. Elle ne pu que penser à cette autre fille. C'était elle qui devait le faire sourire ainsi. C'était elle qui gagnait tout dans cette histoire tandis que Lizzie perdait. Elle n'y était pas vraiment habitué. En Irak son bataillon comptait parmi les meilleurs, même si les pertes qu'ils subissaient était parfois lourdes. L'échec était difficilement supportable à Elizabeth et bien souvent elle s'en voulait à elle-même alors que rien n'était de sa faute. Mais elle était comme ça. Lorsque quelque chose tournait mal elle se détestait et s'en voulait. Dans le cas présent elle avait toutes les raisons du monde se s'en vouloir et de s'infliger elle-même des souffrances mentales. Après tout Sonny avait raison. C'était elle qui avait décidé de partir et qui avait pris la décision de ne pas lui donner de nouvelles. Elle avait scellé leur histoire et n'avait plus jamais ouvert l'enveloppe. Aujourd'hui il était trop tard. Sonny avait refait sa vie et elle n'en faisait pas parti. Elizabeth n'avait aucunement le droit de revenir et d'y mettre le bazar. Pourtant une part d'elle désirait encore se battre pour lui. Et Sonny aussi devait le vouloir. Sinon pourquoi serait-il venu lui parler de pommes dont il n'avait pas besoin ? Il devait vouloir quelque chose de précis. Il devait y avoir plus. Déconcertée, Lizzie fronça les sourcils, incapable de prononcer un seul mot. Elle nageait en pleine confusion et ne savait plus comment elle devait réagir. Ils avaient l'air de deux étrangers se rencontrant pour la première fois et qui ne savent pas quoi se dire. C'était à la fois ridicule et triste, d'autant plus lorsque l'on pense à leur passé commun. « Alors c'est tout ? C'est comme ça que les choses vont se passer maintenant entre nous ? » Elle ne savait pas d'où sortait ces mots ni même comment elle réussissait à parler avec une voix aussi calme. Lizzie n'avait tout simplement pas envie de le voir partir comme ça. Il n'avait pas le droit de venir lui adresser la parole et tourner les talons la minute suivante. Il n'avait pas le droit de lui redonner espoir et de tout envoyer valser ensuite. Le souvenir de leur première rencontre après dix ans de silence la faisait encore souffrir et Sonny venait de lui faire un peu plus mal encore. Comment pouvait-il se tenir devant elle, lui parler de choses banales, comme si jamais rien ne s'était passé ? « Peu importe. Merci pour les fleurs au fait. » Même si elle avait appréciait ce geste elle n'avait pas pu s'empêcher d'espérer une réconciliation ou plus encore. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se dire qu'un jour tout irait mieux et qu'ils recommenceraient là où ils s'étaient arrêtés. Elle irait à l'université, ils s'achèteraient une maison, Sonny la demanderait en mariage, elle dirait oui, ils auraient de beaux enfants... Fermant les yeux sur cette vision d'avenir parfaite, elle s'y enferma pour oublier que la réalité était toute autre.

Elizabeth Rosebury a écrit:


Il y a des jours comme ça où il est serait préférable de rester bien caché au chaud sous sa couette. Pour Elizabeth Rosebury aujourd'hui était un de ces fameux jours. Elle avait déjà passé ces derniers jours enfermé dans la maison de son grand-père, qu'elle appelait désormais son chez elle, alors aujourd'hui les choses devaient changées. C'était la raison qui l'avait poussé à sortir et à prendre la place du patriarche au marché. Elle voulait cesser de se morfondre et marcher la tête haute dans la ville. Lizzie voulait avoir la même vie tranquille que n'importe qui à Sand Valley. Le problème étant qu'elle n'était pas n'importe qui et que tout le monde prenait un malin plaisir à lui rappeler ses erreurs passées. Si la raison principale de son refus à sortir était Sonny, elle invoquait devant son frère et son grand-père, des maux de tête et l'envie d'être seule. Ils n'étaient pas dupes mais la plupart du temps ils la laissait en paix. Elizabeth ne s'était pas imaginé que revoir Sonny lui ferait autant de mal. Elle ne s'attendait pas à des retrouvailles de cinéma : lui l'attendant avec impatience et la serrant dans ses bras sans lui laisser le temps à elle de dire quoique ce soit. Leur histoire d'amour n'avait plus rien d'un film romantique. Il n'y a jamais de « happy ending » dans la vraie vie. Elizabeth le savait et l'apprenait chaque jours un peu plus. La vie lui avait montré des horreurs qui ne s'effaceraient jamais de sa mémoire. La vie ne lui avait offert que souffrances. Bien sur elle avait choisi de vivre ainsi. Mais jamais elle n'avait imaginé ressentir autant de souffrances et de mal-être.

Lorsque Sonny lui fit remarquer qu'elle était toujours aussi tête en l'air, Lizzie ne pu s'empêcher de sourire en pensant qu'effectivement elle n'avait pas changé sur ce point. Elle avait un don certain pour oublier les choses. On avait beau le lui répéter, le lui dire quelques minutes avant de partir, elle oubliait systématiquement ce qu'on lui demandait de prendre. Le visage souriant de Sonny lui fit plaisir tout comme il lui déchira le cœur. Il avait l'air si heureux alors qu'elle était encore dévastée. Elle ne pu que penser à cette autre fille. C'était elle qui devait le faire sourire ainsi. C'était elle qui gagnait tout dans cette histoire tandis que Lizzie perdait. Elle n'y était pas vraiment habitué. En Irak son bataillon comptait parmi les meilleurs, même si les pertes qu'ils subissaient était parfois lourdes. L'échec était difficilement supportable à Elizabeth et bien souvent elle s'en voulait à elle-même alors que rien n'était de sa faute. Mais elle était comme ça. Lorsque quelque chose tournait mal elle se détestait et s'en voulait. Dans le cas présent elle avait toutes les raisons du monde se s'en vouloir et de s'infliger elle-même des souffrances mentales. Après tout Sonny avait raison. C'était elle qui avait décidé de partir et qui avait pris la décision de ne pas lui donner de nouvelles. Elle avait scellé leur histoire et n'avait plus jamais ouvert l'enveloppe. Aujourd'hui il était trop tard. Sonny avait refait sa vie et elle n'en faisait pas parti. Elizabeth n'avait aucunement le droit de revenir et d'y mettre le bazar. Pourtant une part d'elle désirait encore se battre pour lui. Et Sonny aussi devait le vouloir. Sinon pourquoi serait-il venu lui parler de pommes dont il n'avait pas besoin ? Il devait vouloir quelque chose de précis. Il devait y avoir plus. Déconcertée, Lizzie fronça les sourcils, incapable de prononcer un seul mot. Elle nageait en pleine confusion et ne savait plus comment elle devait réagir. Ils avaient l'air de deux étrangers se rencontrant pour la première fois et qui ne savent pas quoi se dire. C'était à la fois ridicule et triste, d'autant plus lorsque l'on pense à leur passé commun. « Alors c'est tout ? C'est comme ça que les choses vont se passer maintenant entre nous ? » Elle ne savait pas d'où sortait ces mots ni même comment elle réussissait à parler avec une voix aussi calme. Lizzie n'avait tout simplement pas envie de le voir partir comme ça. Il n'avait pas le droit de venir lui adresser la parole et tourner les talons la minute suivante. Il n'avait pas le droit de lui redonner espoir et de tout envoyer valser ensuite. Le souvenir de leur première rencontre après dix ans de silence la faisait encore souffrir et Sonny venait de lui faire un peu plus mal encore. Comment pouvait-il se tenir devant elle, lui parler de choses banales, comme si jamais rien ne s'était passé ? « Peu importe. Merci pour les fleurs au fait. » Même si elle avait appréciait ce geste elle n'avait pas pu s'empêcher d'espérer une réconciliation ou plus encore. Elle ne pouvait pas s'empêcher de se dire qu'un jour tout irait mieux et qu'ils recommenceraient là où ils s'étaient arrêtés. Elle irait à l'université, ils s'achèteraient une maison, Sonny la demanderait en mariage, elle dirait oui, ils auraient de beaux enfants... Fermant les yeux sur cette vision d'avenir parfaite, elle s'y enferma pour oublier que la réalité était toute autre.

Sonny Fitzgerald a écrit:
« Je ne sais pas, Lizzie, je ne sais pas… » laissa-t-il échapper de ses lèvres, avant de faire glisser son regard sur l’étal. Des fruits et légumes, c’était beaucoup moins gênant à regarder dans pareilles circonstances. Elizabeth n’avait pas tort, et la question qu’elle avait soulevée ne faisait que trotter dans l’esprit de Sonny depuis quelques jours. Que faire ? La guerre avait brisé leur lien, la distance et l’absence l’avaient maintenu très légèrement. Qu’en était-il aujourd’hui ? Ni la guerre, ni la distance, ni l’absence n’était d’actualité désormais. Plus rien ne les séparait, si ce n’est le passé de militaire de Lizzie. Devait-il pardonner ? Oublier et aller de l’avant pour mieux remodeler une nouvelle relation avec elle ? Amicale ou amoureuse ? Tant de questions qui tracassaient Sonny, tant de questions sans réponses. Y’en en aura-t-il seulement un jour, d’ailleurs ? Chacun avait pris un chemin différent, et même s’ils se trouvaient désormais devant un carrefour, les nouvelles directions étaient peu nombreuses. Repartir ensemble main dans la main, ou tirer un trait définitif sur leur vie passée commune. La décision semblait insurmontable, et aucun des deux n’était prêt à la prendre, qu’importe sa nature. Le doute et l’envie se mêlaient, se mélangeaient et anéantissaient toute occasion de choisir. Sans doute était-il encore trop tôt pour décider de leur avenir. Peut-être devaient-ils se contenter du présent, faire en sorte que leurs rencontres à venir se déroulent sans encombre. Sonny s’était approché d’elle dans le simple but de la voir, de poser ses yeux dans les siens, d’essayer de comprendre si elle allait bien, mieux ou pas du tout mais surtout de lui parler. Un mot, deux mots, quelques phrases et plus encore, peu importe. Il avait besoin d’entendre sa voix. Il n’avait pas réfléchi et avait foncé sans penser aux conséquences. L’interrogation de Lizzie lui renvoyait en pleine figure la réalité. Reposant son regard dans celui de la jeune femme, Sonny laissa le silence les entourer. Il ne savait quoi lui répondre, et même s’il lui avait dit quelques instants plus tôt, il ne voulait pas rester sur cette réplique. Il ne voulait pas d’une énième conversation inachevée. Respirant un bon coup, il s’efforça de réfléchir à une possible réponse. Il n’aurait pas aimé que l’on lui réponde une telle chose, et il estimait que Lizzie méritait bien mieux qu’un je ne sais pas.

Malheureusement, Lizzie ne lui laissa guère le temps d’ajouter quelque chose puisqu’elle s’empressa de reprendre la parole. Les yeux rivés dans les siens, il l’écouta. « Ne me remercie pas. C’est normal. » Mais qu’est-ce la normalité, en fait ? Est-ce vraiment normal d’envoyer des fleurs à quelqu’un qui n’attend qu’un retour de l’amour ? N’est-ce pas plutôt cruel de s’excuser d’une telle manière ? Sur le moment, Sonny n’avait pas pensé à tout cela, mais lorsque le mot « normal » s’était échappé de ses lèvres, il en avait pris conscience. Déglutissant péniblement, il chassa ses pensées de son esprit. « Je veux dire, c’est normal que je m’excuse de mon comportement de la dernière fois. J’ai été dur avec toi, et je tenais vraiment à le faire. Sans doute aurais-je dû m'abstenir pour les fleurs... Enfin, les choses sont faites maintenant. » Il attendit quelques instants avant de continuer. « Cela fait presque deux semaines que tu es revenue Lizzie. N’attends pas trop de moi, s’il te plaît. Tu es restée dix longues années sans me parler. Alors, échanger quelques mots et banalités devrait déjà te satisfaire. » Il haussa les épaules. Il avait fait le premier pas en envoyant des fleurs. Il en avait fait un autre ce jour-là en la saluant et en discutant quelque peu avec elle. N’était-ce pas déjà bien pour quelqu’un qui n’avait pas pris la peine de lui parler pendant dix années ? Sonny n’avait rien dit, n’avait pas cherché à la contacter ni même à la forcer à reprendre contact. Il avait respecté sa décision, même si cette dernière lui faisait mal. Alors, Lizzie ne pouvait-elle pas se contenter de la même chose ? Ou était-ce trop demandé ? A croire qu’elle n’était jamais satisfaite des décisions prises par Sonny, et cette simple idée fit naître une déception en lui.

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Marylou Odair

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:05

Elizabeth Rosebury a écrit:


Elle pinça les lèvres et réussi enfin à détacher son regard de Sonny. Si lui-même n'avait aucune réponse à lui donner alors tout était définitivement perdu. Elle ne pouvait pas, ou ne voulait pas, continuer à s'imposer de la sorte. Il était difficile pour elle de le voir sans pouvoir le toucher ni lui dire ce qu'elle avait sur le cœur. Bien sur Lizzie se sentait capable de mentir. Elle pouvait tout à fait agir comme si rien n'était. Mais la douleur qu'elle ressentait au fond d'elle-même ça jamais elle ne serait capable de la feindre. Jamais elle ne pourrait ignorer ses sentiments au point de ne plus être vraiment elle-même. Si le prix à payer pour continuer à poser les yeux sur Sonny était de souffrir alors soit, elle le paierait. Elle était prête à se sacrifier, à sourire et à feindre autant qu'il le voudrait tant qu'elle pouvait le voir. Si être amis n'était pas une idée qui emballait Elizabeth elle préférait cela à l'abandon pur et simple. Elle l'avait perdu une fois et le regrettait suffisamment pour ne pas refaire cette erreur encore. Il se pouvait qu'elle ne soit plus jamais heureuse comme ils l'avaient tous les deux été. En réalité, Lizzie ne s'imaginait plus vivre un tel bonheur avec quelqu'un. Toutes les horreurs de la guerre la hantaient chaque nuits et la claque verbale que Sonny lui avait infligé quelques jours plus tôt n'avait pas encore cicatrisé. Le bonheur était devenu une notion abstraite dans l'imaginaire d'Elizabeth. Le bonheur n'existait que dans les rêves et les films. La vraie vie c'était autre chose. Quelque chose de terrible. Le bonheur et la joie de vivre qu'elle avait connu autrefois à Sand Valley, Elizabeth ne s'était pas attendu à les retrouver. Ses 16 ans étaient loin derrière elle et le temps perdu ne pouvait se rattraper. Enfermée dans ce corps de presque 27 ans, elle se sentait prisonnière et faible. Rien de ce qu'elle pourrait faire ne changerait la donne entre Sonny et elle. Rien. Cette pensée l'assomma et la laissa sans voix. Jusqu'à ce que Sonny reprenne et ne capte son attention. C'est à ce moment que quelques passants s'intéressèrent aux légumes et fruits de son étalage mais Lizzie n'y prêta aucune attention. Elle était scotché aux yeux de Sonny.

Il avait été plus que dur envers elle. Elle s'était sentie brisée après ça et il était vrai que les fleurs n'avaient pas vraiment arrangé son état. Cependant elle ne pouvait nier avoir beaucoup apprécié ce geste. Les passants finirent pas s'éloigner, de toute évidence découragés par la conversation des deux ex-amants. Soupirant et souriant à la fois, Lizzie remit en place une mèche de cheveux derrière son oreille. « Tu m'a dis la même chose l'autre jour. » Et elle avait répondu ne rien attendre. Un stupide mensonge. Lizzie craignait de voir le schéma se répéter et préféra en rester là. Elle aurait dû être heureuse de lui parler. N'importe qui à sa place le serait et elle l'était en un sens. Mais pour Lizzie ce n'étatit pas assez encore. Il lui manquait terriblement. « Je sais. C'est un début je suppose. » Elle avait l'ait si bête qu'elle eut envie de se frapper. « Désolée j'ai l'air d'une idiote mais essaie de comprendre que de parler et à toi en particulier, c'est difficile. Disons que je n'en ai plus vraiment l'habitude. » Pourquoi ressentait-elle le besoin de s'excuser auprès de lui comme ça ? A l'armée certain de ses mentors lui avaient souvent répété que de s'excuser était une grande faiblesse. Lizzie n'avait jamais réussi à voir la chose de la sorte, même en essayant. Elle ne voyait pas la faiblesse de ce geste même si s'excuser lui faisait toujours mal. Face à Sonny elle devait s'excuser. Elle lui avait fait tant de mal qu'il ne pouvait en être autrement. Il devait savoir qu'elle était désolée. Que pouvait-elle dire d'autre de toute façon ? Ce n'était certainement pas le moment de parler de ses sentiments. Il le lui avait bien rappelé : elle n'avait pas le droit d'attendre quoique ce soit de lui. Elle ne pouvait plus lui parler à cœur ouvert. Ce qu'elle ressentait devait rester en elle. Elle devait se taire et protéger ses secrets.

Un couple de personnes âgées s'arrêta devant l'étalage et lui achetèrent deux poireaux ainsi que six tomates. Probablement les seules affaires qu'elle ferait aujourd'hui. Ce court moment laissa respirer Elizabeth et lui donna l'occasion d'échapper un peu à Sonny. Lorsqu'elle reposa les yeux sur lui il n'avait pas bougé et elle en fût gênée.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Effectivement, Sonny lui avait fait le même genre de discours quelques jours auparavant. Il n’avait pu s’empêcher de parler à nouveau, d’évoquer ces choses-là, sans vraiment savoir pourquoi. Comme si face à Lizzie, il perdait ses moyens et ne savait plus tenir une conversation digne de ce nom. Comme si la jeune femme ne lui inspirait que cela, et rien de plus. Comme si c’était une nécessité de le lui rappeler, afin qu’elle ne s’imagine pas certaines choses. Comme si Sonny cherchait à récupérer le contrôle de la situation, en insistant encore et encore, pour garder sa position supérieure. Oui, sans doute était-ce un mélange de toutes ces raisons-là. Sonny en éprouvait le besoin et mettait donc en application ce qu’il ressentait. Il ne cherchait pas à anéantir Lizzie, à l’écraser pour qu’elle soit plus bas que Terre et pour qu’elle ne se relève pas. Ce n’était pas le but de Sonny. Au fond de lui, il cherchait à la rassurer, à lui montrer qu’il réfléchissait à tout cela, qu’il pensait à elle et qu’il ne savait pas quoi faire. Que la quitter totalement et l’oublier ne faisait pas encore partie de ses plans. Qu’envisager une nouvelle relation, amicale ou non, le travaillait beaucoup et l’obsédait énormément. En lui demandant de ne pas trop en attendre de lui, il lui montrait qu’il tenait encore à elle, à eux, mais que tout ceci le faisait trop peur pour l’instant. Mais sans nul doute que Lizzie n’avait rien deviné de tel. Après leurs retrouvailles, elle avait du le détester et même regretter d’être revenue ici. Peut-être même avait-elle souhaité ne jamais le revoir. Et voilà qu’il lui imposait sa présence et un discours des plus déplaisants. Il était stupide. Et à mesure que les minutes s’écoulaient, il en prenait conscience. Il n’aurait jamais du venir lui commander des pommes alors qu’il n’en avait pas besoin. Il n’aurait jamais du commencer une conversation qui ne mènerait à rien et qui, pire, ne ferait que compliquer les choses davantage. L’envie de prendre ses jambes à son cou et de se terrer dans le logis familial pour oublier tout cela le posséda soudainement. Pourtant, le regard que Lizzie lui lançait le clouait définitivement sur place. Il ressentait sa souffrance, ses craintes et ses doutes. Comme si le simple fait de plonger son regard dans celui de la jeune femme permettait un échange de sentiments. Il se sentait mal, pour elle. Il pensait chaque mot qu’il lui avait dit depuis leurs retrouvailles, et pourtant une culpabilité s’emparait de lui, petit à petit. Lizzie avait un effet particulier sur lui, et cette idée déplaisait au jeune homme. Il aurait aimé construire une distance entre eux, pour se protéger et pour la protéger. Il aurait aimé rester indifférent à ce qui se déroulait sous ses yeux depuis quelques jours. Cela aurait rendu les choses tellement plus simples. Mais voilà que son cœur prenait une nouvelle fois le dessus, le mettant dans une situation délicate.

« Excuse-moi. Je ne sais pas non plus pourquoi je te répète tout cela… » fit-il, baissant les yeux vers le sol quelques instants, avant de respirer un bon coup et relever la tête vers la jeune femme. « Tu n’es pas idiote. C’est moi qui le suis. » C’était vrai. Il s’était ridiculisé en commandant ces pommes. Il s’était ridiculisé, en voulant s’enfuir une fois de plus. Et il s’était ridiculisé en répétant le même discours. « Ce n’est pas facile pour moi non plus, tu sais. » Il laissa passer quelques secondes. « C’était ton choix de ne plus me parler. Moi, j’ai du faire avec. » Il ne voulait pas la faire culpabiliser, mais il fallait juste qu’elle comprenne que si tout ceci était difficile pour elle, c’était encore plus le cas de Sonny, qui se retrouvait dans une bien mauvaise posture : il y avait Silver et il y avait Lizzie maintenant. Quoiqu’il en dise, son cœur balançait. D’un côté, une femme merveilleuse, magnifique mais terriblement inaccessible. De l’autre, une femme tout aussi jolie, qui semblait l’aimer encore mais qui l’avait sacrifié par le passé. Et c’était sans doute ce dernier détail qui foutait tout en l’air. A dire vrai, c’était celui-ci qui lui permettait de rester fort face à Lizzie et son regard qui le fascinait tant. Et puis, Silver bien sûr. Elle avait beau être inaccessible, il n’en restait pas moins qu’elle s’était emparée involontairement du cœur de Sonny. Et il ne pouvait définitivement pas faire comme si rien n’était, sous prétexte que Lizzie était de retour.

Perdu dans ses pensées, Sonny n’avait guère remarqué le couple de personnes âgées qui avait sans doute passé outre ses préjugés pour venir commander quelques fruits et légumes. Ce fut seulement lorsque Lizzie le regarda à nouveau qu’il redescendit sur Terre. « Je… euh… je me disais que peut-être, on pourrait boire un verre ensemble… lorsque cela ira mieux bien sûr… » Voilà c’était dit. Il lui montrait qu’il réfléchissait trop concernant leur avenir, amical ou non, ce qui au fond, apportait des réponses à Lizzie qui ne comprenait pas bien son comportement. « Pour euh… discuter. De tout, mais pas de ça. » Effectivement, il ne voulait plus répéter la même histoire. Les choses avaient été plus ou moins semblables, et ce n’était pas en les ressassant qu’elles évolueront. « Je pars bientôt. Pour une durée indéterminée. Et j’aimerais que cela se termine sur une bonne note. Cette fois-ci. » Boum, une deuxième annonce qui aurait son effet sur Lizzie, sans aucun doute. Il ne lui avait encore jamais parlé de sa volonté de s’envoler pour l’Afrique. « Enfin, voilà. C'est comme tu le souhaites. Tu n'es pas obligée de me répondre maintenant. » fit-il, finalement, baissant le regard vers le sol.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Ils étaient tout aussi idiots l'un que l'autre. Elle de croire que tout pouvoir redevenir comme avant, lui de lui parler et de se chercher des excuses. Néanmoins Elizabeth persistait à penser qu'elle était de loin la plus stupide et ridicule des deux. Elle vivait dans un monde de rêves qu'elle se créait de toutes pièces dans l'espoir de les voir se réaliser. Si une voix dans sa tête lui disait que tout cela était vain, elle ne l'écoutait pas. Ou plutôt ne voulait-elle pas y croire. Leur relation ne pouvait pas se limiter à ces échanges ridicules. Impossible. Pas après tout ce qu'ils avaient vécus. Pas avec ce qu'elle ressentait encore pour lui. Si elle voulait qu'ils poursuivent sur une voie plus ou moins positive elle ne pouvait pas se permettre de tout lui avouer d'entrée de jeu. Leur dernière conversation, qui s'apparentait plutôt à une dispute, lui avait laissé un goût triste et amer dans la gorge et Lizzie ne voulait plus de ça. Mieux valait faire preuve de diplomatie, quitte à laisser de côté ce qu'elle ressentait. Chose plutôt difficile puisque Sonny lui remit une couche de culpabilité sur tout ça. Elle se mordilla la lèvre inférieure et retînt son envie de crier. Rien ne servait de recommencer. Avoir la même conversation que quelques jours auparavant ne ferait pas avancer la situation. Qui plus est il avait raison. Elle avait choisit de ne jamais lui envoyer les lettres qui étaient pourtant écrites. C'était son choix à elle et il en avait pâtit. Une fois de plus Lizzie n'avait pas le droit de dire quoique ce soit. Il avait raison. Elle laissa le silence s'emparer de l'environnement et baissa les yeux sur son étalage désespérément plein. Elle était presque certaine que personne d'autre ne viendrait pour lui acheter quelque chose. Depuis son retour à Sand Valley, les habitants semblaient l'évitait comme la peste. A croire qu'elle avait fait quelque chose de monstrueux en s'engageant dans l'armée. Pour elle il s'agissait d'un devoir et elle regrettait l'époque où on tenait en estime les gens comme elle. « Je suis la plus idiote des deux. Tu viens encore de le confirmer. » Ne pas lui écrire était une des choses les plus stupides qu'elle ai faite. Tout ce qui concernait Sonny était idiot. Elle n'avait jamais fait les choses correctement et avait systématiquement fait le mauvais choix. A croire que leur relation était voué à l'échec depuis longtemps. Mais ça Lizzie refusait d'y croire tant les quelques mois passaient ensemble avaient été magiques.

« Je… euh… je me disais que peut-être, on pourrait boire un verre ensemble… lorsque cela ira mieux bien sûr… » Une lueur d'espoir venait d'apparaitre dans les yeux ternes d'Elizabeth. Elle se surpris à sourire en les imaginant autour d'un café comme au bon vieux temps. Elle allait acceptait avec plaisir mais Sonny ne lui en laissa pas le temps. Parler de ce qui s'était passé relevait du tabou désormais. Ils n'arriveraient jamais à passer outre. Elle acquiesça d'un simple signe de tête et fit craquer ses doigts dans un geste machinale. Le silence retomba et s'intensifia d'autant plus lorsqu'il lui annonça de but en blanc qu'il comptait partir. Les rôles s'inversaient finalement. Il allait la quitter. Peut-être sur une meilleure note oui. Mais il la quitterait malgré tout. Une fois de plus le cœur d'Elizabeth s'emplit d'une profonde tristesse et elle essaya tant bien que mal de la lui cacher. Pourquoi tout devait être aussi compliqué entre eux ? « D'accord. Tu pourras peut-être m'en dire plus sur ton voyage... » Elle ne le regardait plus en face, comme si le simple fait de voir ses yeux allaient la faire craquer. Sa voix demeurait incroyablement calme mais ses mains, qu'elle faisait craquer et ne cessait de tripoter, trahissaient un profond stresse. Elle était revenue et voilà qu'il allait partir. Ça n'était pas juste. « Je serais contente qu'on puisse discuter. Vraiment. » Elle articula ses derniers mots avec une difficulté à peine dissimuler. Lizzie n'avait plus qu'une envie : s'enfuir. Prendre ses jambes à son cou et courir aussi loin qu'elle le pourrait. Et hurler. Pouvoir hurler sa douleur dans un endroit désert où seul l'écho de ses cris et de ses pleurs lui répondraient. Mais elle était coincée ici. Forcée à regarder la réalité en face. Elle se passa une main dans les cheveux et sautilla d'une jambe à l'autre sans raison si ce n'est pour se donner un peu de constance et pour paraître moins rigide. Elle avait reposer ses yeux sur Sonny, se demandant quand elle le reverrait un jour. Le jeune homme de 17 ans qu'elle avait laissé derrière elle se devinait encore. Pourtant c'était bel et bien un homme qu'elle avait en face d'elle. Un homme qui faisait ses choix et qui marchait sur un chemin éloigné du sien. La perspective qu'ils se rejoignent un jour était désormais incertaine. « Juste retour des choses non ? Tu t'en va au moment où je reviens. Comme si quelque chose au-dessus de nous jouait aux pantins. » Elle avait beau avait fait la guerre Lizzie n'en demeurait pas moins croyante. Une chose que la plupart des gens oubliaient facilement.

Sonny Fitzgerald a écrit:
« Je suis la plus idiote des deux. Tu viens encore de le confirmer. » Sonny soupira un bon coup. Sans doute y avait-il une part de vérité dans ces propos, mais qu’importe. Lizzie n’avait pas besoin du jeune Fitzgerald pour se sentir faible ou idiote. La culpabilité la rongeait à petit peu, et il fallait être aveugle pour ne pas le voir. Quoiqu’il dise, elle n’hésiterait pas une seule seconde à s’humilier davantage. Il n’aimait pas la voir se comporter aussi durement avec elle-même, il n’avait jamais aimé ça d’ailleurs. Mais il n’avait rien le droit de dire. Et cela ne changerait sans doute rien à son avis. Elle semblait avoir une opinion bien tranchée à ce sujet, et Sonny ne perdrait pas davantage de temps avec cela. En fait, il avait surtout peur de relancer un débat houleux, qui ne mènerait à rien, si ce n’est un envenimement de la situation. Et c’était tout ce qu’il ne souhaitait pas. Il se tut donc, se contentant de son soupir agacé et désespéré. Lizzie le prendrait tel qu’elle le souhaitait, mettant ainsi un point final à cette conversation sans but.

La jeune femme avait raison : la situation était minable et lassante, surtout. L’envie que tout ceci appartienne à de l’histoire ancienne se faisait de plus en plus forte. Cela ne pouvait plus durer ainsi. Non seulement cela les faisait souffrir, mais en plus, cela ne menait à rien. Les soucis s’ajoutaient dans leur vie alors qu’ils pourraient être inexistants. C’était stupide. Très stupide. Ils se comportaient comme deux enfants, et non des adultes. Si Lizzie semblait avoir vécu dans une bulle durant ses dix longues années, ce n’était clairement pas le cas pour Sonny. Il avait grandi, mûri. Il avait découvert un amour différent de celui qu’il avait porté pour la première fois à une femme. Il avait pris conscience du bonheur de vivre en couple lorsque l’on était jeune adulte. Il avait obtenu un diplôme et était prêt à prendre son envol. Bref, il ne voulait plus perdre du temps pour des histoires d’adolescents. Ils devaient tout deux évoluer, sinon cela ne servait à rien de continuer. Les choses avaient changé, le temps avait filé, et il était temps de faire les choses avec cette réalité. A quoi bon rester fixés sur le passé ? Il fallait se concentrer sur le présent, et vite. On ne vivait pas dans des souvenirs, c’était impossible.

Lui proposer de boire un verre était une manière comme une autre d’affronter la situation d’une nouvelle façon. D’une manière qui pourrait les pousser à évoluer, à changer leur relation et à ne plus se préoccuper du passé. Lizzie allait-elle accepter la proposition de Sonny ? Rien n’était sûr. Attendant une réaction, le jeune Fitzgerald guetta le changement d’expression sur le visage de Lizzie. « Mon voyage… Oui, bien sûr. Avec plaisir. » fit-il, sur un ton qui se voulait enjoué, pour faire taire à jamais la gêne qui s’emparait d’eux à chaque conversation. « Parfait. » ajouta-t-il, lorsqu’elle annonça être contente de pouvoir en discuter. Il sentait bien que sa voix n’était pas assurée, mais elle avait prononcé ces quelques mots et il préféra se concentrer sur ces derniers, plutôt que sur la difficulté qu’elle avait eu de les lire. Il ne voulait plus voir le pire, pour ne garder que le meilleur. Celui qui leur permettrait d’aller mieux. « Je ne vois pas les choses comme telles. » annonça-t-il, lorsqu’elle parla de juste retour des choses. Sa décision de partir était prise depuis de nombreuses années, et il n’agissait pas ainsi à cause du retour de Lizzie. Certes, elle ne parlait pas de lui directement mais tout de même. Il ne voulait pas croire à cette idée. « Tu as juste été plus précoce que moi pour choisir ton avenir. » fit-il, finalement, un léger sourire sur les lèvres.

« Tu as toujours mon numéro de téléphone ? » l'interrogea-t-il, soudainement, se rendant compte que c'était essentiel pour reprendre contact comme il se doit, comme il le lui avait proposé. « Préviens moi lorsque tu seras prête à prendre un verre avec moi. » ajouta-t-il, pour lui montrer que cette fois-ci, c'était elle qui avait le dessus sur la situation, et non plus lui en accentuant la culpabilité de la jeune femme.

Elizabeth Rosebury a écrit:


Même si le regarder encore et encore lui faisait mal et lui donnait envie de lui dire ce qu'elle ressentait, Lizzie n'arrivait plus à détacher les yeux. La perspective de le voir partir lui briser le cœur. Elle ignorait tout de ce qu'on pouvait ressentir à voir la personne aimée tourner le dos et s'éloigner jusqu'à disparaître complètement. Sonny avait vécu ça et elle s'en pinça les lèvres. A la simple idée de la souffrance qu'il avait dû endurer elle en frémissait. Elle aussi allait finalement savoir ce que ça faisait. Même si ces idées lui traversaient l'esprit elle essayait de faire bonne figure face à lui. Il ne fallait pas qu'elle se démonte totalement. Elle n'était pas dupe et se doutait bien qu'il voyait plus que son apparence. Il la connaissait mieux que personne et devait savoir presque exactement ce qu'elle pensait, ce qu'elle ressentait. Ça avait toujours été comme ça entre eux. Une forme de magique subsistait du temps où ils étaient en couple. C'était Sonny qui entretenait toute leur relation et qui la rendait si spéciale. Elle sans lui ça n'était rien d'autre qu'une coquille vide.

Plus précoce oui. Ce n'était rien de le dire. A 17 ans personne ne pense à l'avenir de la sorte. Les filles de son âge pensent aux garçons, à la mode, à s'amuser. Pas Elizabeth. Elle avait le sens du devoir et avait presque toujours su qu'elle finirait par faire un métier utile et en rapport avec sa patrie. L'armée s'était peu à peu imposait jusqu'à ce qu'elle prenne sa décision finale. Il lui avait fallut une sacrée dose de courage pour l'annoncer et peut-être encore plus pour aller jusqu'au bout. Elle savait ce qu'elle voulait et était plutôt fière de ça. « C'est rien de le dire. Mais tu as fini par faire ce que tu voulais. Médecin c'est pas rien. » Elle était plutôt heureuse de savoir qu'il avait réussi à arriver au bout de ses études et d'une partie de son rêve. Elle savait qu'il était doué et avait la certitude qu'il serait un excellent médecin. Décidément tout les opposés depuis le départ d'Elizabeth. Lui allait sauver des vies alors qu'elle... et bien elle avait enlevé la vie. Jamais pour de mauvaises raisons. Jamais pour le plaisir de tuer. Elle avait ôté la vie pour se protéger. Elle avait appuyé sur la gâchette pour sauver sa propre vie. Elle n'avait pas eut le choix. C'était elle ou eux. Et dans ses cauchemars c'était toujours elle qui mourrait. Toujours. « Un juste retour des choses. » pensa-t-elle.

« Oui oui, bien sur. » Non elle ne l'avait plus. En fait elle n'avait pas eut de téléphone avant de revenir à New-York six mois plus tôt. Mais le numéro de Sonny était gravé dans son esprit. Elle avait toujours eut une très bonne mémoire, chose utile dans l'armée lorsqu'il est nécessaire d'apprendre une carte par cœur. « Enfin si tu n'en a pas changé depuis... » Elle inspira profondément et acquiesça. C'était si bizarre de prendre rendez-vous comme ça. Elle ne savait pas encore si elle aurait vraiment la force et le courage de l'appeler. Parler en tête à tête lui semblait tout à coup beaucoup plus facile que de le faire à travers un téléphone. Malgré tout elle le ferait. Il le fallait si elle voulait garder le contact avec lui. Si elle voulait que les choses changent et avancent. Et ça elle le voulait plus que tout. Ils ne pouvaient pas rester bloquer à cette situation gênante et bizarre.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Effectivement, être un médecin n’était pas rien. Cela dit, Sonny ne l’était pas encore et attendait surtout son départ pour l’Afrique pour se reconnaître dans ce rôle. Depuis tout petit, il en rêvait et maintenant que son rêve était à portée de main, la joie l’envahissait. La crainte aussi, le doute peut-être, parce que tout quitter n’est jamais facile mais pour rien au monde il regretterait son choix d’avenir professionnel. « Il ne me reste plus qu’à mettre en pratique ce que j’ai appris. » se contenta-t-il de dire, un sourire sur les lèvres, lorsque Lizzie lui avait dit qu’il avait obtenu ce qu’il voulait. Que pouvait-il dire de plus ? Ils ne partageaient plus rien : lui désirait sauver des vies tandis qu’elle en avait ôté. Pouvait-elle comprendre ce qu’il ressentait à l’idée d’être utile au monde ? Pouvait-elle simplement comprendre l’importance d’un tel métier ? Pire, avait-elle seulement conscience qu’il allait soigner les personnes que l’armée touchait ? Sans doute pas. Alors Sonny ne s’aventura pas sur ce chemin. Il lui avait annoncé son départ et le fait qu’il avait décroché son diplôme, et il se contenterait de ça.

« Non, j’ai gardé le même. » l’informa-t-il lorsqu’elle évoqua l’hypothèse qu’il eut changé de numéro. A dire vrai, Sonny se garda bien de lui donner la raison. Longtemps, il avait espéré un signe de sa part par message ou appel. S’il avait coupé sa ligne pour en ouvrir une nouvelle, Lizzie n’aurait jamais pu le faire. Ainsi, durant la première année, il avait attendu, attendu et attendu. En vain. Puis, il avait oublié, reprenant sa vie et gardant le même numéro pour ne pas compliquer les choses. Lizzie s’était effacé de son esprit (tout du moins, en profondeur, elle avait toujours eu sa place) et Sonny avait mis de côté sa rancœur pour se concentrer sur le présent.

Le silence s’empara de l’espace, mettant mal à l’aise Sonny qui dut se résoudre à le briser. « Bon. Appelle-moi lorsque tu seras prête. Bonne journée Lizzie. » Un je ne sais quoi le poussa à faire quelque chose de déraisonnable : il s’approcha, déposa un rapide baiser sur le front de la jeune femme puis tourna les talons aussitôt. Sur le chemin du retour, il jura intérieurement contre lui-même. Il ne se comprenait pas. Peut-être était-ce le fait qu’elle accepte la proposition qui l’avait mis de bonne humeur, le poussant à agir ainsi. Allaient-ils voir le bout de toute cette histoire pleine de tristesse ? Comment allait-elle se finir ? Sonny espérait que Lizzie accepte la réalité et le présent, pour débuter quelque chose de nouveau et ainsi faire taire toute la colère du passé. Mais allait-elle y parvenir ? Boire un verre avec elle serait une sorte de test, sans nul doute.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Il ferait un médecin fantastique, pensa Elizabeth. Non seulement elle le pensait mais en plus elle en était intimement persuadée. Sonny était quelqu'un d'intelligent, de doué et de persévérant. Elle était sûre qu'il pouvait faire ce qu'il voulait de sa vie. Elle l'imaginait parfaitement dans une blouse blanche, un stéthoscope autour du cou débitant son jargon médical. Le rôle lui allait à merveille et elle se retrouva à sourire bien malgré elle. Il avait un cœur plus grand que le monde. L'amour qu'il portait à ses semblables transparait en permanence. Médecin était un choix fait sur mesure pour lui. Même si jusqu'ici il avait plutôt jouait sur la théorie, Lizzie savait qu'il serait doué dans la pratique. « Tu y arrivera. » se contenta-t-elle d'ajouter. Il était fait pour ce métier. Tout comme elle était faite pour une carrière militaire. Carrière qui avait prit fin brusquement sept mois plus tôt lors d'une manœuvre jugée sans risque et qui s'était pourtant soldé par la mort de deux de ses hommes. Elizabeth ne s'en était pas remise, d'autant plus que l'un d'eux était mort dans ses bras sans qu'elle ne puisse rien y faire. Sonny aurait peut-être pu les sauver si il avait décidé de la suivre et de faire carrière en tant que médecin de guerre. C'était stupide de penser une telle chose et elle chassa bien vite cette idée.

« Parfait. Je t'appellerais, promis. » Et elle le ferait cette fois. Elle ne gâcherait pas sa chance. Il était hors de question de commettre la même erreur qu'il y a dix ans. Cette fois Lizzie était décidée à faire les choses correctement. Elle s'attendait à le voir s'éloigner peu à peu mais au lieu de cela Sonny se rapprocha d'elle et déposa un baiser sur son front. D'abord choquée par ce geste de tendresse, un pâle et fin sourire se dessina sur son visage tandis qu'il s'éloignait. Peut-être restait il un espoir après tout. Elle avait longtemps espéré recevoir ce genre de marque d'affection de sa part. Ce genre de geste lui avait manqué et elle ne pouvait plus s'empêcher de sourire. La journée n'était pas aussi mauvaise qu'elle l'avait prédite...



THE END

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:06

baby hold on tight, don't let go.

Elizabeth Rosebury a écrit:


You know my heart more than I do,
We were the greatest, me and you,
But we had time against us,
And miles between us,
The heavens cried.
I know I left you speechless,
But now the sky has cleared and it’s blue,
And I see my future in you.




Sonny Fitzgerald & Elizabeth Rosebury

Le cap de 2012 était enfin passé. Dans les rues on ne cessait de se souhaiter la bonne année, la santé, la richesse et l'amour. Elizabeth était déjà lassé de devoir jouer cette mascarade. Au fond les gens se fichent pas mal de vous. Il ne s'agit là que d'un rite, d'une coutume instaurée par le passé et que nous suivons bêtement depuis. Si il y avait jamais eut de bonnes années quelqu'un l'aurait su. Lizzie ne croyait pas qu'il puisse exister de bonne année. Chaque jours apportent son lot de malheurs. La mort est partout quoiqu'on en dise. Il y avait bien longtemps qu'Elizabeth ne se voilait plus la face sur le monde. Elle le regardait en face et l'affrontait tant bien que mal. Il fallait bien avancer un peu plus chaque jours. Un pied devant l'autre. Encore et encore. Deux jours plus tôt elle avait pris une grande décision qui la ferait, peut-être, avancer dans l'avenir. Il lui avait fallu réunir une bonne dose de courage pour réussir à appeler Sonny. Ils ne s'étaient pas vraiment revus depuis la fête de nouvel an et le souvenir que Lizzie en gardait était plutôt amer. Il était désormais clair que plus rien n'arriverait entre eux. Pourtant ce coup de fil la plongea à nouveau dans l'incompréhension, la détresse et l'espoir.  Une fois le téléphone posait sur son support Lizzie prit le temps de s'asseoir. Sonny lui proposait un dîner. Rien à voir avec le café qu'ils avaient prévus. C'était une véritable invitation. Chez lui. Si son premier réflexe avait été d'appeler Teddy, Elizabeth reposa le téléphone avant même d'avoir composé le numéro. Elle avait sensation étrange qu'en parler à qui que ce soit ferait tout rater. Elle pouvait entendre Teddy d'ici lui dire qu'elle devait être magnifique, porter une robe, se coiffer, se maquiller. Bref être parfaite pour qu'il se rende compte que c'était elle et pas une autre dont il avait besoin. Teddy n'aurait pas tord. Mais elle ne voulait pas que son amie lui donne de faux espoirs. Elle s'en donnait suffisamment comme ça toute seule.

Le problème lorsqu'on est seul c'est qu'on est... seul ! Lizzie n'avait pas eut de rendez-vous depuis dix longues années. Elle n'avait pas eut à se faire jolie, à trouver les vêtements adéquats ni à se maquiller. Elle ne savait pas grand chose à tout cela ce qui avait le don de la stresser d'avantage. Sa chambre d'ordinaire si bien ordonné s'était transformé en champ de bataille. Tout le contenu de son armoire était à présent répandu un peu partout dans la pièce. Assise au milieu de ce désastre, Elizabeth dû faire preuve d'un grand courage pour ne pas appeler Teddy à la rescousse. Personne ne devait savoir. Pas même Griffin ou son grand-père. Elle prétexterait une soirée entre filles voilà tout. Teddy restait malgré tout le meilleur alibi au monde. Après plusieurs heures de batailles avec ses vêtements, elle fini par choisir une robe courte en maille verte foncé qui irait très bien au dessus d'un simple jean foncé. Par dessus cela elle enfilerait un vieux chandail qui avait appartenu à sa grand-mère et qu'elle trouvait particulièrement beau. Sa tenue enfin choisi, elle fila sous la doucher et y resta un long moment. Elle essaya de s'enlever de la tête qu'il s'agissait là de plus qu'un simple dîner entre amis. Une partie d'elle, la plus grande, croyait dur comme fer qu'il y avait quelque chose de plus. Il ne pouvait pas s'agir d'un simple repas où ils allaient échanger des banalités. Impossible. Il devait y avoir plus. Lorsqu'enfin son cerveau décida de cesser ses divagations elle sortie, s'habilla, se maquilla d'un léger trait noir en dessous des yeux et d'une légère couche de brun foncé au dessus. En se regardant dans le miroir elle eut la brève impression qu'il ne s'agissait pas d'elle. Elle habitait bien ce corps mais ce n'était pas son visage qu'elle voyait à la surface du miroir. En Irak elle n'avait pas le loisir d'être jolie. Elle avait dû même se contenter d'une douche par semaine quelque fois. Autant dire que le simple luxe de se contempler et d'être aussi belle lui était quasiment inconnu. Même si elle avait retrouvé la vie civile depuis plusieurs mois, Elizabeth avait toujours autant de mal à s'y faire.

Un regard sur l'horloge et la nervosité reprenait le dessus. Comme à chaque fois que le stress pointait le bout de son nez, Lizzie sortit son paquet de Lucky Strike, s'en alluma une et fuma. Une bouffée de bien être l'envahit et elle pu se détendre l'espace de quelques minutes. C'était presque comme revenir aux différentes bases militaires qu'elle avait connu ou au milieu du désert quand il n'y avait rien de mieux à faire que de fumer en écoutant ses camarades fantasmer sur des femmes qu'ils n'auront jamais. Quoiqu'on en dise, l'armée lui avait offert de belles années et de beaux souvenirs qu'elle chérissait. Elle adressa une prière silencieuse à tous les combattants américains dans le monde et demanda à Dieu de protéger ceux de son escouade qui était allé en Afghanistan. « Faites qu'ils nous reviennent sain et sauf. Amen. » Elle écrasa sa cigarette et quitta le nid confortable de sa chambre. Il était grand temps de partir et de mettre fin à ses interrogations. Une fois en face de Sonny elle allait avoir des réponses. Peut-être pas celles qu'elle attendait mais rien ne pouvait être pire que l'attente dans laquelle elle se trouvait. Il lui était insupportable de ne pas savoir ce qui allait arriver. « Je pars grand-père ! Ne m'attends pas. » Griffin n'allait pas tarder de toute manière.

Le vent extérieur mordit son visage. Elle n'était pas vraiment bien couverte pour la soirée mais de toute façon elle n'avait pas des kilomètres à faire. Elle voyait déjà la maison des Fitzgerald devant elle. Ils y avaient passé de bons moments. Et aujourd'hui, dix ans plus tard, voilà qu'elle y retournait. C'était étrange et à la fois romantique de se dire que son dernier rendez-vous avez été Sonny et qu'aujourd'hui ils allaient dîner ensemble. Une fois sur le perron elle souffla un bon coup, tremblotante, stressée. Elle avait eut à affronter les pires situations possibles en Irak et voilà qu'elle était effrayée par le simple fait de sonner à une porte ! Le ridicule de la situation la fit néanmoins sourire quand enfin la porte s'ouvrit sur un Sonny plus beau que jamais. « Bonsoir. » Silence. « Je t'ai apporté du vin. » C'était peut-être prévisible voire stupide mais elle avait voulu apporter un petit quelque chose et quoi de mieux qu'une bonne bouteille ?

Sonny Fitzgerald a écrit:
Plus les jours défilaient, plus l’espoir que Lizzie accepte sa proposition diminuait. Sonny avait pris sur lui, pour rendre le retour de la jeune femme moins difficile. Il s’était porté volontaire pour démarrer quelque chose de nouveau, quelque chose qui pourrait mieux fonctionner et qui leur permettrait à tous deux de ne plus souffrir. Il avait tendu une main à Lizzie, et elle avait désormais les cartes en main. Si d’ordinaire cette situation n’aurait pas dérangé le jeune homme, aujourd’hui il n’en était rien. Il s’agissait de Lizzie et ce n’était pas rien. Elle l’avait tant fait souffrir par le passé que lui donnait le pouvoir sur leur relation aujourd’hui était risqué, très risqué. Sonny allait peut-être une nouvelle fois regretter de s’intéresser à Lizzie, et de se rabaisser à mille et une choses pour elle. A chaque nouveau lever du soleil, une certaine tristesse s’emparait de son corps et son esprit ruminait encore et encore leur rencontre au marché. Quelle idée lui était passée par la tête ce jour-là ? Il regrettait de plus en plus cette décision. Qu’elle ne fut donc pas sa surprise lorsque son téléphone portable vibra dans sa poche, alors qu’il allait prendre le volant de sa voiture. Pensant tout d’abord à Chris qu’il devait rejoindre, son visage prit un air triste à l’idée que sa meilleure amie annule au dernier moment la soirée. Cela n’arrivait pas souvent, n’allez pas croire qu’elle était une amie ingrate, bien au contraire, mais parfois elle était obligée de reporter une sortie. Jamais, o grand jamais, Sonny ne lui en voulait. Il éprouvait juste une certaine déception sur le moment venu, puis arrivait toujours à se changer les idées. Sortant son cellulaire de sa poche, une expression de surprise se dessina aussitôt sur son visage. Lizzie. Oui, c’était bien elle. Il relut plusieurs fois le nom et se décida à répondre. Un peu plus, et la jeune femme tombait sur sa messagerie pour cause de paralysie du destinataire, n’importe quoi. Mais tellement, tellement du Sonny tout craché.

Un dîner. Voilà les mots qui étaient finalement sortis de la bouche de Sonny durant leur discussion téléphonique. Ce qui lui était passé par la tête ? Il n’en servait rien, et ne cherchait pas à comprendre. Il savait que son instinct le poussait parfois à faire des choses auxquelles il n’aurait jamais pensé par soi-même, et il avait fini par accepter ces attitudes. Mais plus le jour du dîner approchait, et plus Sonny se sentait mal à l’aise. L’idée d’annuler s’était emparée de son esprit à plusieurs reprises mais il ne pouvait tout simplement pas faire ça. Il était à l’initiative de tout cela, et cela ne se faisait pas. Il n’avait pas été éduqué comme cela. De toute façon, Lizzie ne pouvait pas plus le blesser qu’autrefois, et c’était avec cette pensée légèrement réconfortante (et déstabilisante) que Sonny fit par accepter que l’heure fatidique arrive à grand pas. Vêtu d’une chemise bleue marine et de son jean préféré qu’il se traîne depuis des années et des années, Sonny se regardait péniblement dans le miroir de l’entrée lorsque la sonnerie retentit.

Respirant un grand coup, il laissa passer volontairement quelques secondes, histoire de retrouver son self contrôle avant de se diriger vers la porte. Lorsqu’il posa sa main sur la poignée de la porte, une hésitation s’empara de son corps le temps de quelques secondes, puis il finit par agir. Il effectua une légère pression sur l’objet métallique, et la porte de la maison familiale dévoila une femme… magnifique. « Bonsoir. » Rougissant comme à son habitude, Sonny laissa un sourire se dessiner sur ses lèvres et fit entrer Lizzie d’un signe de la main. « Tu es vraiment… be…belle. » A nouveau, il déglutit péniblement. Il n’aurait jamais du dire ça, mais il avait toujours été spontané et franc, à quoi bon changer ? « Je… Il ne fallait pas, Lizzie. Mais merci, vraiment. » Il s’empara de la bouteille de vin, ferma la porte et reprit la parole. « Je pensais que l’on pourrait prendre un petit verre au salon avant de passer à table. » Il se dirigea à la suite de Lizzie jusqu’au salon. « Assieds-toi, fais comme chez toi. » De quoi leur rappeler nombreux souvenirs… « Je vais mettre ça à la cuisine, pour le dîner. » fit-il, levant légèrement en l’air la bouteille de vin amenée par la jeune femme. Puis, revenant, il la questionna. « Qu’est-ce que je te sers ? » Un sourire sur les lèvres, il attendit sa réponse pour lui servir un verre et la rejoindre sur le canapé.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Elle avait presque pensé que se retrouver face à lui ne serait pas bizarre, qu'il n'y aurait aucune gêne entre eux. Erreur. Il venait à peine d'ouvrir la porte qu'Elizabeth sentait son cœur s'emballait, ses mains tremblotaient et sa voix faiblir. Son corps semblait ne plus vouloir répondre à son cerveau et Sonny n'arrangea rien en la complimentant. « Merci. » Souffla-t-elle sans savoir quoi ajouter. C'était une situation aussi bien étrange qu'agréable. C'était un peu comme se retrouver à l'aube de son tout premier rendez-vous avec le garçon tant aimé. Dans un sens c'était un peu le cas. Lizzie n'avait jamais imaginé se retrouver aussi vite dans une situation pareille avec Sonny. Surtout pas après leur retrouvailles mouvementés et les reproches qu'il lui avait fait. Il était si en colère contre elle que la jeune femme pensait leur relation terminé à tout jamais. Pourtant ce dîner lui permettait encore d'espérer un petit quelque chose. Même si Sonny avait été clair sur le fait qu'il n'allait pas reprendre leur relation là où elle s'était arrêtée, Lizzie ne pouvait s'empêcher de penser que la chose était possible. « Ce n'est rien. » Se retrouver dans l'entrée de cette maison qu'elle connaissait presque aussi bien que la sienne était décidément bien étrange. Dix ans qu'elle n'avait pas sentit l'odeur caractéristique des lieux ni pu admirer la décoration. Rien, ou presque, n'avait changé. Machinalement elle alla jusqu'au salon et prit place dans le canapé tandis qu'il s'affairait. Elle se sentit bien seule tout à coup et stupide d'avoir accepté une invitation comme celle-ci. Un simple café n'engage à rien mais un dîner c'est une toute autre affaire et Lizzie avait bien du mal à s'y retrouver dans cette histoire. Démêler les envies de Sonny, déchiffrer et comprendre ce qu'il voulait devenait difficile. Par le passé elle pouvait le comprendre d'un simple regard. Aujourd'hui elle n'arrivait plus rien à comprendre. Penser qu'ils avaient pu en arriver à ce stade l'attrista. Ils n'étaient plus ces jeunes adolescents transi d'amour. Elle n'avait plus rien à voir avec la jeune femme qui nourrissait des rêves et vivait le parfait amour avec le garçon le plus adorable de la ville. Pourquoi ne s'était-elle pas aperçu de cela plus tôt ?

« Un whisky sec sil-te-plait. » Peut-être aurait-elle dû choisir une boisson un peu moins forte. Lizzie avait tellement l'habitude de boire ce genre de choses qu'elle en oubliait parfois qu'à la vie civile les femmes ne boivent que rarement, voire jamais, ce genre de boissons. Trop tard pourtant. Elle lui adressa un sourire et se mordilla la lèvre inférieur. « J'ai l'habitude. » La plupart des gens réagissaient d'une drôle de manière face à ce bout de femme qui demandait à boire un whisky. Bien sur les premières fois où le breuvage s'était déversé dans sa gorge elle avait cru défaillir et avait bien fait rire ses compagnons mais désormais elle en buvait comme si il s'agissait de n'importe quelle autre boisson. Elle n'était pas alcoolique, loin de là ! Seulement la boisson l'aider à oublier. Elle en avait parfois besoin pour pouvoir passer une nuit tranquille. « Oh, bonne année au fait. » D'une banalité à mourir. Lizzie s'était soudainement souvenu qu'ils ne s'étaient pas revus depuis un bon moment. Bien que la soirée du nouvel an lui avait laissé un goût amer et une tristesse sans nom dans l'âme, il était de bon ton de souhaiter la bonne année. Elle ignorait si il l'avait cherché plus tard dans la soirée. Surement pas. Il était bien trop occupé. Il avait quelqu'un. Pourquoi continuait-elle à se faire des idées alors ? Silver valait mille fois mieux qu'elle-même c'était évident. Pour oublier un temps soit peu cette triste réalité elle but une gorgée raisonnable de son breuvage et replaça une mèche rebelle derrière son oreille. Désormais mal à l'aise, elle entourait son verre de ses deux mains et gardait les yeux résolument braqués sur le sol. Bonne année. Ces mots résonnaient creux à ses oreilles. 2012 n'allait certainement pas être meilleure que 2011. En réalité cela avait déjà mal commencé. Qui plus est elle allait bientôt devoir faire un tour chez sa psychologue et cette idée ne l'enchantait guère. Bientôt à cours de médicaments, Lizzie n'aurait pourtant plus le choix. La simple idée de se retrouver à nouveau à New-York lui donnait la nausée et ses mains tremblotèrent à nouveau.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Ils avaient l’air de deux adolescents découvrant l’amour pour la première fois. Comme si dix années ne s’étaient jamais écoulées, comme si leur histoire d’amour était au point de départ. Tous deux étaient particulièrement mal à l’aise et gênés et cela se voyait aisément dans leur façon d’agir et de se tenir. La situation était risible à souhait, et quiconque passant par là n’aurait pu s’empêcher de se moquer. Sonny se sentait presque honteux d’être aussi paralysé par un simple dîner sans conséquences. Celui-ci était destiné à tirer un trait définitif sur le passé pour mieux rebondir, faire taire les regrets et la colère pour ne garder que le meilleur. C’était tout bonnement l’objectif premier du jeune Fitzgerald lorsqu’il avait invité Lizzie chez lui. Désormais face à elle, il ne savait même plus ce qu’il désirait. C’était stupide, jamais il n’aurait du lui faire une telle proposition mais les choses étaient faites. A lui désormais d’être un hôte exemplaire pour ne pas aggraver davantage la gêne de Lizzie. Il pouvait au moins faire cela pour elle, pour eux. L’invitant à entrer, il n’avait pu freiner son envie de la complimenter et la jeune femme sembla accepter ses propos sans grand mal. Ouf. Il aurait été dommage de provoquer un tsunami ou un ouragan avec des mots qui se voulaient gentils et qui étaient on ne peut plus sincère. Déposer la bouteille de vin que Lizzie avait amenée à la cuisine avait permis à Sonny de retrouver un minimum de contenance, après avoir respiré un bon coup et repris ses esprits. Ainsi, c’est le sourire aux lèvres que le jeune homme avait regagné le salon, prêt à servir l’apéritif sans penser à la gêne qui les avait possédés quelques instants plutôt. Mais qu’elle ne fut pas sa surprise lorsque Lizzie lui annonça l’alcool qu’elle désirait. Cependant, Sonny ne fit aucun commentaire et tenta tant bien que mal de camoufler son étonnement derrière son sourire légendaire. Il n’était pas du genre à juger, Lizzie avait changé et c’était son droit. Mais lorsqu’elle fit un commentaire pour se justifier, Sonny ne put s’empêcher de prendre la parole. « Oh mais tu n’as pas besoin de te justifier Lizzie, surtout avec moi. » Il sous-entendait là que malgré le temps qui avait filé, il était toujours le même, à savoir un homme ouvert qui ne se permettait aucun jugement ni même commentaire. Son choix d’alcool était surprenant pour lui qui l’avait connu adolescente, mais c’était là la seule pensée qui avait traversé son esprit. « Un whisky sec, un ! » fit-il, d’une manière plutôt enjouée pour cacher tous les autres sentiments qui le possédaient actuellement, en lui tendant un verre. Le bar se trouvait dans la pièce, et il avait fallu quelques minutes à peine pour que Sonny dégote la bouteille de son père et prépare la boisson de la jeune femme. Quant à lui, c’est avec un verre de jus de pomme à la main qu’il s’installa sur le canapé. Il ne voulait surtout pas d’alcool pour débuter cette soirée, le vin arriverait bien assez vite pour cela. « L’armée t’aura endurcie. Tant mieux, je n’aurais pas besoin de te surveiller ce soir. » ajouta-t-il, pour plaisanter mais surtout détendre l’atmosphère pesante. Sonny faisait ici allusion à leur amitié passée, à leurs premières gouttes d’alcool et ce qu’elles avaient engendré comme conséquences chez Lizzie, à savoir un déséquilibre total et une certaine folie dérangeante même si amusante. Souvent, Sonny s’était occupé d’elle, tâchant de la raccompagner jusqu’à sa chambre avant de gagner sa propre maison, ne manquant jamais de déposer un baiser sur son front lorsqu’elle s’endormait paisiblement.

Perdu dans ses pensées, il redescendit bien vite sur Terre lorsque Lizzie s’adressa à nouveau à lui. « Bonne année à toi aussi, Lizzie. » ajouta-t-il, en réponse à la jeune femme. Il était vrai qu’ils ne s’étaient pas vraiment vus à la soirée du nouvel an et c’était tant mieux : non seulement la fête avait été houleuse entre Chris et Lizzie (ce qui ne manqua pas d’inquiéter et d’agacer le jeune homme), mais en plus elle avait permis à Sonny de retrouver la belle Silver. Il n’y avait pas de place pour son premier amour sur la piste de danse décorée de manière disco. Le jeune Fitzgerald s’était bien décidé à prendre des initiatives pour démarrer l’année comme il le souhaitait, à savoir en compagnie de celle qui faisait battre son cœur. « As-tu pris des bonnes résolutions ? » la questionna-t-il, curieux. Sonny n’avait aucunement conscience du ressentiment de Lizzie vis-à-vis de la fête du nouvel an. Il ne se doutait même pas qu’elle ne croyait pas une seule seconde à ce qu’elle venait de dire, pour la simple et bonne raison qu’il aimait les traditions, aussi nombreuses soient-elles. Toujours optimiste, Sonny n’avait aucune envie d’imaginer l’avenir avec un regard sombre. Pourtant, il devrait. Parfois. Un tel dîner n’avait sans doute pas sa place au sein de cette nouvelle année, et les dangers n’étaient jamais bien loin.  
Elizabeth Rosebury a écrit:


Pourquoi fallait-il que la situation lui échappe totalement ? Elizabeth avait eut l'habitude de contrôler ses actions et sa vie pourtant aujourd'hui tout lui échappait des mains. Elle n'avait plus aucun contrôle sur les évènements ce qui la rendait d'autant plus nerveuse. Comme une adolescente à son premier rendez-vous en tête à tête, elle gardait fermement son verre entre ses mains, quitte à voir ses doigts blanchir. Elle avait eut beau se dire que ce dîner n'avait rien de romantique, l'idée avait malgré tout germé dans sa tête et désormais il lui était impossible de penser autrement. Même si les récents évènements survenus au nouvel an lui revenait sans cesse en mémoire. Savait-il qu'elle l'avait regardé un long moment ? Pire, savait-il qu'elle l'avait vu embrasser cette Silver ? Chris ne se serait surement pas gêné pour lui confier ces choses et la mettre plus bas que terre. Qu'importe. Il l'avait invité elle ce soir et personne d'autres. C'était bien là une preuve de quelque chose non ? Lizzie ne savait pas quoi mais elle était certaine que ce ne pouvait pas être anodin. Il était désormais là assis tout près d'elle, sirotant un jus de fruit. Gênée d'avoir demandé à boire un verre de whisky, elle en prit une gorgée pour se remonter le moral et se donner du courage. Au lieu de cela le liquide failli ressortit tout net de sa gorge. « Quoi ? Oh non c'est pas vrai ! » Elle souriait à présent et la gêne s'était évaporée. Se souvenir d'elle prenant une cuite avait un effet apaisant. « Je ne peux rien te garantir. Le whisky c'est plus fort que deux bouteilles de vins alors... » Si ses habitudes en matière d'alcool avait quelque peu changé, il n'en restait pas moins qu'elle tenait plutôt mal la bouteille. Sa tolérance avait des limites et tôt ou tard elle se retrouvait dans un état plus ou moins désastreux. Bien sur à l'armée on ne permet pas aux soldats de prendre une cuite ! Les rares fois où cela s'était produit étaient lors de permissions avec ses compagnons d'infortune. Sur le terrain il lui arrivait de prendre un ou deux verres mais cela n'allait jamais très loin.

L'atmosphère enfin un peu plus détendu, elle posa son verre sur la petite table et croisa les jambes. « Merci. » Elle se demanda à nouveau si il l'avait vu en compagnie de Chris ou si la jeune femme lui avait racontait en détail leur échange. Cette fête du nouvel an resterait longtemps gravée dans sa mémoire mais malheureusement pas pour de bons moments. Même si une fois isolée, la fête avait prit un tournant auquel Lizzie ne s'était pas attendu. « Des résolutions ? Oh non pas vraiment si ce n'est passer plus de temps avec Teddy qui cherche à m'apprendre comment être une vraie femme. » C'était étrange mais amusant à dire. Lizzie ne connaissait pas grand chose à la féminité, pour ne pas dire rien du tout. C'était Teddy l'instigatrice de sa tenue du nouvel an. Et si l'on regarde sa tenue de ce soir d'un peu plus près on remarquera qu'en effet personne ne l'avait aidé. Elle était jolie certes mais elle était convaincue que si Teddy s'en était mêlé, quelque chose d'encore plus jolie en serait sortit. « Et j'aimerais commencer des études. » Elizabeth n'en avait parlé à personne, pas même à sa famille. L'idée trottait dans sa tête depuis environ un mois. Puisqu'elle n'allait jamais être appelée au combat à nouveau, il allait bien falloir qu'elle fasse quelque chose de sa vie. Or elle ne savait rien faire hormis tirer avec divers armes, se battre au corps à corps, déchiffrer des codes, parler la langue des signes, lire des cartes... Bref autant de choses inutiles dans la vie quotidienne d'une américaine moyenne. Elle ne pouvait espérer trouver un travail ainsi et ce n'était pas avec sa pension militaire qu'elle pourrait vivre jusqu'à 90 ans. Qui plus est, Lizzie avait besoin de se sentir utile aux autres.

Son regard glissa vers le mur en face d'eux. Des études. Sonny en avait fait. Il avait rêvé qu'elle le suivrait dans cette voie. Si ça avait été le cas, ils vivraient heureux ensemble aujourd'hui et elle ne serait pas là, gênée à se demander ce qui allait arriver ensuite. « Et toi où en es-tu dans tes projets ? »


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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:07

Sonny Fitzgerald a écrit:
Se remémorer des souvenirs d’enfance communs fit du bien à Sonny. Jamais il n’aurait cru pouvoir faire cela il y a encore quelques temps. Du moins, sans éprouver aucun pincement au cœur, aucune douleur et de nostalgique. Aujourd’hui, les sentiments qui l’envahissaient n’étaient que joie. L’envie de rire s’empara même de Sonny, qui se laissa aller. Lizzie n’avait jamais tenu l’alcool, de quoi rendre certaines soirées mémorables. A jamais gravées dans l’esprit de Sonny, le jeune homme se plaisait à y repenser ce soir et à les évoquer. Il savait que c’était le seul moyen de détendre l’atmosphère, de montrer à Lizzie qu’il n’avait rien oublié et que malgré son engagement dans l’armée, elle restait son Elizabeth. Celle avec qui il avait partagé son enfance et qui avait eu une place importance dans son existence. Celle avec qui il avait vécu une amitié forte, puis une histoire d’amour véritable. On n’oubliait jamais son premier amour, et il le lui prouvait ce soir-là. La guerre avait peut-être anéanti leur amour, elle n’avait pas détruit les souvenirs, et c’était tout ce qui comptait maintenant. Tout ce qui les rapprochait et qui leur permettait de garder un contact, aussi minime soit-il. Depuis le retour de Lizzie, Sonny avait beaucoup réfléchi sur leurs retrouvailles mais aussi le départ brutal de la jeune femme, la souffrance que cela avait engendré et les remises en question. Et il en était venu à un bilan sans appel : il ne pouvait tout simplement pas tirer un trait sur Lizzie, il ne l’avait même pas fait durant ses dix longues années et ce n’était pas maintenant que cela allait changer. Même avec la meilleure volonté du monde, c’était tout bonnement impossible. C’était comme ça, Lizzie était à jamais gravée en lui, il ne pouvait pas lutter contre le passé. « Bon, j’ai compris. Je vais surveiller ta consommation d’alcool ce soir, il serait dommage que l’ivresse te fasse faire n’importe quoi. » plaisanta-t-il, même si tout ceci était quelque peu sérieux. Si Lizzie n’avait pas changé à ce niveau-là, Sonny tâcherait de veiller sur elle pour éviter tout accident. Il ne voulait pas que cette soirée dégénère ou qu’il soit obligé de porter la jeune femme jusqu’à sa chambre. Ce n’était plus son rôle, il n’était pas le petit ami de Lizzie, il n’avait rien à faire dans le domaine de la jeune Rosebury. Il n’avait plus à veiller sur elle comme auparavant. Pourtant, au fond de lui, si la situation tournait mal, il ne pourrait s’empêcher de la raccompagner jusqu’à son lit. Il était fait comme cela, on ne le changerait pas.

Parler du Nouvel An n’était pas une bonne idée, tout comme continuer cette conversation sur ce sujet-là. Mais Sonny ne se doutait pas du mal être de Lizzie à cet égard. Il avait vécu dans sa bulle lors de cette fête là, notamment grâce à la présence de Silver. L’ambiance disco lui avait donné des ailes et il avait fini par l’embrasser. Cela n’avait pas été plus loin, car il s’était aussitôt senti mal à l’aise et peu assuré. Mais il l’avait fait et les jours qui ont suivi cette soirée ont continué à le faire évoluer dans son propre monde, bien loin de la réalité. « Une vraie femme ? Mais tu l’es déjà Lizzie. » Oui, aux yeux de Sonny, Elizabeth avait toujours été parfaite. Belle à en mourir, un charme de fou, un sourire à rendre dingue et ses yeux pétillants qui faisaient battre le cœur davantage. Certes, sa garde robe n’était pas des plus féminines, mais c’était Lizzie. C’était comme cela qu’il était tombé amoureux d’elle, c’était comme cela qu’il l’avait aimé. « J’espère qu’après la tornade Teddy, je saurais te reconnaître dans la rue. » plaisanta-t-il, ensuite, mais l’inquiétude s’était très légèrement emparée de lui. L’annonce qui suivit eut un effet particulier sur Sonny. Ses yeux s’étaient aussitôt braqués dans ceux de Lizzie et le silence s’était emparé de la pièce, glaçant tout au passage. La bonne humeur semblait s’être envolée, quittant la maison définitivement pour laisser entrer la froideur. Pourtant, si l’on regardait de plus près, on pouvait lire une grande satisfaction et de la fierté dans le regard de Sonny. « Je… je ne sais pas quoi te dire Lizzie. » Après quelques secondes qui parurent durer des heures, il reprit. « Mais je suis heureux. Je… Très bonne décision. » Il ne savait quoi dire car l’émotion l’avait envahi. Il tenta de la camoufler du mieux qu’il put, et c’est Lizzie qui lui facilita la tâche en le questionnant à son tour. « Mon départ pour l’Afrique est toujours d’actualité. J’essaie juste de profiter un maximum de ma famille et de mes amis, car cela va être difficile de vivre loin d’eux. » Sa voix tremblait un peu.

« On ferait mieux de rejoindre la salle à manger. Le repas va être prêt. » Effectivement, l’odeur du bon plat que Sonny avait cuisiné leur parvenait désormais. Une manière comme une autre de couper court à cette conversation qui paniquait quelque peu Sonny. Partir aurait été bien plus facile s’il n’y avait pas eu Silver et le retour de Lizzie. Il en était pleinement conscient.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Ces vieux souvenirs heureux qu'ils partageaient et auxquels elle se raccrochait dès que possible. Tous ces moments passés à deux. Toutes ces petites choses qui les avaient liés. Ces sourires, ces crises de rire, ces regards et ces silences. Rien n'avait été effacé et de l'entendre aborder le passé ainsi lui redonna espoir. Mais surtout cela lui fit un bien fou. L'ambiance était bien plus détendu que lors de leur dernière rencontre. Était-ce l'alcool ou le feu qui crépitait dans la cheminée ? Elizabeth n'aurait su dire ce qui rendait l'atmosphère aussi tranquille mais elle aimait ça. C'était un peu comme retrouver un vieil ami. C'était le cas bien sur mais Lizzie avait eut terriblement peur d'avoir tout perdu, même cette complicité qui avait toujours régnait entre eux. Il était évident qu'entre ces deux là tout ne pouvait pas être effacé et qu'il resterait toujours une certaine ambiguïté. Elizabeth n'était pas prête à laisser filer le bonheur qu'ils avaient vécus et voulait absolument retrouver son Sonny d'avant. « C'est préférable oui. J'aimerais éviter de me retrouver au dessus des toilettes avec toi qui me tiens par les cheveux ! » Cette image la fit sourire et elle s'installa plus confortablement dans le canapé. Elle prenait enfin ses aises et oubliait le malaise qui s'était installé entre eux jusqu'à ce soir. « Mon dieu quand j'y pense ! » Elle n'arrêtait plus de sourire à son propre étonnement. Sonny l'avait vu dans les pires moments de sa vie et il avait toujours été là pour l'aider. Il s'était toujours montré d'une extrême gentillesse et l'avait souvent couvert. Allaient-ils un jour retrouver cette complicité ?

Le rouge lui monta aux joues et elle bredouilla un bref « Merci ». Recevoir des compliments n'était pas vraiment une chose à laquelle Lizzie était habituée. Plus jeune oui. Mais pas depuis des années. Elle sortait peu, voire pas du tout, lors de ses permissions. Ou si elle le faisait, en général elle se trouvait avec les membres de son escadron. Autant dire que les hommes évitaient soigneusement de venir lui adresser la parole. Pourtant elle n'avait jamais ressenti le manque d'un homme auprès d'elle. Peut-être parce qu'elle espérait encore et toujours que Sonny serait là à son retour. Parce qu'elle l'aimait et qu'elle ne pouvait tout simplement pas regarder un autre homme. « Oh t'en fais pas ! Je saurais la stopper si nécessaire. » Elle termina son verre d'un trait et le reposa. Elle ne voulait pas se perdre. Trop de choses en elle avait déjà changé. Lizzie refusait de se perdre un peu plus mais Teddy était si heureuse de la retrouver et de pouvoir la chouchouter qu'elle n'avait pas réussi à lui dire non. Quelques nouveaux vêtements n'avaient jamais tués personne non ? En revanche aborder un sujet aussi épineux que les études pouvait s'avérer fatal. Aux premiers abords cela lui avait paru opportun. Désormais Lizzie regrettait d'avoir ouvert la bouche. Il avait tant espéré qu'elle lui dise ces choses dix ans plus tôt qu'elle se sentit coupable de lui annoncer la nouvelle aussi brutalement. Le froid s'emparait à nouveau de la pièce et mettait une distance entre eux. Encore. Et une fois plus tout ça était de sa faute à elle. « Oui, merci. » Que dire ? Il devait la détester pour oser commencer des études maintenant. Elle ouvrit la bouche mais Sonny fût plus rapide. Des études d'histoire pensait-elle. Lui parler plus en détails de ses projets n'allait pas faire revenir le moment de joie qu'ils venaient de partager. Les choses allaient empirer. Le dîner allait être un véritable fiasco. « Oh. Oui je comprends. » Alors pourquoi passait-il cette soirée avec elle plutôt qu'avec cette sulfureuse blonde ?

Une bonne odeur d lui parvint enfin aux narines. Il avait dû passer un bon moment aux fourneaux pour lui préparer un excellent repas et cela la fit doucement sourire. Mais le cœur n'y était plus. Elizabeth se sentait terriblement coupable de ne pas avoir choisi les études plus tôt. « Tu m'écriras ? » Le son et l'intensité de sa voix la surprit elle-même. Elle n'avait pas voulu paraître aussi désespérée, enfantine et triste. Elle n'avait pas voulu dire cela aussi fort. Les mots étaient juste sorti dans un dernier espoir de ne pas le voir disparaître de sa vie. Elle ne voulait pas l'avoir retrouvé pour le perdre encore. « Je sais que c'est parfois difficile là-bas parce que leur système postale n'est pas très performant mais c'est toujours ça. Tu n'auras pas besoin de m'appeler. Ce serait plus compliqué et puis tu auras sans doute envie de parler à d'autres personne plutôt... qu'à moi. » Elle inspira et expira un bon coup. Les mots sortaient tout seuls à une vitesse effrénée. Elle joignit ses mains et ne pu s'empêcher de faire craquer ses phalanges en signe de nervosité. Sa stupidité battait des records.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Visiblement, Lizzie ressentait la même chose que Sonny, puisqu’elle retrouva bien vite le sourire et se détendit enfin. Plus à son aise sur le canapé des Fitzgerald, la jeune femme semblait désormais prête à entretenir une conversation avec son ancien petit ami, sans éprouver aucune gêne, sans hésiter à y ajouter une pointe d’humour. Sonny avait face à lui la Lizzie qu’il avait toujours connu, et il en fut ravi. Son cœur se réchauffa. Il était rassuré, elle n’avait pas disparu définitivement, elle était toujours là tapie en elle, attendant le bon moment pour se faire voir. Et visiblement, ce dîner était parfait. L’initiative de Sonny se révélait donc être une réussite. Oui, mais jusqu’à quand ? Il avait peur au fond de lui Lizzie, et n’arrivait tout simplement plus à lui faire entièrement confiance. Quand allait-elle déraper ? Dire quelque chose qui ne fallait pas ? Allait-elle évoquer Silver, anéantissant tout espoir que la soirée se termine sur une bonne note ? Pire, allaient-ils parler de la guerre ou de leur ancien couple ? Il ne manquerait plus que ça. Sonny appréhendait les diverses réactions de Lizzie, mais lorsqu’elle sourit et entra dans le jeu des souvenirs, il se détendit légèrement. Un peu stressé et nerveux, il n’oubliait pas de passer sa main dans ses cheveux ou touchait son verre machinalement, mais il allait déjà beaucoup mieux. Jusqu’à quand ? Un rire fit taire toute pensée néfaste à cette soirée. Lizzie avait réussi à l’amuser, bon point. « Hum, oui. Évitons cela. » Tenir par les cheveux Lizzie qui vomissait ? Non merci. Si autrefois il l’avait fait sans réfléchir, aujourd’hui il ne s’en sentait tout bonnement pas capable. Ce n’était pas son rôle. Il n’était plus son petit ami, il n’avait plus à agir comme il le faisait avec elle par le passé. Cette idée avait du mal à entrer dans son esprit mais il faisait des efforts. « Tu n’étais pas dans ton meilleur jour, c’est sûr. Mais bon, je ne t’ai pas fui, ne sois donc pas honteuse ! » ajouta-t-il, se rendant compte que ses propos n’étaient pas forcément choisis. Mais il n’en montra rien, et se contenta de les accompagner d’un rire enjoué.

« Je compte sur toi. » répliqua-t-il, lorsqu’elle se voulut rassurante au sujet de son relooking par Teddy. Il ne put s’empêcher de lui offrir un grand sourire. Il décida de ne pas faire attention au rougissement des joues de Lizzie, pour ne pas être déstabilisé. C’était pile l’attitude qui le rendait mal à l’aise et le faisait totalement culpabiliser. C’est pourquoi il ne releva rien et se contenta de lui répondre au sujet de Teddy. C’était de toute manière la seule chose qui comptait. Lorsque la conversation dévia sur les études de Lizzie, l’ambiance se refroidit quasiment aussitôt. Sonny ne lui en voulait pas, elle avait raison d’agir de la sorte, mais l’entendre dire ça lui faisait mal au cœur et lui renvoyait en pleine face la fuite de la jeune femme quelques années plus tôt. Au fond, il n’avait rien oublié. Et la plaie n’était pas totalement cicatrisée. Chris allait le maudire. « Non mais vraiment Lizzie. C’est génial. » Il ne put s’empêcher d’ajouter. « Pour toi. Vraiment. » Un sourire se dessina doucement sur ses lèvres pour rassurer Lizzie mais son regard le trahissait sans nul doute.

C’est pourquoi inviter Lizzie à gagner la salle à manger était le meilleur moment pour changer de conversation et détendre à nouveau la conversation. Si, bien sûr, il en était possible. Sonny avait eu raison de craindre ce dîner, car quelques mots avaient suffit pour anéantir tout ce qu’il avait essayé de construire ce soir pour parfaire ces retrouvailles. Tant pis, ce qui était fait était fait. Cela ne servait à rien d’y repenser, il fallait avancer et terminer ce dîner du mieux qu’ils pouvaient. Gentleman parfait, Sonny n’oublia pas de tirer la chaise de Lizzie afin que cette dernière s’y assoie. Alors qu’il allait lui servir un verre de vin qu’elle avait amené à l’occasion, la jeune femme reprit la parole. Trois mots. Trois petits mots qui firent bien des dégâts. Tout tremblant, il ne répondit pas de suite, ce qui accentua le malaise grandissant. D’ailleurs, Lizzie s’empressa de se justifier. Cela en était trop pour Sonny, qui renversa le verre tout juste servi sur la tenue de la jeune femme. Tout honteux, il rougit aussitôt. « Je… je suis vraiment… désolé Lizzie. Vraiment désolé. » Il s’empressa de se saisir de la serviette de table posé à côté de l’assiette pour éponger le plus gros mais les dégâts étaient là. « Je suis toujours aussi maladroit, comme tu peux le voir. » ajouta-t-il, encore tremblotant. Il n’osait pas appuyer davantage sur les tâches, de peur de toucher Lizzie. Pourtant, il le fallait. La serviette sur la cuisse de la jeune femme, il déglutit péniblement et fuit son regard. « Je suis vraiment, vraiment désolé. Pour ta robe. Et pour cette soirée… râtée. » L’air triste, il releva tout de même la tête le temps de quelques secondes, puis reprit son attitude initial. Les yeux rivés sur la cuisse de Lizzie, il se sentait défaillir. « Je… » Le regard glissant à nouveau sur le visage de Lizzie, Sonny ne savait plus quoi faire. Il était paralysé par les yeux de la jeune femme et par cette proximité. « Bien sûr que je t’écrirais. » Et alors, sans vraiment savoir ce qu’il faisait, il posa ses lèvres sur celles de la jeune femme. La serviette tomba sur le sol de la salle à manger et le cœur de Sonny battit alors à la chamade. Mais que faisait-il ? Etait-ce l’odeur du vin qui avait suffi pour lui retourner la tête ? Non, bien sûr que non. C’était l’envie. Les souvenirs. Le charme de Lizzie. Son sourire et sa façon de se justifier. De vouloir le garder près d’elle. De ne plus perdre contact. C’était mal, très mal. Mais il semblait comme aimanté. Le baiser dura quelques dizaines de secondes, et les frissons s’emparèrent du corps de Sonny, qui finit par s’éloigner. « Et encore plus désolé pour ça. Je… je reviens. » fit-il, la voix tremblotante, avant de rejoindre la cuisine. Mais qu’avait-il donc fait ?
Elizabeth Rosebury a écrit:


Ils étaient tous les deux d'accord sur ce point : réitérer les exploits d'Elizabeth en matière de cuite n'était pas une bonne idée. C'était agréable de pouvoir parler en toute sérénité, ou presque, avec Sonny. L'ambiance se voulait bonne enfant, comme si ces dix années ne s'étaient pas écoulées. Comme si ils ne s'étaient pas vraiment perdus de vue et avaient pris un chemin similaire. Si tout cela n'était qu'illusion Elizabeth appréciait ce moment. Elle aurait pu vivre ainsi. Elle aurait pu être celle qu'il voulait. Pour lui, seulement pour lui. Aujourd'hui elle décidait de reprendre des études, comme il l'avait voulu. Bien sur elle ne faisait pas cela pour Sonny mais malgré tout elle ne pouvait pas s'empêcher de penser que la vie qu'ils s'étaient imaginé pouvait encore être vécue. Ils pouvaient encore se marier et avoir des enfants. « Et je t'en remercie. Tu étais mon rocher tu sais... » Sans vraiment s'en apercevoir à l'époque, Lizzie se reposait énormément sur lui. Il la soutenait dans tout ce qu'elle faisait. Jusqu'à ce fameux jour où la pilule armée avait été trop dure à avaler. Les quelques rêves qu'elle nourrissait avec Sonny s'étaient évanouis en fumée. Il ne restait plus rien. Rien que des souvenirs et des regrets par milliers.

« C'est gentil, merci. » Elle pouvait cependant voir combien cette nouvelle l'affectait. Sonny avait beau sourire, Elizabeth le connaissait par cœur. Et elle ne pouvait pas lui en vouloir d'être en colère contre elle. C'était elle qui avait un train de retard et qui prenait les mauvaises décisions depuis toujours. Et voilà qu'elle lui demandait un service énorme. Une chose dont elle allait dépendre. Une chose que Sonny était en droit de lui refuser. Elle ne lui avait pas écrit. Il pouvait l'effacer de sa vie si il le voulait. Elle le méritait. Les rôles s'inversaient. Assise à la table familiale des Fitzgerald elle se sentit mal. Elle n'y avait plus sa place. Elle pouvait imaginer Anha la dévisager avec colère et leur parents la détestait pour avoir fait du mal à Sonny. Il ne méritait pas cette souffrance et elle n'avait jamais voulu qu'il en soit ainsi. Jamais. Elle n'aurait pas dû lui dire ces choses. Mais il était un peu tard, le mal était fait. Sonny était visiblement troublé puisqu'il en renversa le vin. Elle poussa un bref cri de surprise qui la fit paniquer un moment. Tremblotante elle ne bougeait plus. Il parlait, l'essuyait et Lizzie parla elle aussi, leur deux vois s'unissant, s'écoutant à peine. « C'est rien. C'est pas grave. » Une belle tâche de vin avait remplacé la couleur verte de sa jupe. La situation la fit presque rire mais seul un mince sourire s'afficha sur son visage pâle. Elle tremblotait encore lorsque le visage de Sonny se rapprocha du sien. Son cœur s'affola et leur lèvres se frôlèrent. C'était comme si tout à coup la vie lui était à nouveau insufflé. Elle sentit sa main s'accrochait au bras de Sonny et elle souhaita que ce moment ne s'arrête jamais. Pourtant en quelques secondes tout était terminé. Elle garda les yeux clos et l'entendit quitter la pièce précipitamment. Complètement perdue, Lizzie demeura où elle était, les bras pendant le long de son corps. Tiraillée entre l'idée de le rejoindre et de fuir, elle attendit qu'il revienne. En vain. C'était à elle de bouger. Plus question de fuir. Pas maintenant alors que l'impensable venait de se produire. Elle n'avait plus osé s'imaginer avec lui. Elle ne croyait plus possible de l'embrasser un jour. Elle ne pensait plus ressentir ce sentiment de bien être qu'elle éprouvait. Des papillons pleins le ventre, elle poussa la porte de la cuisine et retrouva un Sonny aussi perdu qu'elle. « Sonny ? » La respiration courte, Elizabeth s'attendait presque à le voir en colère. Elle s'approcha de lui sans vraiment savoir ce qu'elle allait faire. Elle ne voulait pas qu'il la repousse et surtout pas qu'il regrette son geste. « Ne me dis pas que tu es désolé. » C'était elle qui était en colère. Pourtant sa voix était calme et son corps s'était stoppé en marche. Elle n'avait rien de dur. Elizabeth était d'une fragilité extrême et plutôt vulnérable. Elle se sentait perdue. « Tu... pourquoi hein ? Tu sais que j'aurais fais n'importe quoi pour que tu m'embrasse comme ça alors ne me dis pas que tu es désolé !! » Il ne pouvait pas. Il n'avait pas le droit. Elle souffrait assez de le voir avec une autre. Il n'avait pas le droit de l'embrasser et de poursuivre la soirée comme si rien ne s'était passé. Ils ne pouvaient pas continuer leur petite mascarade. Elle ne le supporterait plus. « Tu sais ce que ressens. Tu le sais Sonny ! » Cette fois elle avait haussé le ton et les tremblements avaient repris le dessus. Elle ne voulait pas pleurer. Elle ne voulait plus rien ressentir et surtout pas ce foutu espoir qui la détruisait à petit feu depuis son retour.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Si c’était grave. Sa maladresse le perdrait. Renverser du vin sur la jupe de Lizzie. Il n’y avait que lui pour faire une telle chose. Sonny s’en voulait terriblement. Les joues rouges, les mains tremblotantes, le regard fuyant et surtout le cœur battant, il ne savait plus quoi faire. Rattraper son erreur ? Oui, bien sûr, c’était là la moindre des choses mais la proximité qu’imposait ce geste aurait du stopper net le jeune homme dans son envie de bien faire. C’était risqué, terriblement risqué. Et pour cause, Sonny savait que les sentiments qu’il éprouvait pour la jeune femme n’étaient pas totalement morts. Silver était certes entrée dans sa vie dernièrement, mais elle n’avait pas su encore tuer tout ce qu’il restait de Lizzie en Sonny. Et pour cause, ils n’étaient même pas ensemble : avoir échangé quelques baisers voulait dire énormément pour le jeune Fitzgerald mais sans doute pas pour la jolie blonde, qui était si… différente, si…. obsédante. Si d’ordinaire penser à elle suffisait à Sonny pour faire taire les souvenirs du passé, ce soir il n’en était rien. Lizzie avait un effet particulier sur lui. La proximité aussi. Et l’ambiance presque romantique de ce dîner n’arrangeait en rien les choses. Pourquoi donc ne s’était-il pas contenté d’aller boire un verre en ville ? Les dégâts auraient été moindres dans un tel contexte. Mais chez les Fitzgerald, l’âme des deux amoureux qu’ils avaient été autrefois planait encore. Il devait même rester une ou deux photographies du couple dans la chambre de Sonny, malgré les cris et les conseils de Chris pour le pousser à les brûler. Mais c’était plus fort que lui, ce premier amour l’hantait toujours, le grignotait de l’intérieur et l’empêchait de se donner totalement à une autre femme. La fuite de Lizzie n’avait pas mis un point final à leur relation, il y avait toujours ce goût d’inachevé, ce goût amer qui était frustrant.

Un baiser. Un simple baiser, et pourtant quelques secondes de pur bonheur. Du plaisir à l’état pur. La Terre aurait pu arrêter de tourner autour d’eux que Sonny ne l’aurait guère remarqué. Cela ne ressemblait en rien à celui de Silver. C’était différent, mais c’était tout aussi bien. Et ce constat était déstabilisant. Alors comme cela, Lizzie avait toujours le contrôle sur lui ? C’était terrible. C’était horrible. Non, c’était impossible, il ne fallait pas. Cette faiblesse le mènerait définitivement à sa perte. Sonny venait de signer son arrêt de mort. Chris allait le tuer. Lizzie allait le tuer, parce qu’elle le pousserait à se sacrifier une nouvelle fois mais surtout parce qu’elle avait le dessus sur lui. Il s’en voulait. Pire, il se détestait et s’isoler se révéla être un besoin, une nécessité. En colère contre lui-même, Sonny s’était saisi d’un objet qui traîna par là et n’avait pu s’empêcher de le jeter au sol. Lui qui d’ordinaire était si calme, si pacifiste, si … loin de la colère et la haine. C’était surprenant mais une nouvelle fois, Lizzie possédait son cœur et son corps, et le réduisait à une soumission qu’il ne voulait pas. Il détestait les sentiments qui s’étaient emparés de lui. Lorsque la voix de la jeune femme retentit, il se sentit honteux d’avoir agi de la sorte. Il se baissa, ramassa l’objet qu’il reposa sur le plan de travail avant de regarder Lizzie.

Elle semblait elle aussi en colère. Contre lui. Décidément, il n’était pas sous son bon jour, puisque tout semblait aller mal à son sujet. Mais il ne pouvait fuir et surtout, ne voulait pas faire comme Lizzie il y a dix ans. De plus, ils se trouvaient chez lui et mettre à la porte la jeune femme ne se faisait pas. Prenant son courage à deux mains, il l’écouta. Comment devait-il réagir désormais ? « Si Lizzie. Je le dis, et je le redis. Je suis désolé. » Son regard était un peu plus dur que d’ordinaire et une soudaine assurance s’était emparée de lui. « Je suis désolé de ne pas avoir su te convaincre de rester il y a dix ans. Je suis désolé de n’avoir pas su te retenir. Je suis désolé de n’avoir pas cherché à te retrouver. Je suis désolé de ne pas avoir été l’homme qu’il te fallait, celui pour qui tu ne serais jamais partie. Je suis désolé de t’avoir détesté durant des mois et des mois. Je suis désolé d’avoir dit du mal de toi pour soulager mes douleurs. Je suis désolé de t’avoir mal accueilli à ton retour. Je suis désolé de m’être énervé contre toi. Je suis désolé de ne pas être fier de ta décision pour tes études. Je suis désolé de t’avoir invité à dîner chez moi. Je suis désolé de te rappeler le passé qui est à jamais révolu. » Il avait dit tout cela d’un souffle, et il dut reprendre sa respiration avant de continuer. « Et surtout je suis désolé de t’avoir embrassé dans un tel contexte. J’aurais aimé que cela se passe autrement. » Baissant le regard le temps de quelques secondes, il déglutit avant de relever la tête. « J’aurais aimé pouvoir t’offrir ce que tu désires. Pouvoir te rendre heureuse. Mais tu sais, tout comme moi, que ce n’est pas possible Lizzie. Ce n’est plus possible. Il y a Silver, il y a les regrets, les blessures mal cicatrisées, la guerre et tout le reste. » L’air quelque peu triste, il continua cependant. « Et… et… je suis désolé d’en éprouver l’envie. » Sans attendre, sans réfléchir une nouvelle fois, Sonny posa ses lèvres sur celles de Lizzie. Un baiser qui n’avait rien d’un simple contact comme le précédent. L’envie y était pleinement, la volonté aussi. Et surtout, surtout, ce n’était plus une erreur. Un moment d’égarement. Il l’avait voulu et il devait assumer.

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Marylou Odair

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:08

Elizabeth Rosebury a écrit:


Il était temps d'arrêter de jouer la comédie. Elizabeth ne supportait plus ces faux semblants. Elle les détestaient même. Il ne servait à rien de mentir. Elle s'était tant voilait la face ces dernières années qu'elle n'était plus certaine d'y parvenir encore. Le jeu devait cesser. Maintenant. Avant qu'il n'y ai plus de dégâts. La souffrance ils l'avaient tous les deux connus. Partir en laissant un flou total n'avait rien arrangé. Les regrets qu'elle éprouvait en regardant en arrière la frappait à chaque fois en pleine poitrine. Elle s'était si souvent demandait ce qui serait arrivé si elle avait agit différemment. Et si elle avait choisi les études à Phœnix plutôt que l'armée ? Et si Sonny et elle était encore ensemble aujourd'hui ? Et si. Et si... Mais elle avait choisi l'armée. Et voilà où ils en étaient aujourd'hui. Deux âmes en peine qui n'arrivaient plus à avancer. Le passé n'avait rien de révolu pour Lizzie. Elle vivait avec en permanence. Elle vivait avec ses souvenirs, espérant qu'un jour ils reviendraient à elle. Espérant qu'il reviendrait. Elle avait tant besoin de lui. Ce baiser lui redonnait espoir, lui faisait prendre conscience de ce qu'elle avait perdu et de ce dont elle avait réellement besoin. Personne ne lui avait jamais donné autant d'amour. Il n'y avait que Sonny qui pouvait la comprendre, la réconforter et lui apporter la joie. Elle l'aimait encore terriblement. C'était pire que toutes les douleurs qu'elle avait pu connaître. Cette douleur là ne la quitterait jamais. Elle l'aimait à en mourir.

Son cœur déjà noyait par la souffrance se mit à saigner un peu plus en l'écoutant. Si Elizabeth était une femme forte et avait toujours montré une détermination sans faille, face à Sonny elle n'était rien de plus qu'une petite fille. Incapable de retenir ses larmes plus longtemps, elle sentit leur goût salé se répandre aux coins de ses lèvres. Il se rendait fautif de tout alors qu'elle était la seule coupable. On ne pouvait pas blâmer Sonny. C'était elle qui était partie. Elle qui n'avait pas été assez bien et qui ne le serait jamais. Lui était parfait. Et ça la tuait. Il ne s'était pas passé un jour sans qu'elle ne pense à lui ni ne regrette de l'avoir laissé. La plus belle erreur de sa vie. « Ne dis pas ça... » Il ne pouvait pas l'avoir embrassé dans le seul but de satisfaire une quelconque pulsion. Ils ne pouvaient pas en rester là. Être de simple amis ce n'était pas pour eux. Ce n'était pas possible et encore moins imaginable pour Lizzie. Il n'avait rien gâché. La guerre oui. Son départ encore plus. Elle l'avait laissé dans l'incompréhension la plus totale et elle savait qu'un jour elle devrait s'expliquer. Il allait bien falloir qu'elle en parle. Le choix elle ne l'avait pas.

La respiration saccadée, les yeux embués, Elizabeth gardait malgré tout la tête haute et regardait l'amour de sa vie. Elle l'avait perdu. Elle l'avait perdu il y a de cela dix ans. Il lui avait fallu tout ce temps pour s'apercevoir de la vérité. La réalité lui crachait en pleine figure, plus cruelle que jamais. Elle l'aimait à en mourir mais lui se refusait à ça. Il n'allait plus jamais la serrer dans ses bras. Il ne l'embrasserait plus. Il ne lui clamerait jamais son amour. Et jamais elle n'aurait la chance de prononcer ces mots d'amour qu'elle aurait dû dire dix ans plus tôt. Le train était parti et il était bien trop tard pour le rattraper. Reculant d'un pas puis de deux elle se retrouva coincée contre la paroi froide du frigo familiale. Les yeux à présent clos, Elizabeth essayait de se calmer en récitant une prière. Il n'y avait que comme cela que son esprit pouvait se vider. Il fallait qu'elle se calme. A tout prix. Ses crises pouvaient se déclencher n'importe quand et elle sentait qu'elle allait perdre le contrôle.

Ce ne fût pas le cas. Sonny avait toujours su la calmer. Il avait toujours tout su à son sujet. Elizabeth s'attendait à entendre la porte de la cuisine claquer à tout moment. Pourtant au lieu de cela elle sentait le parfum masculin de Sonny se rapprochait. Encore et encore. Jusqu'à ce que leur lèvres se scellent à nouveau. L'esprit de Lizzie se volatilisa en un éclair. Elle balaya ses pensées, ses remords et ses regrets. Elle s'accrocha de toutes ses forces à Sonny et voulu que ce baiser dur toujours. Il avait le goût de ceux qu'ils s'échangeaient plus jeunes. Pas de ces baisers timides qui n'ont aucune saveurs. Celui-là respirait la passion et l'envie. Elle avait retrouvé son Sonny. Serrée contre son corps chaud, les mains de Lizzie cherchaient à déboutonner sa chemise. Plus question de bavarder. Elle ne voulait pas gâcher ce moment avec ses stupidités. Elle ne pouvait pas. Son cerveau ne répondait plus. Sa raison s'était envolée. Ne restait plus que l'envie dévorante d'être avec lui.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Pensait-il vraiment tout ce qu’il venait de dire ? Sonny n’arrivait pas à prendre conscience de l’importance du discours qu’il avait tenu quelques secondes auparavant. A dire vrai, il n’avait pas pensé à mal lorsqu’il s’était excusé, et voir Lizzie s’énerver contre lui avait définitivement réveillé en lui bien des regrets. C’était stupide, il était la victime dans toute cette histoire et voilà qu’il culpabilisait. Pire encore, il endossait seul l’échec de leur couple. Une réaction qui n’aurait jamais du exister et qui tuerait sur place Chris et Peter s’ils avaient été présents dans la cuisine à cet instant précis. Mais il était seul, ses meilleurs amis n’étaient pas là pour l’épauler et voilà qu’il recommençait une fois de plus à être faible. Lizzie le rendait minable. Pitoyable, même. Avec elle, il n’était plus l’homme fort qu’il avait appris à être durant ses dix années. En sa compagnie, il n’était qu’un adolescent de quinze ans devant sa première petite-amie, le cœur battant, redoutant l’instant où elle se rendrait compte qu’il n’était pas le bon ou pas assez bon pour elle. Faire marche-arrière ? A quoi bon ? Il avait vidé son sac et s’était laissé aller à un discours qu’il n’assumerait pas dès le lendemain matin. Lizzie n’oublierait jamais cet instant parce qu’elle l’aimait et n’attendait que cela. S’enfuir ne servirait à rien, et surtout n’apporterait rien à Sonny. Il n’était pas lâche et savait endosser nombreuses responsabilités lorsqu’il le fallait. Il était temps de continuer sur cette lancée. Qu’importe ce qu’il venait de dire, qu’importe la gravité de la situation et les conséquences désastreuses que tout ceci allait engendrer dès le lendemain matin. Pour l’heure, les lèvres de Sonny s’étaient posées sur celles de Lizzie, tandis que la jeune femme pleurait encore et encore.

Des larmes. De la tristesse. Sonny s’en voulait désormais de son petit discours. Pourquoi diable avait-il débité toutes ces choses sans réfléchir ? Pourquoi diable s’était-il laissé emporter ? Il ne se comprenait pas, mais quitte à aller à sa perte, autant creuser soi-même le trou. Ainsi donc, faire taire les pleurs de Lizzie en l’embrassant une nouvelle fois semblait la façon idéale d’oublier toutes les pensées qui gravitaient désormais dans son esprit. Mais Sonny avait beau se contenter de cette excuse bidon pour se rassurer, il prenait petit à petit conscience de la réalité : il en avait envie. Terriblement envie. Et ce, depuis le jour où ses yeux s’étaient posés sur la femme qu’elle était devenue grâce à la guerre. Il y avait beau avoir Silver, le lien qui l’unissait à Lizzie était encore présent même si très fragile. Et tant qu’il n’aura pas cassé net, Sonny continuerait encore et encore à vouloir son premier amour à ses côtés. C’était plus fort que lui, il ne pouvait lutter. Lorsque la jeune femme se mit déboutonner les boutons de sa chemise, Sonny planta son regard dans le sien. Puis, prenant son courage à deux mains, reprit la parole. « Je… Lizzie… On ne devrait pas. C’est mal. Pour toi, pour moi, pour nous. » S’ils allaient plus loin, plus jamais ils ne seraient amis. Lizzie en souffrirait et Sonny s’en voudrait terriblement pour Silver. La réalité les frapperait de plein fouet à peine l’acte terminé. Il le savait. Et pourtant, malgré ses paroles tremblotantes, il continuait toujours à embrasser la jeune femme. Il n’arrivait plus à éloigner ses lèvres des siennes, et s’amusait désormais à les faire glisser dans le cou de la jeune femme. « Oh et puis MERDE ! » Un rire s'échappa doucement de ses lèvres. Lui qui d’ordinaire ne jurait jamais venait de le faire. La vie devait être vécue pleinement. Le chemin qu’il avait tracé et qu’il continuait à suivre se trouvait toujours à l’horizon. Effectuer un détour ne le tuerait pas. Pour une fois dans sa vie, Sonny avait envie de dépasser les limites, faire quelque chose de fou, quelque chose d’interdit. Sans attendre, il se saisit de la main de Lizzie, et l’entraîna dans les escaliers puis jusqu’à sa chambre. Alors qu’il refermait la porte, il la plaqua dos contre l’objet de bois et reprit là où ils s’étaient arrêtés. Elle l’avait connu timide et peu sûr de lui. Inexpérimenté même. Depuis le départ de Lizzie, Sonny avait connu d’autres femmes et s’était plu à découvrir l’acte charnel. Il y apportait cependant beaucoup d’importance et ne le faisait pas avec n’importe qui. C’était bien là la seule chose qui pouvait stopper net une envie. Ca, et sa volonté de respecter les femmes qu’il aimait par-dessous-tout, comme Silver, par exemple. Lizzie n’était pas n’importe qui et il avait tant rêvé de cet instant par le passé qu’il venait d’oublier le danger qui rôdait.  
Elizabeth Rosebury a écrit:


Il n'y avait plus rien ni personne pour les retenir cette fois. La peur de n'être qu'une passade adolescente s'était évaporée dans l'esprit d'Elizabeth. La peur de la première fois avait même disparu. Le monde entier s'était soudainement arrêté de tourné. Il n'existait plus rien que Sonny et elle, enlaçaient et l'envie qui montait en elle. Une chaleur étouffante envahissait son corps et embrumé complètement son esprit. Elizabeth était incapable de raisonner. Elle ne voulait plus réfléchir. Plus rien ne compter que le corps chaud de Sonny contre le sien, que ses baisers à répétition et le bien fou que cela lui procurait. Elle pouvait sentir des milliers de papillon s'affoler dans son ventre comme lorsqu'ils étaient jeunes et qu'il la serrait dans ses bras. Elizabeth n'avait jamais connu cette sensation avec un autre. Elle avait souvent imaginé leur première fois. Elle avait toujours su que ce serait avec lui et pas avec un autre. Ses gestes, bien qu'imprécis, finirent pas payer et elle pu sentir la peau douce de Sonny contre ses mains. « Non, non c'est parfait. C'est ce que je veux... » Et lui aussi devait le vouloir. Pourquoi l'embrasser sinon ? Pourquoi lui dire toutes ces choses ? Le doute s'installa une minute dans son esprit et à nouveau Lizzie se mit à réfléchir. Mais quand les baisers reprirent de plus belle tout était terminé. La raison se tût et les pulsions si longtemps enfouies reprirent le dessus. Son chandail tomba au sol tandis que Sonny jurait et riait. Elle ne l'avait jamais vu se lâcher ainsi. Ou du moins n'en avait-elle aucun souvenir sur le moment. Le voir agir ainsi lui fit réaliser qu'il avait changé. Néanmoins ce furent presque deux adolescents qui se précipitèrent dans les escaliers pour les gravir. Elizabeth se surpris même à rire.

La chambre de Sonny. Elle n'y était plus allé depuis dix ans. Et pourtant tout lui était si familier. Elle n'eut pas le temps de s'attarder sur les détails. Sonny reprenait ses assauts qu'elle accueillit avec plaisir. Il avait l'air de savoir exactement quoi faire tandis que Lizzie était une novice inexpérimentée. Dans sa vie amoureuse il n'y avait eut que lui. Personne d'autre. Jamais. Alors lorsqu'il lui ôta son haut et qu'elle dévoila la moitié de son corps Lizzie stoppa net toutes activités. Il avait changé bien sur. Il ne l'avait pas attendu contrairement à elle. Mais ça n'était pas ce qui inquiétait Elizabeth. Elle n'avait jamais fait l'amour avant. « Sonny attends... Je... » Presque honteuse de devoir lui révéler cet élément alors qu'elle était bientôt âgée de 27 ans, elle baissa les yeux sur ses pieds nus. « Je n'ai jamais... » Impossible de le dire. Les mots restaient coincés au fond de sa gorge. 27 ans et encore pucelle. Une vierge. Une pauvre vierge aigrie par le temps. Elle n'avait pas manqué de prétendants, bien au contraire. Mais aucun n'était assez bien. Aucun ne pouvait prétendre à son amour. Ils n'étaient pas Sonny. Aucun ne lui arrivait à la cheville. Et maintenant qu'elle lui  avait fait cette révélation il n'allait plus vouloir d'elle. Qui voudrait d'une femme de 27 ans inexpérimentée quand on peut avoir milles autres filles ? Lizzie se sentait ridicule. Elle n'avait pas 27 ans mais bien 17 ans en ce moment. Rien dans sa vie ne semblait avoir changé. L'expérience gagnée au cours de son apprentissage militaire n'était rien. Ses bras tombèrent mollement le long de son corps. Sauf la droite. Sonny lui rattrapa le poignet au vol. Elle s'empêcha de grimacer. Il devait sortir sa vilaine cicatrice. La dernière blessure qu'elle eut reçu au cours de toutes ces années de guerre. Relevant la tête vers lui, elle respira un grand coup. Son corps la brûlait. De désir, de frustration, de honte. Elle avait réellement envie de lui. Maintenant, tout de suite. Elle se sentait prête, bien que désormais nerveuse. Confier ce genre de secret est une étape importante. Elle n'aurait pas pu le dire à quelqu'un d'autre. Elle n'aurait jamais pu faire l'amour pour la première fois avec un autre que lui. Sonny avait été son tout premier amour et l'était resté jusqu'à présent.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Toute sa vie, Sonny s’était demandé ce qu’ils seraient devenus, Lizzie et lui, si elle n’avait pas fui pour faire la guerre. Auraient-ils été heureux ensemble ? Formeront-ils encore un couple aujourd’hui ? Auraient-ils des enfants, une maison, des animaux ? Et puis, avec nombreux efforts et coups de pieds aux fesses de la part de ses proches amis, Sonny avait arrêté de se torturer l’esprit avec des interrogations aussi inutiles que celles-ci. Pour cause, Lizzie était partie et rien ne serait jamais comme avant. Pire, elle ne reviendrait peut-être pas. Le cœur de Fitzgerald allait réapprendre à battre pour d’autres femmes. A quoi bon ressasser le passé et rêver d’un futur ? En agissant de la sorte, Sonny se fermait des portes avec les autres femmes. C’est avec cette pensée qu’il s’était relevé pour mieux avancer. Il avait alors continué sa route, rencontré d’autres filles et avait même formé le temps de quelques temps un couple avec certaines. Oui, après le départ de Lizzie et une année de dépression et souffrance liée à l’échec de leur relation, Sonny avait réappris à vivre. Il avait aimé terriblement des femmes croisées par hasard. Et il avait fait l’amour, surtout. Mais toujours par amour, jamais pour le simple plaisir de le faire. Il avait offert bien plus que son cœur. Son corps avait su donner du plaisir et du bonheur à d’autres. Longtemps, il avait cru que Lizzie serait la première. Il n’en fut rien. Il ne l’avait pas attendu, et c’était normal. Elle l’avait laissé sur le bas côté et il avait décidé de reprendre sa route seul, avec la certitude qu’il ne terminerait pas son voyage sans compagnie. Il avait eu raison. Il avait été heureux. Et même si ses différentes relations n’avaient mené à rien, il avait gardé l’espoir de rencontrer la bonne. Toujours. Même dans ses moments de doute et de tristesse. Si on lui avait dit qu’il finirait bel et bien à coucher avec Lizzie, il n’y aurait jamais cru. Persuadé qu’elle finirait par se mettre en couple avec un autre soldat qui comprendrait, lui, sa façon de voir les choses, il avait enfoui dans un coin de son esprit leur première fois à tous les deux.

Aujourd’hui, cette pensée lui revenait en pleine figure. Ils étaient là tous les deux dans sa chambre, prêts à gravir le point de non retour. Devaient-ils vraiment le faire ? Après tout, ils avaient du attendre tous les deux cet instant avec une certaine appréhension mais n’est-ce pas trop tard pour agir ? Dix ans s’étaient écoulés. Ils ne formaient plus un couple et Sonny n’arrivait tout simplement pas à dissocier le sexe et l’amour. Pour lui, cela se faisait entre deux êtres amoureux. Pas deux personnes qui s’étaient longtemps éloignées, voire même détestées. C’était impensable. Il ne pouvait pas faire cela mais l’envie y était. Et pour la première fois de sa vie, Sonny décida de ne pas écouter sa raison et ses principes. Juste son cœur et ses désirs. Peut-être allait-il tout regretté le lendemain, mais ce n’est pas grave. Il assumerait cette « bétise ». Au fond de lui, une certitude spéciale naissait : il lui fallait faire l’amour avec Lizzie. Parce qu’elle avait été sa première petite amie, la première femme qu’il avait aimée. Parce que leur relation était arrivée à ce point là juste avant la fuite de Lizzie et qu’un sentiment amer était resté en lui durant un bon moment. Parce qu’ils avaient été faits l’un pour l’autre par le passé et que mettre un point final sur leur relation en faisant l’amour était bien mieux qu’en n’ayant plus aucune nouvelle.

Les lèvres de Sonny glissaient avec une facilité déconcertante sur la peau nue de Lizzie, comme s’il connaissait par cœur son corps, comme s’il avait fait ça toute sa vie. Pourtant, il ne savait rien d’elle à ce niveau-là. Mais cela ne le déstabilisa même pas, contrairement à ce qu’il aurait pu penser. Il avait envie de bien faire pour qu’elle ne puisse jamais l’oublier. Au fond, ses intentions n’étaient pas entièrement bonnes. La volonté de laisser une trace indélébile en elle était grande.  Mais n’était-ce pas humain d’être quelque peu égoïste après un tel échec ? Les mains de Sonny se saisirent des hanches de la jeune femme avec fermeté et tandis qu’il couvrait son cou de baisers, Lizzie brisa le silence de la pièce. Tout d’abord, Sonny continua son entreprise tout en écoutant la jeune femme jusqu’à ce qu’il saisisse l’importance de ses propos. Il stoppa net. Posant son regard dans celui de Lizzie, il reprit doucement son souffle. Elle n’avait jamais fait l’amour, et il serait donc le premier. Un frisson parcourut soudainement son corps. Le passé venait de les rattraper, à un détail près : Sonny ne l’avait pas attendu. Devait-il continuer ? Il ne savait plus. La pureté de Lizzie n’était pas à prendre à la légère, d’autant plus qu’il n’avait aucune idée de ce que le lendemain serait fait. « La question n’est pas de savoir si cela me pose problème, mais plutôt de savoir si tu en as vraiment envie, Lizzie. » Il ne ferait rien sans que Lizzie saisisse l’importance de la situation. Il ne pouvait pas lui garantir le bonheur après cet instant charnel. Il ne pouvait pas prétendre l’aimer à nouveau comme le passé. Parce que tout ceci était révolu. Il y avait Silver, et Lizzie ne devait pas l’oublier. Attendant une réponse de la jeune femme, Sonny se risqua à un dernier baiser avant de s’asseoir sur son lit. Si elle le rejoignait, alors ils le feraient. Mais si elle souhaitait partir avant que cela ne soit trop tard, alors il comprendrait.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Son cœur avait cessé de battre. Ses poumons ne brassaient plus d'air. Son corps tout entier s'était comme figé et ses organes ne répondaient plus de rien. Être dans l'attente d'une quelconque réaction l'effrayait. Elle s'attendait à le voir quitter la pièce d'un instant à l'autre. Il en aurait le droit. En lui disant qu'elle n'avait jamais fais l'amour avec quiconque elle lui disait qu'elle l'avait attendu. Lizzie n'avait jamais cessé de l'aimer et de croire en eux. Même en sachant que lui devait vivre une vie tout à fait normal à Sand Valley. En sachant qu'il avait dû l'oublier. Elle ne lui en voulait pas et n'en avait pas le droit. En le quittant ce jour là elle avait renoncé à ses droits sur lui. Elle lui avait rendu sa liberté et elle espérait qu'il avait pu être heureux. Il le méritait plus qu'elle qui avait sacrifié leur relation sans un regard en arrière. Un geste qu'elle regrettait profondément. Mais ce soir elle ne pensait pas à tout ça. Pas maintenant. Rien d'autre ne comptait que la réaction de Sonny. Si aux premiers abords il n'avait pas eut l'air de l'entendre, il stoppa très vite tout mouvement pour la regarder. Elle ne s'en sentit que plus gênée. Pourtant il n'y avait aucune raison. Elle avait toujours su que Sonny serait son premier amour. Le seul et unique. Lorsqu'ils étaient jeunes elle attendait ce moment. Elle savait qu'il arriverait tôt ou tard et l'attendait vraiment. Il ne pouvait être autrement entre eux. Et pourtant elle était partie laissant leur projets derrière. Ils n'avaient jamais passé le cap charnel mais Lizzie l'avait toujours voulu. Et elle le voulait ce soir. Il lui était impossible d'imaginer ce moment avec un autre. Elle n'avait confiance qu'en lui. Ils se connaissaient. Si Sonny avait désormais de l'expérience et avait changé depuis leur histoire, elle savait qui il était vraiment. Elle connaissait sa douceur. Il l'embrassa tendrement avant de s'asseoir au bord du lit, attendant visiblement sa réponse. Tout se jouait maintenant. Sa décision allait tout changer entre eux. Si elle choisissait de fuir ils resteraient peut-être amis mais un goût amer et des « si » resteraient à la surface. Et si elle le rejoignait alors leur amitié ne serait plus qu'un souvenir. Ils deviendraient plus que de simples amis, ils retrouveraient leur passé. Et en même temps il y avait une part d'elle qui lui criait que cela serait une erreur. Qu'une fois le matin arrivé, certes tout serait différent, mais leur histoire n'irait jamais plus loin. Quelque chose s'était brisé entre eux par sa faute. Si elle acceptait de sauter le pas avec Sonny, elle se privait de peut-être faire ça avec un autre qui l'aurait réellement aimé en retour. L'ombre de Silver flotta un instant au dessus de la tête d'Elizabeth. Elle la balaya rapidement en avançant vers Sonny. Sa décision était prise. Elle avait attendu ça pendant 10 ans. Elle prit les mains de Sonny et les posa sur ses hanches. Les yeux rivés dans les siens elle était à la fois sure d'elle et quelque peu effrayée par l'inconnu. Ce dont elle était certaine à 100% c'était de vouloir Sonny. Plus que tout. Ses lèvres retrouvèrent avec aisance le chemin vers celle de son Sonny. Cette fois plus rien n'existait. Il n'y avait qu'eux. Et peu importait ce dont le lendemain serait fait. Elizabeth n'y pensait plus. Elle ne sentait que les mains de Sonny contre sa peau, ses baisers effrénés et sa respiration chaude.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Assis au bord de son lit, Sonny attendait. Il ne voulait pas choisir pour Lizzie. Il voulait lui laisser les cartes en main, une nouvelle fois mais plus encore que précédemment. Il le fallait, perdre sa virginité n’était pas rien. Lizzie ne devait pas oublier qu’il y avait l’ombre de Silver qui planait sur eux, ni même les mauvais souvenirs du passé. Sonny n’était plus l’adolescent qu’elle avait aimé il y a dix années. Il avait grandi, il était devenu un homme et surtout ses envies avaient changé. Il ne s’imaginait plus en sa compagnie en tant que couple. Leur amour s’était envolé en même temps que Lizzie. Certes, certains sentiments possédaient encore leur cœur, mais plus suffisamment pour envisager un futur ensemble. Sonny avait peur de ce que pouvait faire la jeune femme. Il ne voulait plus souffrir. Elle était partie, l’avait sacrifié sans même lui en laisser le choix et il ne l’oublierait jamais. A jamais crachée en lui, sa souffrance ne cesserait jamais d’exister. Elle l’avait déçu et rien ne pourrait jamais cela. Pas même un corps à corps doux et passionné. Pas même le regard de Lizzie sur lui après l’acte charnel. Pas même les baisers qu’elle lui donnait. C’était fini tout cela, et si aujourd’hui l’envie possédait Sonny, c’était tout simplement pour conclure leur histoire. C’était en tout cas ce que lui pensait en ce moment même. Il ne voulait plus paraître faible aux yeux de son entourage. Lizzie lui avait planté un couteau dans le dos par le passé et une telle douleur ne s’oubliait jamais. Alors oui, il sentait son corps vibrer par l’envie et le désir. Oui, Lizzie faisait battre son cœur à toute allure. Mais était-ce de l’amour ? Oui, mais pas celui qui transporte. Simplement de l’amour et une grande nostalgie. Pas de sentiments amoureux qui amènent sur un petit nuage comme ceux qu’il éprouvait pour Silver à l’heure actuelle. Sonny releva la tête et contempla le visage pensif de Lizzie, qui devait sans doute peser le pour et le contre de cette situation. Et elle avait raison. Elle ne devait pas prendre à la légère cette situation. Les conséquences n’étaient jamais bien loin. Sonny se sentait presque coupable de penser de telles choses, mais les faits étaient là. Faire l’amour avec Lizzie allait sans doute être un moment merveilleux mais il ne serait pas l’instant parfait qu’il avait tant rêvé par le passé. Parce qu’ils avaient tout deux évolué et parce que de l’eau avait coulé sous les ponts depuis. C’était comme ça, il ne pouvait lutter contre la réalité. Et c’était bien pour cela qu’il respectait Lizzie. Pour rien au monde il ne la pousserait à faire une telle chose alors que lui-même n’était pas convaincu du résultat final.

Finalement, Lizzie le rejoignit et prit ses mains pour les poser sur ses hanches. Alors voilà, le moment était arrivé d’agir. Le regard que posa Sonny était représentatif des sentiments qui s’étaient emparés de son corps. L’envie était bien présente. Si elle le voulait, alors il ferait tout ce qui était en son possible pour que cet instant soit parfait aux yeux de Lizzie. Il se releva, ne lâchant pas des mains le corps de la jeune femme et l’attira à lui, de sorte à ce que leurs corps se touchent totalement. Puis, il reprit là où il s’était arrêté, à savoir ses lèvres sur celles de Lizzie pour un baiser bien plus fougueux que les précédents. Elles glissèrent sur son menton puis vers son oreille. Il y murmura d’ailleurs quelques mots sur un ton très doux. « J’espère que tu ne le regretteras pas. Je vais faire mon possible pour que tout se passe bien. Mais cela va bien se passer, je te le promets. » Oui, Sonny était toujours l’homme attentionné et rassurant qu’il avait été par le passé avec Lizzie. S’éloignant quelque peu, il fit basculer la jeune femme dos contre le matelas du lit et se positionna au dessus d’elle. Cette fois-ci, sa bouche entreprit un voyage dans le cou de la jeune femme, puis sur sa poitrine où il s’attarda quelques instants. Sonny n’était pas un amant parfait et exemplaire, mais il savait ce qu’il devait faire pour combler de plaisir la femme. Il n’était pas dans la compétence mais dans la qualité. Ses gestes n’étaient pas précis, mais quelque peu maladroits, mais cela ne gâchait en rien l’instant parce qu’il était Sonny tout simplement. Parce que le regard qu’il portait sur Lizzie respirait la douceur. Parce qu’il savait mettre à l’aise. Descendant ses lèvres jusqu’au ventre de la jeune femme, il se redressa finalement. Ses mains glissèrent à leur tour sur le corps de Lizzie délicatement. Il était désormais tard pour faire marche arrière et c’est pour cette raison qu’il enleva son jean et la jupe tâchée de son premier amour. Et très vite, alors que leurs lèvres se rencontrèrent une nouvelle fois pour un long baiser passionné, les deux anciens adolescents transis d’amour surent ce qu’ils devaient faire, à savoir débarrasser l’autre de leurs derniers sous-vêtements. L’excitation se lisait fortement dans leurs yeux. Suffisamment pour savoir qu’il était temps d’aller plus loin. Alors, Sonny rendit la rencontre de leurs corps la plus douce possible pour que Lizzie ne souffre pas. Attentif à la moindre expression sur le visage de la jeune femme, il la couvrit de baisers pour qu’elle ne pense à plus rien si ce n’est ses lèvres sur sa peau.  Les premiers coups de reins du jeune Fitzgerald se faisaient hésitants, il n’avait jamais fait l’amour avec une femme inexpérimentée et il ne voulait pas gâcher cet instant précieux aux yeux de Lizzie avec sa maladresse. Pourtant, son regard plongé dans celui de la jeune femme, il prit conscience qu’elle appréciait ce moment d’intimité qu’ils partageaient et il prit alors de l’assurance.

Allongés côte à côte, Sonny reprenait doucement sa respiration. Il ne pouvait pas nier avoir apprécié ce corps à corps avec Lizzie. Aucun regret ne s’était emparé de son esprit. Il se sentait bien, loin de toute déception. Ce n’était pas comme il l’avait tant imaginé par le passé, mais c’était bien tout de même. Très bien, même. Lizzie avait-elle apprécié ? C’était bien là le plus important.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Le moment était finalement arrivé. Certaines jeunes filles l'attendaientt toute leur vie comme Lizzie qui avait toujours cru qu'elle ne pourrait donner sa virginité qu'à l'homme dont elle était amoureuse. Et si Sonny était passé à autre chose, elle non. Elle nourrissait toujours un amour profond et sincère pour lui. Qu'importe si personne n'y croyait. Elle savait pourquoi son cœur battait si fort en cet instant. Elle avait rêvait d'enfin pouvoir toucher sa peau, de sentir ses mains sur son corps et de goûter à nouveau à ses baisers. Sa décision prise, Sonny ne la repoussa pas. Elizabeth ne pensait plusà reculer ni à savoir si ce qu'ils faisaient était bien ou mal. Elle ne pensait plus au lendemain et à la possibilité qu'il ne veuille pas d'elle au petit matin. Toutes ces pensées néfastes avaient été balayé d'un seul coup. « J'ai confiance en toi. » A peine ces quelques mots murmurés que les choses s'accélérèrent. Sonny était le même homme. Passionné, tendre et plein de bonnes intentions. Si elle avait entendu dire que la première fois faisait mal Lizzie ne s'inquiétait pas plus que cela. Elle était avec Sonny et il ne lui avait jamais fait de mal avant. La chaleur dans son corps monta d'un cran. Elle avait l'impression de brûler aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur mais la sensation n'était pas désagréable et les embrassades de Sonny rendait la chose largement supportable. Elle se mordit les lèvres tandis qu'il la débarrassait des derniers bouts de tissus qui les tenaient écarter du corps à corps charnel. Si les gestes de Sonny étaient quelques peu imprécis, Lizzie les appréciaient et l'excitation ne cessait de monter en flèche en elle. Ses yeux pétillaient d'une lueur jusqu'alors inconnue et sa poitrine se soulevait à un rythme plus effrénée que d'ordinaire. Le grand moment était arrivé et l'anxiété reprenait le dessus. Les bras enroulés autour de Sonny elle ne quittait pas ses yeux du regard. Ils la réconfortait, la rassurait. Le souffle court, elle le sentit finalement en elle. Impossible de nier la douleur. Traversant son corps de part en part pour finalement s'estomper. C'était toujours moins douloureux qu'une balle vous transperçant la chair. Après la douleur venait le plaisir, même si elle imaginait les prochaines fois d'autant plus intense. Lizzie rouvrit les yeux et sentit un goût de sang dans sa bouche. Elle s'était mordu la lèvre jusqu'à se faire saigner. Aucune importance. Elle regardait Sonny et appréciait ce moment. Ils ne faisaient plus qu'un. L'osmose était parfaite.

Couchée près de lui, Lizzie regardait le plafond. La douleur s'était évaporée. Elle avait même apprécié ce moment d'intimité ultime. Sonny avait été parfait. Certes elle n'avait pas de point de comparaison mais il l'avait vraiment été. Doux et attentif aux moindres détails. Lizzie en revanche doutait d'avoir été à la hauteur. Elle n'avait strictement aucune expérience et se sentait ridicule. Peut-être avait-elle pris du plaisir trop vite ? Peut-être avait-il trouvé qu'elle n'y mettait pas assez de conviction. Encore essoufflée par l'acte, elle vint se blottir contre lui, déposa un baiser dans son cou et lui murmura au coin de l'oreille des mots qu'elle aurait dû lui dire plus souvent lorsqu'ils étaient ensemble. « Je t'aime. » Sincère dans ses propos elle regrettait de ne pas avoir eut le cran de le lui dire plus souvent et surtout de ne pas le lui avoir dit le jour de son départ. Elle regrettait également de ne pas lui avoir envoyé ces lettres où elle lui avait écrit cent fois qu'elle aimait. Mais maintenant, après avoir fait l'amour avec lui, elle avait besoin qu'il sache. Elle n'avait pas perdu sa virginité dans un élan de vouloir devenir une vraie femme. Elle l'avait fait par amour. Parce qu'elle voulait que ce soit Sonny et pas un autre. Parce qu'il était toujours le seul homme à occuper son cœur.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Voilà, ils l’avaient fait. Enfin. Pourtant, Sonny ne se sentait pas pousser des ailes. Il était heureux, certes, et il avait vécu l’instant avec un plaisir grandissant mais ce n’était pas spectaculaire comme il l’avait tant imaginé par le passé. Une première fois marquait à vie et si peut-être il l’avait vécu avec Lizzie alors il aurait apprécié ce moment d’intimité d’une toute autre manière. Mais il ne servait à rien d’émettre des hypothèses, la réalité rattrapait toujours les rêves et les pensées. Allongé sur son lit, la jeune femme à ses côtés, Sonny contemplait le plafond attentivement. Il n’osait même pas tourner la tête, de peur de croiser un regard qu’il ne saurait affronter. Lizzie avait sans nul doute vécu cet acte charnel différemment du jeune homme, et c’était bien là le problème. Il avait fait une terrible erreur et il s’en rendait compte au fur et à mesure que les secondes les éloignaient de leur corps à corps. Il n’aurait jamais du pénétrer l’intimité de Lizzie, parce que seul un homme terriblement amoureux en avait le droit. Et lui, il ne l’était plus. Le temps avait fait des ravages sur leur relation, il le savait. Et pourtant, il l’avait fait. Une boule au ventre, il ne savait pas comment réagir désormais. S’enfuir n’était pas possible, il s’agissait de sa chambre et cela ne correspondait en rien à sa personnalité. Qui plus est, même si lui n’avait pas su apprécier l’instant charnel à sa juste valeur, il savait que cela n’était pas le cas de Lizzie et il ne voulait pour rien au monde lui gâcher la chose. Elle méritait au moins qu’il la traite dignement. De toute façon, même lorsque Sonny avait été particulièrement maladroit avec une femme, il n’avait jamais pris la fuite. Il avait toujours attendu que l’amante se réveille pour s’assurer que tout allait bien. Il préférait être congédié, blessé dans son amour propre plutôt que faire du mal à un être humain. Et ce n’était pas aujourd’hui que cela allait changer. Même si il ne formait pas un couple avec Lizzie, il allait assumer jusqu’au bout.

Perdu dans ses pensées diverses et variées, Sonny en avait presque oublié la présence de Lizzie à ses côtés. Lorsqu’elle s’approcha de lui pour déposer un baiser dans son cou et lui murmurer un mot d’amour, il réalisa alors que tout ceci était vrai. Et surtout, qu’il était temps pour lui de revenir à la réalité. Il ne sut guère répondre à ces quelques mots, pour la simple et bonne raison qu’il les avait tant attendus par le passé… en vain. Son cœur battit cependant un peu plus fort, sans doute d’appréhension et nervosité. Que dire ? Que faire ? Ne sachant guère comment réagir et ne voulant surtout pas gâcher l’instant présent, Sonny se contenta de poser ses lèvres sur le front de la jeune femme avant de la serrer fort contre son torse. Intérieurement, il ne put s’empêcher cependant de se parler à lui-même. « Moi aussi…. Je t’ai aimé Lizzie. Terriblement. Mais la guerre est passée par là, arrachant mon cœur pour le piétiner sauvagement. » Bien sûr, il ne dit rien à haute voix. Ses yeux se brumèrent cependant doucement et légèrement. Il aurait du être heureux d’avoir enfin fait l’amour avec Lizzie, mais il ne savait même plus quel sentiment ne faisait vibrer son cœur présentement. Un mélange sans doute de choses diverses et variées, rien qui ne présageait quelque chose de bon à l’avenir malheureusement. Il avait voulu marquer à tout jamais la vie de Lizzie en lui volant sa virginité, il lui avait laissé le choix et elle avait accepté. Ils étaient tout deux fautifs. Les souvenirs, la nostalgie et leurs retrouvailles gênées avaient contrôlé totalement leurs esprits au point de les pousser dans les bras l’un de l’autre. Le destin était terrible, parfois. Mais personne ne pouvait l’affronter. Respirant un grand coup, Sonny serra encore un peu plus fort Lizzie et ramena la couverture sur les deux corps nus. Il était tard, la nuit s’était couchée depuis un long moment déjà et leur moment d’intimité avait fait naître en eux une fatigue agréable. Sonny tendit alors le bras vers la lampe posée sur la table de son chevet, qu’il n’avait pas oublié d’allumer après s’être assis sur le lit un peu plus tôt dans la soirée, et l’éteignit. La pièce fut alors plongée dans le noir.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Elle n'attendait aucune réponse particulière. Elle voulait simplement qu'il sache que ses sentiments étaient intactes, que la petite Lizzie de 16ans sommeillait encore en elle. Au fond elle n'avait pas changé. Son corps oui, mais dans son esprit Elizabeth était restait la même. Ou presque. Elle ne pouvait pas nier que son expérience de la guerre l'avait changé à tout jamais. Cependant, la fillette que Sonny avait connu n'avait pas totalement disparu. Elle se manifestait encore parfois et cela ne changerait pas. Parce qu'Elizabeth était fragile. Bien plus que quiconque pouvait le croire. Et son équilibre mental s'était encore fragilisé lors de son passage en Irak et de sa toute dernière mission. Mais tout ça n'avait aucune importance maintenant. Pour la première fois depuis bien de mois elle n'y pensait pas. Son esprit était entièrement vide. Libérée des visions cauchemardesque qui l'envahissait chaque nuits, Elizabeth se sentait bien, en sécurité. Rien ni personne ne pouvait venir entacher ce petit moment de plaisir. On ne pourrait jamais lui enlever ce souvenir. Sonny était tout à elle pour cette nuit. Blotti contre lui, elle ferma les yeux tandis qu'il resserrait son étreinte et les couvraient d'un drap. La nuit tombait au dehors et elle se sentait fatiguée, prête à se donner aux bras de Morphée. La nuit et l'obscurité totale ne l'effrayait pas. Pas ce soir. Toutes les mauvaises choses étaient tenues à distance grâce à Sonny. Elle n'avait plus peur de s'endormir et de se laisser aller. Peut-être allait-elle enfin passer une nuit tranquille et complète. Elle sourit en sentant ses lèvres se poser sur son front. Comme avant. Tout était redevenu normal. Lorsqu'il éteignit la lampe, Elizabeth sombra presque aussitôt dans le sommeil mais non sans penser encore à ce moment magique qu'ils venaient de vivre. Elle ne se sentait pas différente. Bien sur sa vision de Sonny avait changé et probablement ne pourrait-il plus la regarder comme auparavant mais elle se sentait étrangement bien. Un calme qu'elle n'avait plus connu depuis longtemps régnait dans son esprit. Blotti tout contre le corps chaud de Sonny elle s'endormit sans se préoccuper des éventuels cauchemars qu'elle pourrait faire. Il était là, contre elle et veillait sur elle comme il l'avait toujours fais lorsqu'ils étaient enfants.



T H E E N D

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I'm in love with you, and I'm not in the business of denying myself the simple pleasure of saying true things.
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Marylou Odair

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:10

Every second of day it is coming your way (lizzie)

Sonny Fitzgerald a écrit:
Une semaine s’était écoulée depuis le fameux dîner avec Lizzie. Sept jours, sept nuits. Cent soixante-huit longues heures sans sentir l’air frais caresser son visage, sans voir la lumière du jour. Oui, Sonny était resté enfermé dans sa chambre durant toute cette durée. La soirée qu’il avait passé avec son premier amour aurait pu être magique, après tout n’était-ce pas le sentiment que l’on ressentait lorsque l’on faisait l’amour avec l’être aimé ? Oui mais, il y avait bien un mais, Sonny n’aimait pas Lizzie. Et c’était le détail qui fichait tout en l’air. Coucher avec elle avait été une terrible erreur. Les regrets se faisaient de plus en plus importants, étouffant son cœur. La jeune femme avait désiré cet instant, et Sonny s’était montré particulièrement faible en lui offrant cela. Il n’aurait jamais du se plier à l’envie de Lizzie, et pourtant il l’avait fait. Si ressasser le passé ne servait à rien, il en était de même pour l’enfermement que c’était volontairement affligé le jeune Fitzgerald. Pourtant, il en avait éprouvé terriblement le besoin. Ne pas croiser Lizzie était essentiel à sa survie et à sa santé mentale, surtout. Il se sentait suffisamment mal comme cela pour passer sa colère envers lui-même sur Lizzie qui avait au fond rien demandé à personne. Rester tout seul dans sa chambre d’adolescent ne l’avait pas apaisé mais c’était dans une certaine ambiance de sécurité qu’il avait passé cette semaine à se remettre en question. Si Ahna, Chris ou Peter le voyaient ainsi, sans nul doute qu’ils auraient employé la manière forte pour le déloger de son environnement. Mais aucun d’eux n’était parvenu à déceler le malaise intérieur que subissait Sonny depuis ce fameux soir où tout s’était écroulé. L’équilibre et la vie qu’il s’était efforcé à construire depuis le départ de Lizzie ne tenaient plus qu’à un fil à cause de cette dernière. Pourtant, il n’arrivait pas à lui en vouloir. A quoi bon ? On ne faisait pas l’amour seul, il avait accepté si bien qu’il devenait le principal coupable de toute cette histoire. Un refus aurait été possible, mais il ne l’avait pas offert à Lizzie pour une bien mauvaise raison : la marquer à tout jamais de son empreinte, comme elle l’avait fait dix longues années plutôt. C’était égoïste, cela ne lui ressemblait pas mais c’était la réalité. Comment voulez-vous expliquer cela à l’ancienne militaire ? C’était bien trop dur et brutal à entendre, il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à lui dire la vérité. La fuir s’était donc révélé une solution parfaite pour retarder le moment où tout volerait à nouveau en éclats.

Cette lâcheté touchait à sa fin. Ce matin-là, en se levant, Sonny s’était juré d’être un homme, un vrai, et d’affronter son destin. Rejetant sa couverture au bout du lit, il avait expiré un grand coup avant de gagner la salle de bains. Une bonne douche bien fraîche l’aiderait définitivement à se remettre d’aplomb pour affronter la dure réalité des choses. Ses parents, mais surtout sa mère, ne supportaient plus de le voir errer de sa chambre à la salle de bains, ou de sa chambre au frigo. Et Sonny aussi, d’ailleurs. Alors, lorsqu’il constata, après avoir gagné la cuisine, que le frigo n’était plus très rempli, il se prit d’envie de faire plaisir à sa famille, pour mieux se faire pardonner. Faire quelques courses ne demandait pas un effort surhumain et les chances de tomber sur Lizzie en ce lieu étaient peu nombreuses, pas vrai ? Malheureusement, ce n’était pas le cas. Tandis que Sonny marchait entre les différents rayons pour remplir son panier, son regard tomba sur la jeune femme qui venait de tourner et d’entrer dans la même allée que lui.  Quoi faire ? Sa première réaction fut d’avancer de quelques pas, faisant mine de ne pas l’avoir remarqué, et de se saisir d’une boîte de conserve qui traînait sur les étagères à hauteur de sa main. Mais tout ceci ne pouvait pas durer bien longtemps et lorsqu’elle toucha le fond du panier, Sonny dut bien se résoudre à lever la tête. Lizzie se trouvait désormais à quelques pas de lui et il passa sa main dans ses cheveux nerveusement avant de dire. « Salut. » Il fallait bien un début à tout. Tâchant de ne pas avoir l’air coupable, Sonny lui adressa un léger sourire. Après tout, il aurait pu être malade durant ces sept journées.
Elizabeth Rosebury a écrit:


La plus longue et horrible semaine de sa vie prenait fin. Elizabeth avait cru ne jamais en voir le bout. Entre les mauvaises nouvelles et les rencontres indésirables, elle avait eut son lot de malheurs et espérait bien voir le soleil réinvestir sa vie sous peu. En réalité depuis ce dîner avec Sonny elle n'avait pas réellement connue de moments heureux. Il n'y avait eut que sa séance très girly avec Teddy qui l'avait fait sourire. En dehors de ça rien. Des disputes, des coups bas et des espoirs ruinés, voilà ce qui avait composé sa triste semaine. Elle n'avait pas réussi à joindre Sonny le lendemain, après leur nuit à deux. Ni le surlendemain. Encore moins les jours qui suivirent. Elle avait beau laisser des messages il ne la rappelait jamais. Elle était passé une fois ou deux devant chez lui mais encore une fois rien. Elle n'avait même pas osé sonner à sa porte de peur de tomber sur ses parents qui ne la portait plus dans leur cœur depuis un bon moment. Comme le reste de la ville d'ailleurs. Elizabeth se sentait plus seule que jamais. Elle n'avait plus personne sur qui compter et avait, encore une fois, fermé son cœur pour éviter de souffrir inutilement. Recluse dans sa chambre, Lizzie s'était surprise à donner raison à Chris. Elle se détestait pour ça. Autant qu'elle détestait Chris. Sonny évitait ses appels et cela non sans raison. Il était bel et bien passé à autre chose. Brisée par cette idée Elizabeth avait essayé tant bien que mal de se changer les idées mais à chaque fois l'image de Sonny s'infiltrait dans son esprit. Elle n'arrivait plus à penser correctement. Si autrefois elle avait su comment le faire disparaître l'espace de quelques heures, aujourd'hui elle n'en était plus capable. Le besoin pressant de vider son esprit pour se concentrer sur autre chose n'existait plus. « Si seulement je pouvais y retourner... » L'armée, le désert, les routes sinueuses, son humvee, ses hommes... Aussi étrange que cela puisse être, Elizabeth se sentait plus à l'aise là bas qu'à Sand Valley. Tout avait changé et peu importait ce qu'elle ferait, les gens lui ferait toujours sentir qu'elle n'était plus des leurs. Dans l'armée on le lui avait fait sentir dès le départ. Et puis avec les années, les médailles et les actions, Elizabeth avait changé la donne. A Sand Valley la bataille était perdue d'avance.

Plutôt que de s'apitoyer encore sus son sort, Elizabeth décida de prendre le taureau par les cornes et de sortir. Si Sonny ne quittait pas ses pensées, elle refusait de rester plus longtemps enfermée bien en sécurité au fond de son lit. Cela n'allait rien arranger et puisqu'elle avait décidé de rester ici autant ne pas baisser la tête et foncer. Elle ne donnerait pas à Chris ou aux autres satisfaction. C'était une battante et elle le prouverait d'une manière ou d'une autre. « Ramène nous donc quelques boîtes pour la semaine. » Prenant avec elle son sac rapiécé elle y fourra quelques sachets avant de prendre la direction du centre ville. Fredonnant un vieil air de country, Elizabeth passa devant la maison de Sonny. Vide. Elle ne s'y attarda pas et pressa le pas jusqu'à Temple Avenue où elle entra dans la supérette. Il lui était désormais impossible de s'ôter la vielle chanson qu'elle avait entamait sur le chemin et ne se soucia guère du fait qu'elle continuait à chantonner doucement. « I ain't got no cigarettes ! Ah, but..two hours of pushin' broom. Buys an eight by twelve four-bit room. I'm a man of means by no means. King of the road ! » En tournant au coin d'une allée où elle trouverait ce dont elle avait besoin, Elizabeth s'arrêta net dans son élan. Ses jambes refusèrent de la porter plus loin pendant quelques secondes avant que son cerveau ne reprenne enfin les commandes. Elle avança de quelques pas, juste assez pour qu'il la remarque. Ou plutôt pour qu'il cesse de l'ignorer. Il n'avait plus le choix et même si elle détestait avoir à le coincer de la sorte, Lizzie était contente de le trouver là. Elle déglutit péniblement et sourit. « Salut... » Elle ignorait comment agir. Elle qui avait passé une semaine entière à penser à ce moment, qui avait voulu le revoir, qui l'avait appelé, voire harcelé, des jours entiers. Elle ne savait pas, une fois de plus, comment réagir face à lui. Rien de tout ceci n'était voulu et si elle avait pu choisir jamais ils ne se seraient retrouvés au beau milieu des conserves ! C'était une situation bizarre qu'elle ne maitrisait pas. « Est-ce que tout va bien ? Je n'ai pas réussi à te joindre depuis... » Elle baissa les yeux, ne sachant pas vraiment comment dire les choses. Le sourire qui lui était apparu en le voyant ne disparaissait pourtant pas. « Enfin tu sais. »

Sonny Fitzgerald a écrit:
Parfois, le Destin vous jouait des tours. Et c’était le cas aujourd’hui pour Sonny. Certes, il avait pris la décision d’être un homme, un vrai, et d’assumer ses actes à l’égard de Lizzie. Mais cette rencontre presque brutale dans la supérette ne lui plaisait guère. Il aurait donné n’importe quoi pour la retrouver dans un endroit où peu de monde circulait. Personne n’avait besoin d’entendre ce qu’ils avaient à se dire. Pire encore, ils n’étaient pas à l’abri que cette conversation dérape une nouvelle fois, et les dégâts pouvaient être désastreux. Mais à quoi bon lutter contre le Destin, n’est-ce pas ? Ils étaient désormais à quelques mètres l’un de l’autre et la fuite était tout bonnement non envisageable. Sonny ne pouvait tout simplement pas se résoudre à être lâche. Ce trait de caractère n’avait jamais fait parti de sa personnalité, et cette semaine loin de toute vie sociale avait été une terrible erreur de parcours. Il fallait véritablement que tout cela cesse et au plus vite, Sonny ne se sentait plus capable de continuer sur cette lancée. Il n’allait pas refouler tout son passé pour une partie de jambes en l’air quand même. C’était la première fois qu’il le faisait sans réel sentiment amoureux et c’était bien là le problème. Il éprouvait de l’affection pour Lizzie, oui, mais cela ne lui donnait aucun droit de lui prendre sa virginité. Mais surtout, cela ne devait surtout pas changer l’homme qu’il est. Preuve une fois de plus que la jeune femme exerçait une mauvaise influence sur lui. Je vous entends d’avance dire que c’est de la mauvaise foi et que c’est bien trop facile de rejeter la faute sur Lizzie. Pourtant, il faut se rendre à l’évidence : Lizzie faisait du mal autour d’elle ; elle détruisait ce que ses proches s’évertuaient à construire ; elle offrait l’amour pour mieux piétiner les cœurs ; elle nourrissait la distance par un grand silence et désormais, faisait voler en éclats l’équilibre de toute une existence. Sonny avait bien entendu une part de responsabilité, pour cause on ne faisait pas l’amour seul mais tout de même, jamais ô grand jamais il n’aurait agi de la sorte si Lizzie n’avait pas réduit à néant sa fierté il y a quelques années. Jamais ô grand jamais il n’aurait fait cela si Lizzie ne l’avait pas marqué éternellement d’une douleur interne et bouleversante.

Alors que l’esprit de Sonny pensait à mille à l’heure, la jeune femme s’était rapprochée de lui de sorte qu’il ne puisse pas l’éviter. Désormais, le jeune Fitzgerald était face à la réalité. Quoi dire ? Quoi faire ? La saluer était déjà un bon début et cela lui permettait de gagner quelques poignées de secondes pour imaginer une suite. Il n’eut finalement pas besoin de le faire, puisque Lizzie lança aussitôt la conversation. Comme si elle souhaitait le retenir. Au fond, jamais Sonny n’aurait pris la fuite. Il n’avait jamais été le genre d’homme à éprouver quelconque lâcheté, et même s’il se révélait parfois bien timide face à une femme, toujours il essayait de se sortir de la situation avec brio. Plantant son regard dans celui de Lizzie pour lui faire comprendre qu’il était prêt à parler avec elle, il lui répondit. « Depuis que nous avons fait l’amour. » la reprit-il, pour lui montrer que mettre des mots à ce qu’ils avaient fait ne lui faisait pas peur. Pour lui prouver qu’il assumait tout et qu’il ne reniait pas du tout cet instant. Ils avaient couché ensemble et il était désormais impossible de faire marche arrière. « J’aimerais te répondre que oui, mais je n’ai pas envie de te mentir. » se contenta-t-il de répondre, haussant légèrement les épaules. Il avait passé la semaine enfermée dans sa chambre et le simple fait que son téléphone soit resté éteint durant cette durée démontrait bien un certain malaise. « Et toi, comment vas-tu ? » Une question qui allait sans nul doute faire naître en Lizzie nombreux sentiments. Mais Sonny était prêt à en assumer les conséquences. Il l’écoutait.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Son cœur battait à mille à l'heure à chaque fois qu'il était dans les parages mais lorsque Sonny était juste en face, à quelques mètres, son corps et son esprit devenaient incontrôlables. Elle redevenait une petite adolescente ridicule prête à sauter de joie si ses mains venaient à effleurer les siennes ou si il lui parlait d'amour. Elle avait éprouvé toutes ces sensations de joie intense par le passé avec lui. Elle avait été cette jeune fille passionnée, amoureuse et pleine de rêves. Aujourd'hui elle était une femme pleine de désillusions. Rien de ce qu'elle avait imaginé ne s'était réalisé. Pas du côté de Sonny en tout cas. Elle avait réussi dans l'armée certes mais parce qu'elle avait sacrifié l'amour de sa vie. Un choix qu'elle avait regretté et qu'elle regrettait encore. Surtout depuis son retour à Sand Valley où tout le monde lui rappelait combien elle avait été horrible de faire ça. Lorsqu'on fait des choix il y a toujours des dommages collatéraux et souvent personne ne vous comprend. Lizzie l'avait appris à ses dépends. Même le plus petit choix pouvait avoir de lourdes conséquences. Depuis son entrainement au sein de l'US Army, Elizabeth avait appris à peser le pour et le contre de ses décisions lorsqu'elle le pouvait. Les choix qu'elle devait prendre pouvait entrainer la mort de nombreux hommes et pourtant, parfois, elle n'avait que quelques secondes pour évaluer la situation. Après le fiasco dans sa relation avec Sonny, elle pouvait difficilement faire pire en matière de mauvais choix. Celui-ci elle l'avait longtemps mûri mais avait omis d'en parler au principal intéressé. Si tout était à refaire, Sonny serait le premier à savoir.

Elle avait ce sourire adorable, presque niais, sur le visage. « Depuis que nous avons fait l’amour. » Ces mots sonnaient bien. Pas de quoi avoir honte. Ils l'avaient bien fait et ça avait été un moment magique. Un moment qui resterait gravé dans sa mémoire à tout jamais. Sonny et elle enlaçait. Il n'y avait rien de plus beau. Néanmoins la mine renfrognée de Sonny la fit redescendre sur terre et elle fronça les sourcils en le regardant. Quelque chose clochait. Dans un élan de gentillesse et probablement d'amour, Elizabeth se rapprocha de lui et lui attrapa la main. « Tu veux en parler ? » Elle était si naïve et enfantine en cet instant. A croire qu'elle n'avait pas prit 10 ans, qu'elle n'avait pas grandi ni même vécu depuis ses 17 ans. « Je me suis inquiétée. Et puis j'ai commencé à me dire que j'avais fait quelque chose de mal... » Si il s'était coupé du monde ce ne pouvait être que par sa faute. Après tout ils avaient passé une nuit ensemble et le lendemain il refusait tous ses appels. Pire, son téléphone avait été éteins par la suite. Difficile de se dire qu'elle n'avait rien fait, qu'elle avait été parfaite et qu'aucune tension ne régnait entre eux. Elle sentit la main de Sonny se dérobait à la sienne, accentuant le malaise qui grandissait peu à peu dans sa tête. Elle avait forcément fait quelque chose de travers. Encore. Sans savoir quoi, Lizzie s'en voulait et se mordait les lèvres. Elle ne voulait plus le faire souffrir mais il fallait se rendre à l'évidence : elle était incapable de faire le bien.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Non, ça n’allait pas bien. Absolument pas. La sensation d’avoir fait une terrible erreur rongeait chaque jour un peu plus Sonny. C’était à peine s’il arrivait à se regarder dans un miroir tellement il était honteux. Mais honteux de quoi ? D’avoir fait l’amour avec une femme qu’il avait terriblement aimé ? Non, bien sûr que non. Juste honteux de l’avoir fait pour une mauvaise raison, à savoir marquer éternellement Lizzie pour que jamais plus elle ne daigne l’oublier. Cela en était presque malsain ; cela ne ressemblait aucunement à Sonny. Pourtant, il avait agit sans prendre la peine d’y réfléchir quelques secondes. Faire taire cette envie qui vivait en lui depuis ses longues années avait sonné comme une évidence sur l’instant même et plus rien n’avait alors plus compté que le corps dénudé de Lizzie sous ses yeux. Avec du recul, Sonny n’arrivait pas à mettre de mots sur ce qu’il s’était passé dans son esprit. La culpabilité habitait son corps et attristait son âme d’ordinaire si enjouée, si heureuse. Lizzie était-elle vouée à lui faire du mal ? À le mettre hors de lui et à réveiller ce qu’il y avait de moins bon en lui ? Où était leur si belle relation ? Le passé semblait si lointain. Et ce constat aurait presque pu rendre nostalgique Sonny. Mais il ne l’était pas, ou plus. Il avait grandi, mûri et savait désormais ce qu’il voulait dans sa vie : Silver. Et ce n’était clairement pas un moment d’intimité avec la femme qui avait piétiné son cœur et laissait dans un silence glacial qui allait changer les choses. La culpabilité l’empêchait d’être l’homme fort qu’il aurait aimé être face à Lizzie en cet instant précis mais Sonny tentait tant bien que mal d’assumer toutes ses responsabilités, de garder la tête haute et de ne pas fuir le regard amoureux de la jeune femme. Il devait lire les sentiments de Lizzie pour mieux apprendre à les apprivoiser puis les oublier. Il devait comprendre l’effet qu’avaient eu ses mains et son corps sur celui de son premier amour, pour mieux se relever une bonne fois pour toute. Il avait eu ce qu’il avait tant désiré et cela ne lui donnait aucune satisfaction. Lizzie, quant à elle, semblait heureuse et le gouffre qui les séparait rendait les choses un peu plus claires dans l’esprit de Sonny : ils n’avaient sans doute plus rien à faire ensemble, plus aucun avenir à deux. Le jeune Fitzgerald avait tourné la page de leur histoire, et si jusqu’à maintenant il n’en avait pas été convaincu, ce temps était résolu. Avoir fait l’amour avec Lizzie avait permis aux sentiments qu’il éprouvait à l’égard de Silver de devenir encore plus forts, plus solides. Sonny était prêt à faire le fameux premier pas que Chris évoquait tant.

Mais devait-il dire tout cela à Lizzie ? La générosité, l’honnêteté et l’envie de bien faire de Sonny ne s’étaient pas envolées. Certes, il avait mal agi lors de leur dîner de retrouvailles, mais il n’en était pas devenu pour autant une mauvaise personne. Si Lizzie l’aimait autant qu’elle en donnait l’impression, alors elle comprendrait, n’est-ce pas ? Peu convaincu par cette idée, Sonny se risqua tout de même à lui offrir ce qu’elle méritait, à savoir la vérité. On ne luttait pas contre sa véritable nature et Sonny resterait toujours cet homme attentionné, attentif et maladroit. « Tu n’as rien fait de mal, Lizzie. » commença-t-il, hésitant, avant de reprendre. « Nous avons fait quelque chose qui n’aurait jamais du se passer, voilà la vérité. » L’envie de baisser les yeux vers le sol blanc du magasin le prit soudainement mais il lutta contre elle pour mieux se concentrer sur les beaux yeux de la jeune femme. Pétillants, ces derniers ne tarderaient sans doute pas à pleurer. Malheureusement. « Je ne souhaite pas gâcher ta première fois mais il faut que tu saches que je regrette. Je n’aurais jamais du t’offrir ce que tu désirais. » Reprenant son souffle, il enchaîna. « Nous ne sommes plus un couple, Lizzie. Nous ne sommes plus des adolescents. Les choses ont changé, nos chemins se sont écartés et nous ne sommes plus sur la même longueur d’ondes. » Il ne voulait surtout pas la faire souffrir mais les mots s’échappaient de sa bouche sans qu’il ne puisse vraiment les contrôler. Ils venaient du fond de son cœur, de son âme et de son corps tout entier. La sincérité était clairement de mise. « J’aurais aimé que les choses se passent autrement, Lizzie. Vraiment, crois-moi. J’aurais aimé que mes ‘tu es la femme de ma vie’ se vérifient. J’y pensais, totalement, j’ai rêvé de te passer la bague au doigt et de vivre toute ma vie à tes côtés parce que tu me rendais heureux comme je ne l’avais jamais été jusqu’alors » C’était douloureux de rappeler de tels souvenirs et Sonny sentait sa voix défaillir par moment. « Mais ce temps là est révolu, malheureusement. Et ce n’est pas en faisant l’amour que l’on retrouvera le passé. Tu as fait ton choix, Lizzie. Tu t’es engagée dans l’armée, tu t’es fiée à ton instinct, tu as su prendre une décision importante alors que je n’en étais même pas capable à dix-huit ans. Et pour tout ça, je t’admire. Aujourd’hui, mon instinct me pousse à croire que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre et je souhaite, tout comme toi, m’y fier. Qu’importe les conséquences, comme toi tu l’as fait par le passé. » Soupirant devant la complicité de la situation, Sonny passa nerveusement une main dans ses cheveux avant d'enchaîner. « Je n’attends pas de toi que tu me comprennes. Et si tu me détestes, je ne t’en tiendrais pas rigueur. Mais accepte ma décision comme j’ai accepté la tienne huit ans plus tôt. »
Sonny Fitzgerald a écrit:
Non, ça n’allait pas bien. Absolument pas. La sensation d’avoir fait une terrible erreur rongeait chaque jour un peu plus Sonny. C’était à peine s’il arrivait à se regarder dans un miroir tellement il était honteux. Mais honteux de quoi ? D’avoir fait l’amour avec une femme qu’il avait terriblement aimé ? Non, bien sûr que non. Juste honteux de l’avoir fait pour une mauvaise raison, à savoir marquer éternellement Lizzie pour que jamais plus elle ne daigne l’oublier. Cela en était presque malsain ; cela ne ressemblait aucunement à Sonny. Pourtant, il avait agit sans prendre la peine d’y réfléchir quelques secondes. Faire taire cette envie qui vivait en lui depuis ses longues années avait sonné comme une évidence sur l’instant même et plus rien n’avait alors plus compté que le corps dénudé de Lizzie sous ses yeux. Avec du recul, Sonny n’arrivait pas à mettre de mots sur ce qu’il s’était passé dans son esprit. La culpabilité habitait son corps et attristait son âme d’ordinaire si enjouée, si heureuse. Lizzie était-elle vouée à lui faire du mal ? À le mettre hors de lui et à réveiller ce qu’il y avait de moins bon en lui ? Où était leur si belle relation ? Le passé semblait si lointain. Et ce constat aurait presque pu rendre nostalgique Sonny. Mais il ne l’était pas, ou plus. Il avait grandi, mûri et savait désormais ce qu’il voulait dans sa vie : Silver. Et ce n’était clairement pas un moment d’intimité avec la femme qui avait piétiné son cœur et laissait dans un silence glacial qui allait changer les choses. La culpabilité l’empêchait d’être l’homme fort qu’il aurait aimé être face à Lizzie en cet instant précis mais Sonny tentait tant bien que mal d’assumer toutes ses responsabilités, de garder la tête haute et de ne pas fuir le regard amoureux de la jeune femme. Il devait lire les sentiments de Lizzie pour mieux apprendre à les apprivoiser puis les oublier. Il devait comprendre l’effet qu’avaient eu ses mains et son corps sur celui de son premier amour, pour mieux se relever une bonne fois pour toute. Il avait eu ce qu’il avait tant désiré et cela ne lui donnait aucune satisfaction. Lizzie, quant à elle, semblait heureuse et le gouffre qui les séparait rendait les choses un peu plus claires dans l’esprit de Sonny : ils n’avaient sans doute plus rien à faire ensemble, plus aucun avenir à deux. Le jeune Fitzgerald avait tourné la page de leur histoire, et si jusqu’à maintenant il n’en avait pas été convaincu, ce temps était résolu. Avoir fait l’amour avec Lizzie avait permis aux sentiments qu’il éprouvait à l’égard de Silver de devenir encore plus forts, plus solides. Sonny était prêt à faire le fameux premier pas que Chris évoquait tant.

Mais devait-il dire tout cela à Lizzie ? La générosité, l’honnêteté et l’envie de bien faire de Sonny ne s’étaient pas envolées. Certes, il avait mal agi lors de leur dîner de retrouvailles, mais il n’en était pas devenu pour autant une mauvaise personne. Si Lizzie l’aimait autant qu’elle en donnait l’impression, alors elle comprendrait, n’est-ce pas ? Peu convaincu par cette idée, Sonny se risqua tout de même à lui offrir ce qu’elle méritait, à savoir la vérité. On ne luttait pas contre sa véritable nature et Sonny resterait toujours cet homme attentionné, attentif et maladroit. « Tu n’as rien fait de mal, Lizzie. » commença-t-il, hésitant, avant de reprendre. « Nous avons fait quelque chose qui n’aurait jamais du se passer, voilà la vérité. » L’envie de baisser les yeux vers le sol blanc du magasin le prit soudainement mais il lutta contre elle pour mieux se concentrer sur les beaux yeux de la jeune femme. Pétillants, ces derniers ne tarderaient sans doute pas à pleurer. Malheureusement. « Je ne souhaite pas gâcher ta première fois mais il faut que tu saches que je regrette. Je n’aurais jamais du t’offrir ce que tu désirais. » Reprenant son souffle, il enchaîna. « Nous ne sommes plus un couple, Lizzie. Nous ne sommes plus des adolescents. Les choses ont changé, nos chemins se sont écartés et nous ne sommes plus sur la même longueur d’ondes. » Il ne voulait surtout pas la faire souffrir mais les mots s’échappaient de sa bouche sans qu’il ne puisse vraiment les contrôler. Ils venaient du fond de son cœur, de son âme et de son corps tout entier. La sincérité était clairement de mise. « J’aurais aimé que les choses se passent autrement, Lizzie. Vraiment, crois-moi. J’aurais aimé que mes ‘tu es la femme de ma vie’ se vérifient. J’y pensais, totalement, j’ai rêvé de te passer la bague au doigt et de vivre toute ma vie à tes côtés parce que tu me rendais heureux comme je ne l’avais jamais été jusqu’alors » C’était douloureux de rappeler de tels souvenirs et Sonny sentait sa voix défaillir par moment. « Mais ce temps là est révolu, malheureusement. Et ce n’est pas en faisant l’amour que l’on retrouvera le passé. Tu as fait ton choix, Lizzie. Tu t’es engagée dans l’armée, tu t’es fiée à ton instinct, tu as su prendre une décision importante alors que je n’en étais même pas capable à dix-huit ans. Et pour tout ça, je t’admire. Aujourd’hui, mon instinct me pousse à croire que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre et je souhaite, tout comme toi, m’y fier. Qu’importe les conséquences, comme toi tu l’as fait par le passé. » Soupirant devant la complicité de la situation, Sonny passa nerveusement une main dans ses cheveux avant d'enchaîner. « Je n’attends pas de toi que tu me comprennes. Et si tu me détestes, je ne t’en tiendrais pas rigueur. Mais accepte ma décision comme j’ai accepté la tienne huit ans plus tôt. »
Elizabeth Rosebury a écrit:


L'espoir fait vivre. L'espoir est tout puissant. Il peut se révéler mortel et dangereux. Quand on espère on est vulnérable. Et Lizzie ne l'avait jamais été autant qu'en ce moment. Elle se raccrochait à une petite lueur qui s'était pourtant éteinte depuis longtemps. Pourtant le cœur de Lizzie débordait de joie de voir Sonny. Ses yeux retrouvaient leur joie de vivre tout comme son esprit. Elle était en paix et heureuse. Elle avait presque l'air normal. Depuis qu'ils avaient passé cette belle soirée suivie d'une nuit magique, Lizzie avait retrouvé le sourire et la joie de vivre. Peut-être pas totalement mais elle se sentait un peu mieux. Leur retrouvailles houleuses appartenaient désormais au passé et elle ne voulait garder en mémoire que les bons moments en espérant en avoir bientôt beaucoup d'autres. Espoir quand tu nous tiens. La stupide et naïve adolescente ne voulait pas se taire et réapparaissait sans cesse à chaque coins de sa vie. Elle s'en serait voulue si elle était capable de réfléchir quelques minutes. Ce n'était pas le cas. Elle ne réfléchissait pas et vivait tout simplement. Lizzie vivait sur un petit nuage et la chute n'allait en être que plus douloureuse. Le doute commençait déjà à s'installer en son cœur. Voulant garder un semblant de contenance, Lizzie souriait. En réalité elle sentait que son monde allait exploser d'une minute à l'autre. Sonny n'avait qu'un mot à dire pour broyer son cœur.

La vérité était sur le point d'exploser. Le mal ? De quel mal parlait-il ? Il ne lui avait rien fait. Elle n'avait pas fait de mal. Tout s'embrouillait dans sa tête et elle fronça les sourcils. L'incompréhension naissait dans son regard. Déboussolée, Lizzie le laissa parler. Cette nuit passait ensemble devait arriver. Elle aurait dû arrivé plus tôt. Dix ans plus tôt. Elle l'avait tellement voulu sans parvenir à y arriver. « Quoi ? Non je sais, bien sur que nous ne sommes plus des enfants ! » Elle se sentait incapable d'aligner plus de trois mots. La tête lui tournait à présent. Etait-il vraiment en train de lui dire ces choses ? La réalité la frappa lorsqu'il lâcha brusquement sa main. Comme vidée de son énergie, Lizzie laissa balloter ses bras et sentit sa respiration ralentir. Bien obligée de rester droite et fière, elle regardait Sonny avec des yeux à présent éteint. La vie s'était évaporée. Elle avait encore un pâle sourire au visage qui s'élargissait tandis qu'il évoquait le passé. Avait-il seulement conscience qu'elle avait rêvé de cette demande en mariage ? Qu'elle s'était imaginé des millions de fois traversant la petite église de Sand Valley pour le retrouver devant l'autel où elle lui dirait le « oui » magique ? Elle avait rêvé de cette vie au moins autant que lui. Les larmes ne demandaient qu'à sortir et sa gorge se nouait au fur et à mesure qu'elle l'écoutait. Une fois de plus il la tuait avec ses mots. « C'est parfait ! Non parce que tout ce que je voulais depuis mon retour c'était perdre ma virginité et jte remercie pour ça !! »Aussi forte qu'elle voulait se montrer, Lizzie pleurait. Elle ne s'en apercevait même pas tant elle était en colère et déçue. Elle avait laissé un rire triste s'échapper de sa gorge mais toute la joie qu'elle avait pu éprouver l'avait déserté. « Que j'accepte ta décision ? Tu me mens Sonny ! Tu n'a jamais accepté ma décision. Et tu m'a menti pendant ce foutu dîner ! Pire, tu m'a fais l'amour en sachant que pour toi ça ne représentait rien ! Mais pour moi ça comptait Sonny. Ça compte toujours parce que je suis amoureuse de toi ! Tu le savais. Tu savais ce que je ressentais mais ça ne t'as pas empêcher de me faire l'amour. Tu aurais dû me dire tout ça à ce moment là ! » Réalisant qu'elle pleurait et hurlait au beau milieu du magasin, elle essuya son visage d'une main tremblante. « Je suis trop conne. »


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Marylou Odair

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:11

Sonny Fitzgerald a écrit:
Son discours allait avoir l’effet d’une bombe sur Lizzie, Sonny en était persuadé. Il la connaissait que trop bien pour savoir d’avance comme elle réagirait. Elle n’attendait pas cela de lui, elle désirait reprendre là où ils s’étaient arrêtés il y a dix années de cela. Mais c’était impossible. Pourquoi ne le comprenait-elle pas ? Ce n’était pas faute de le lui répéter depuis leurs retrouvailles. Ils n’avaient plus d’avenir ensemble, il le lui avait fait comprendre et pourtant elle avait souhaité perdre sa virginité avec lui. N’était-ce pas une décision suicidaire ? Sonny ne lui avait jamais menti, il ne lui avait jamais caché l’existence de Silver, ni même le fait qu’il était passé à autre chose. Mais Lizzie persistait à croire que leur amour était éternel et qu’il était resté intact toutes ces longues années. Sonny parlait à un mur depuis qu’il était tombé sur elle au lac. Et aujourd’hui plus que jamais, il en avait conscience. Lorsque Lizzie s’énerva, il ne baissa pas la tête cette fois-ci. Il désirait lui montrer qu’il assumait tout, qu’il était un homme, un vrai, et qu’il n’était pas prêt à changer d’avis. Elle pourrait bien lui lancer un regard suppliant, ou pleurer, cela n’aurait aucun effet sur la décision qu’il avait prise. Il savait que c’était la bonne, et ce malgré les conséquences désastreuses que cela entraînait, malgré la souffrance qui atteignait Lizzie en plein cœur. C’était juste un retour des choses après tout, elle n’avait pas le droit de lui en vouloir même s’il comprendrait tout à fait qu’elle le fasse.

Pour la première fois depuis longtemps, Sonny ressentit une réelle colère monter en lui. Lizzie venait de le qualifier de menteur, cela en était trop. « Comment ça je mens ? Tu te fiches de moi, n’est-ce pas ? » Tentant tant bien que mal de retrouver un semblant de calme, il reprit. « Je ne t’ai jamais caché la présence d’une femme dans ma vie et ce depuis le premier jour où tu as remis les pieds ici. Je ne t’ai jamais caché la douleur que j’ai éprouvé suite à ton départ, ni même la colère qui m’a envahi lorsque tu es revenue, désirant reprendre là où on s’était arrêté. Et surtout, surtout, je n’ai jamais cherché à te retenir dix ans plus tôt, juste parce que je savais que tu désirais suivre ton instinct, te sentir utile pour le pays et les autres. Cela me faisait mal, terriblement mal au cœur, mais je t’ai laissé partir malgré tous les projets que j’avais pour nous. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas égoïste, parce que tu ne méritais pas que je brise ton rêve par un stupide dilemme. » Son ton était sec et montait de plus en plus. Il s’en voulait mais c’était ainsi. Tant pis si les clients de la boutique les regardaient désormais. Sonny désirait mettre les choses au clair et de suite. Lizzie n’avait pas le droit de dire tout cela. Elle allait bien trop loin, à cause de sa fierté meurtrie. C’était stupide. « Ne t’ai-je pas demandé si tu en avais véritablement envie avant que l’on le fasse ? Deux fois même ! Deux fois Lizzie, deux fois ! Tu aurais pu refuser, mais tu ne voulais pas. Et tu sais pourquoi ? Parce que tu désirais me récupérer et m’éloigner de Silver. Parce que tu pensais que je retomberais amoureux de toi. Mais tu as eu tort, Lizzie. Je t’avais mis au courant de mes sentiments pour Silver et de mon incertitude pour nous deux. Mais tu n’en avais rien à faire. ALORS BON SANG, NE DIS PAS QUE JE NE T’AI RIEN DIS A CE MOMENT LA. » Reprenant son souffle, il enchaîna. « Parce que c’est faux. Et tu le sais tout autant que moi. » Il la fusilla du regard. Le cœur battant, il avait du mal à retrouver sa respiration. C’était la première fois qu’il réagissait ainsi mais Lizzie avait été trop loin et avait menti. « Non, c’est moi. Trop con d’avoir pensé que tu souhaiterais m’avoir comme ami. Trop con d’avoir pensé que tu accepterais que je sois heureux, sans toi. » L’amertume se devinait aisément.
Elizabeth Rosebury a écrit:


Conne d'avoir pensé qu'ils auraient une seconde chance. Conne d'avoir cru qu'il voulait d'elle. Conne d'avoir pensé qu'ils formeraient à nouveau un couple. Elizabeth vivait dans une bulle à l'écart de la réalité. Elle vivait un rêve qui s'était désintégré depuis bien longtemps. Elle n'arrivait tout simplement pas à aller de l'avant. Accuser Sonny de tous les maux du monde était tellement plus facile que d'affronter la vérité. « Tu aurais dû m'en empêcher !! Tu aurais dû me dire que tu m'attendrais, que tu serais toujours là ! Je... J'étais.. ! » Elle était en colère, fatiguée et la douleur dans son cœur ne voulait pas se taire. Elle n'arrivait même plus à parler. Il aurait peut-être dû oui mais rien n'allait changer et elle n'avait pas le droit de dire ça. Elle-même aurait dû prendre d'autres décisions. Elle était injuste mais dans son état il lui était impossible de réfléchir et de regarder en arrière. Elle était d'une lâcheté sans précédent. Elle avait tellement peur qu'elle se réfugier derrière des propos faux. Elle allait regrettait amèrement tout ça mais pour l'heure elle voulait frapper fort. Elle voulait qu'il sache. Il fallait que tout ça sorte. Tant pis si la ville entière était au courant. Lizzie n'avait jamais vu les choses comme ça. Elle n'avait jamais pensé qu'il s'était effacé pour qu'elle puisse réaliser son rêve. Ce souvenir douloureux qui l'avait si souvent hanté durant ses nuits, avait fini par devenir flou. Peut-être l'avait-elle réarrangé à sa manière pour qu'il lui soit plus favorable. Incapable de se souvenir de ce qui s'était réellement passé, la frustration d'Elizabeth monta d'un cran. Malgré toute la colère qu'elle portait en elle sa voix diminua en intensité. Elle restait fragile et vulnérable face à lui. Une vulnérabilité qu'elle ne se permettait avec personne d'autre. Une vulnérabilité qu'elle détestait. « Tu vois. C'est exactement pour ça que tout le monde me déteste et me détestera toujours. Tu t'es sacrifié pour me laisser vivre mon rêve. Moi je serais toujours la fille qui est partie sans un regard en arrière. » C'était la pure vérité et plus elle se la répétait, plus la douleur se faisait aigüe en son âme.

Ça n'était pourtant rien. Le pire était à venir. Sonny était autant en colère qu'elle si ce n'était plus. D'aussi loin que ses souvenirs la portait, elle n'avait jamais vu crier Sonny. Elle ne l'avait jamais vu aussi dur. Pas envers elle en tout cas. Reculant de quelques pas, la main posée sur sa poitrine, la respiration de Lizzie s'intensifia, les battements de son cœur s'accélérèrent dangereusement et buta contre une étagère de conserves ce qui en fit tomber une. Il avait raison sur toute la ligne. Elle le voulait bien sur ! Elle l'aimait plus que tout. Elle avait besoin de lui. Elle ne pouvait pas croire que tout était fini, balayer. Elle ne pouvait pas et ne voulait pas. Vivre dans un état second, dans un rêve, est si tentant et tellement plus doux. Cette nuit passé ensemble avait été magique. Elle avait cru, à tord, qu'ils s'étaient retrouvés, qu'il avait ressenti le même feu qu'elle. Un rêve rien de plus. Un rêve qui volait en éclats. « On ne peut pas être amis Sonny ! Je ne veux pas. » Pourquoi ne pouvaient-ils pas retrouver cette complicité d'antan ? Pourquoi la soirée passé à deux chez lui ne pouvait-elle pas avoir lieu une fois encore ? Ils pouvaient être amis, ils avaient presque réussi ce fameux soir. Presque. « Tu m'a embrassé. C'est toi qui a commencé. Tu m'a donné cet espoir Sonny. Toi. » Savoir qu'il en aimait une autre n'avait aucune importance pour Elizabeth. Elle ne voyait que ce qu'elle désirait voir. Il l'avait embrassé et avait mis le feu à son corps. « C'est toi qui a commencé alors ne me dis pas que tu pensais à elle à ce moment là ! »

Sonny Fitzgerald a écrit:
Oui, il aurait pu l’empêcher de s’envoler pour l’armée, mais à qui bon détruire les rêves d’une personne qui nous est chère ? N’étaient-ils pas le moteur de toute notre existence ? N’était-ce pas eux qui nous poussaient à nous battre contre la dureté de la vie, qui nous invitaient à tracer notre route pour une vie meilleure ? C’était tout du moins la vision qu’avait Sonny. Et si ce n’était pas le cas pour Lizzie, alors oui effectivement ils n’avaient plus aucun avenir ensemble. « Je t’aurais retenu et après, Lizzie ? Tu m’en aurais voulu. Tu aurais éprouvé des regrets qui t’auraient empêché d’être heureuse avec moi. Tu aurais eu l’impression d’être passée à côté de ta passion, de ton existence et de tes rêves. Etait-ce vraiment ça que tu voulais ? » la défit-il, le ton qu’il employait était déterminé mais dur. La volonté de lui faire ouvrir les yeux une bois fois pour toutes était forte. « J’ai fait ce qui me semblait être le meilleur choix pour toi. » ajouta-t-il, sèchement. Il lui en voulait terriblement de remettre tout cela en question parce que cela voulait dire qu’il avait souffert pour rien. Et cela lui était tout bonnement impossible à admettre. La blessure avait été si profonde qu’il avait cru ne pas réussir à se relever un jour. Et voilà que Lizzie aurait préféré rester. Comme si elle avait eu besoin de lui pour prendre une décision de toute façon… Sonny avait juste opté pour ce qui lui semblait le plus juste : il n’était pas entré dans le débat du pour et du contre, il avait laissé Lizzie le faire tout simplement, sans émettre le moindre commentaire. Il n’avait pas envie de fausser la décision de la jeune femme, il l’avait laissé face au choix de sa vie. Il s’était sacrifié pour son bonheur à elle, et voilà qu’elle lui renvoyait à la figure tout cela. Impossible, improbable, injuste.

« Qu’est-ce que cela peut bien te faire le jugement des autres ? Tu as vécu ton rêve et tu as aimé, non ? Alors pourquoi remettre tout cela en cause ? Assume Lizzie, bon sang ! Assume au lieu de continuer à faire le mal autour de toi. Assume une bonne fois pour toutes et arrête d’être lâche. » Les propos de Sonny étaient durs mais il pensait tout. Chaque mot était mûrement réfléchi. Il fallait que ça sorte pour qu’il soit enfin en paix avec lui-même. Il avait fait nombreux efforts depuis le retour de Lizzie à Sand Valley : il avait su mettre des mots sur ce qu’il ressentait, sa douleur, ses regrets ; il avait passé outre tout cela pour faire plaisir à Lizzie et aussi parce qu’il en avait envie ; il avait montré aux habitants qui fréquentaient le marché que la jeune femme n’était pas une paria de la société ; il lui avait même offert ses fleurs préférées pour s’excuser puis un dîner, pour lui montrer qu’il désirait lui pardonner. Et c’était ainsi qu’elle le remerciait ? Il ne comprenait définitivement pas. Qu’avait-il donc fait de mal ? Il avait beau se repasser sans cesse les images dans sa tête, il ne voyait pas. Et c’était bien là le problème. Ne serait-ce pas Lizzie, la cause de cette situation houleuse et déséquilibrée ? En colère et le cœur battant, Sonny ouvrait son cœur à la jeune femme, qui semblait perdre le contrôle de la conversation et la maîtrise de ses émotions puisque son dos frappa les étagères remplies de boîtes de conserve. Cette vision n’atteignit même pas Sonny, qui était bien décidé à lui montrer tout le mal qu’il avait pu ressentir par sa faute. Il lui avait annoncé toute la vérité et cela ne lui plaisait guère qu’elle le traita de menteur. Hors de question de la laisser faire ça. « Qu’attends-tu pour me le dire ? » lâcha-t-il, toujours sur le même ton sec lorsque Lizzie lui annonça qu’elle ne voulait pas être son amie. N’était-ce pas ce qu’il lui avait fait comprendre depuis le début ? Qu’espérait-elle ? Qu’il retombe amoureux et qu’ils se marient enfin ? Le temps de l’adolescence était révolu, Lizzie avait fait son choix et elle devait aujourd’hui assumer une bonne fois pour toutes. « Je t’ai embrassé car j’en ai eu envie. Je ne t’ai pas embrassé parce que je t’aimais, Lizzie. » La différence était de taille aux yeux de Sonny. Il en avait eu envie parce qu’il en avait rêvé longtemps, après le départ de la jeune femme pour l’armée. Mais c’était tout. Il avait sans doute mal agi, mais un baiser ne voulait pas forcément dire sentiments. La preuve, ils suffisaient de voir toutes ces personnes qui s’envoyaient en l’air par simple envie et plaisir, et non pas par amour. « Tu as raison. Je ne pensais pas à elle à ce moment précis. » Il assumait cette erreur. « Mais cela ne veut pas dire que je l’ai oublié. Elle est là, en moi. Elle me colle à la peau, elle fait battre mon cœur. C’est comme ça, Lizzie, personne ne peut y faire quelque chose. » Il avait posé sa main sur sa poitrine afin d’accentuer ses propos et montrer ce qu’il ressentait vraiment. Sa voix s’était adoucie, comme à chaque fois qu’il parlait de Silver, cette femme si mystérieuse et si insaisissable. Ils avaient à peine échangé un baiser mais leurs conversations faisaient l’effet d’une bombe en Sonny à chaque fois. Et c’était bien là la preuve que Lizzie ne comptait plus comme autrefois : elle n'avait jamais réussi à avoir cette emprise sur Sonny.
Elizabeth Rosebury a écrit:


En pleine perte de puissance, Lizzie ouvrit la bouche sans qu'aucun son ne parviennent à en sortir. Il avait raison et ce constat la pétrifia. Elle refusait si fort d'ouvrir les yeux qu'elle avait perdue de vue la réalité des faits. C'était vrai. Si les choses avaient été différentes, si elle était restée pour être avec lui, Elizabeth aurait eut la sensation de ne pas être entière. Elle aurait toujours eut ce vide en elle que rien n'aurait su remplir, pas même l'amour sans faille qu'il lui aurait donné. L'armée était son rêve, sa passion, son envie. Sans ça elle n'était pas complète. « Non... » Comme une enfant prise en faute, Lizzie baissa la tête, incapable de supporter le regard accusateur et haineux de Sonny. Si elle s'était voilé la face si longtemps c'était bien parce que la réalité était trop dure à supporter. Elle s'était construite un mur qui s'effritait lentement à présent et qui menaçait de se rompre à tout moment. Si elle avait pu vivre de son rêve si longtemps c'était grâce à lui. Il avait fait ce choix pour elle. Il avait prit la décision de s'effacer pour son bonheur. Et aujourd'hui elle le blâmait et l'accusait de tous ses malheurs. A l'époque Lizzie n'avait pas interprété ce geste comme étant un geste d'amour. Elle avait cru que la distance avait eut raison d'eux, qu'il ne voulait plus d'elle et qu'il valait mieux qu'elle s'en aille une bonne fois pour toute. Elle n'avait pas cru assez fort en eux. Elle n'avait pas cru en ses propres sentiments. Elle n'avait pas su faire confiance à son cœur. Elle n'avait pas été assez forte pour lui avouer qu'elle était amoureuse et qu'elle avait besoin de lui pour continuer. Il était désormais trop tard. Sonny lisait clair en elle. Il avait toujours su la percer à jour et lire entre ses lignes. Si elle trouvait ça adorable par le passé, aujourd'hui cela la rendait folle. « Je ne supporte plus qu'on me lapide sur la place publique ! Tu crois que c'est facile d'assumer quand on t'accuses d'avoir tuer des enfants de sang froid ? Même Peter que j'ai un jour considérais comme un ami m'a démoli ! Tu sais ce que ton grand pote Peter m'a craché à la figure ? Pour lui je ne suis qu'un monstre qui se régale de chair fraiche et de sang. Je ne suis peut-être plus aussi fragile qu'avant mais j'ai toujours un cœur Sonny ! Et entendre des gens en qui j'avais confiance me dire des horreurs pareilles me fais plus mal que je ne veux bien le faire croire. » La voix brisée, elle se mordit la lèvre jusqu'à sentir un goût de sang se répandre dans sa bouche. Elle n'en pouvait plus. Tout ça était bien trop difficile à supporter. La souffrance physique elle pouvait la gérer mais la souffrance morale  qu'on lui infligeait depuis son retour était insupportable. Elle n'y arrivait plus. « Oui je suis lâche. » L'aveu lui écorcha l'âme. Elle avait été lâche une bonne partie de sa vie et l'était probablement encore. Pendant toutes ces années en Irak elle avait été incapable d'envoyer des dizaines et des dizaines de lettres destinées à Sonny. Elle n'avait pas pu reprendre contact avec lui par lâcheté. Et par peur aussi. Ne pas regarder en arrière lui avait permis d'avancer. Aujourd'hui elle se tournait systématiquement vers le passé et cela la détruisait à petit feu. Elle ne voulait pas lâcher ce qu'ils avaient vécus. Elle ne pouvait pas s'y résoudre. C'était ancré en elle. Elle avait besoin de ces beaux souvenirs pour ne pas sombrer. Elle avait besoin de l'espoir qui émanait de lui. Du plus faible petit espoir, qu'importe tant qu'il en restait un. « Envie ? Tu n'a pas pensé à moi et aux dégâts que ça pourrait causer ? » Son cœur était en miettes. Elle l'aimait. Son baiser signifiait plus pour elle que pour lui. Lizzie avait interprété tout ça de la mauvaise façon. Elle n'avait pas vu le coup venir. Aveuglée par l'amour qu'elle lui portait, elle s'était laissé entraîner dans une spirale qui la détruirait au final.

Les yeux rivés sur lui, elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait. Tout cela lui semblait si irréel. Elle espérait se réveiller d'une minute à l'autre mais elle dû se rendre à l'évidence : tout était bien réel. Silver le lui avait volé. C'était Lizzie qui avait fait battre son cœur autrefois. Lizzie qui avait le droit de le serrer dans ses bras. C'était leurs initiales qui étaient gravées dans un arbre près du lac. C'était elle qui avait le droit à ses « je t'aime », elle qui le faisait rire. C'était à elle qu'il avait fait l'amour une semaine plus tôt. « Mais c'est toi. C'est toi qui fait battre mon cœur à moi ! C'est grâce à toi si je suis encore debout ! » Désespérée, elle s'était remise à crier mais cette fois sa voix ne portait plus vraiment. Les sanglots lui nouaient la gorge à tel point qu'elle avait du mal à respirer. Elle pouvait faire quelque chose. Elle pouvait toujours. Elle devait. Rien n'est jamais figé. Lizzie ne pouvait se résoudre à abandonner. Elle n'avait jamais rien lâché lorsqu'elle était un militaire actif. L'ultime lueur d'espoir qui vivait en elle voulait croire qu'une partie du cœur de Sonny battait encore pour elle. Il ne pouvait en être autrement. « J'ai compté. Tu m'aimais pendant qu'on faisait l'amour. Dis le. Assume le. » Il le fallait. Comment ne pas croire le contraire ? Elle était sure que cette nuit avait un sens pour lui. Il n'était pas un de ces connards qu'on rencontre dans les bars. Il ne pouvait pas avoir fait l'amour avec elle pour le simple plaisir d'avoir quelqu'un dans son lit. « DIS LE !!! » Elle avait hurlé et avancé du même coup avant de se stopper net, réagissant face à la puissance de sa voix, face à son soudain manque de contrôle. Quelque chose s'était définitivement brisé en elle.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Bien sûr que non elle ne le voulait pas, et c’était bien pour cette raison que Sonny s’était sacrifié. Pourquoi avait-elle mis aussi longtemps à le comprendre ? S’était-elle vraiment imaginé que Sonny ne l’aimait pas assez pour la retenir ? Avait-elle vraiment pensé que leur couple ne tenait pas la route et qu’elle avait eu raison de s’enfuir ? Si tel était le cas, alors le jeune Fitzgerald en aurait le cœur tout retourné. Il avait tant souffert de sa propre décision, pourtant il avait toujours eu en lui l’infime conviction d’avoir bien agi. La douleur qui l’avait éteint à petit feu avait été pire que les adieux, les regrets l’avaient envahi et la sensation de s’être trompé aussi. Pourtant, lorsqu’il avait pris conscience que Lizzie l’avait oublié et ne lui enverrait jamais de lettres, il s’était relevé. Pendant des mois et des mois, et même une longue année, il avait espéré. Il avait souhaité voir la femme qu’il aimait lui donner des nouvelles pour enfin se répéter qu’il avait fait le bon choix. Mais jamais elle ne l’avait remercié, jamais elle avait pris la peine de s’inquiéter pour lui. Elle avait tiré un trait aussi simplement que l’on prenait le volant d’une voiture, le train ou que sais-je. Elle lui avait tourné le dos sans remords, rendant le choix de Sonny encore plus douloureux même s’il aidait à avancer : après tout, si elle se fichait tant de lui, ils n’avaient rien à faire ensemble et il était grand temps pour Sonny de broyer son cœur dans sa main pour faire taire les sentiments. Et c’est ce qu’il avait fini à faire en voyant que le temps passait sans aucun signe de sa part. Lui reprocher de ne pas l’avoir retenu, c’était comme lui reprocher de l’avoir aimé et de s’être sacrifié, et Sonny ne pouvait supporter plus longtemps ce comportement. Ouvrant son cœur, il laissa les mots qui pesaient tant en lui s’échappaient de ses lèvres, s’évadaient pour mieux frapper à la figure de Lizzie. Il fallait qu’elle comprenne, qu’elle ouvre les yeux une bonne fois pour toutes et les flots de reproches de Sonny devaient atteindre sa cible, à savoir le cœur de la jeune femme. C’était le seul moyen de la secouer une bonne fois pour toutes et qu’elle arrête de s’enfoncer dans toute cette lâcheté écœurante. Visiblement, le message fut passé cette fois-ci. Presque soulagé, Sonny laissa un faible soupir sortir de sa bouche.

Et voilà que désormais, elle parlait des habitants de la ville. Forcément, le jugement qu’ils portaient sur elle semblait la dévorer chaque jour un peu plus. Douce vengeance pour Fitzgerald, qui l’avait vu lui tourner le dos sans même un dernier regard. « NE PARLE PAS DE PETER SUR CE TON. » s’exclama-t-il, la colère reprenant le dessus. Il ne supportait pas que l’on parle en mal de celui qui était comme son frère pour lui. Peter avait raison, Lizzie avait tué des personnes sans doute innocentes parfois, à quoi bon le nier ? « Tu as tué Lizzie, c’est la triste vérité. Que tu le veuilles, ou non. » répondit-il sèchement. « Tu n’es peut-être pas un monstre, mais tu as ôté la vie à des personnes qui n’avaient rien demandé. Tu as fait la guerre alors que la Terre entière cherche la paix. Peter… Moi. » Avait-elle oublié que Peter était un grand pacifiste, qui avait fait de son métier bien plus qu’un simple gagne pain mais une véritable passion, un vrai combat. Avait-elle oublié que Sonny possédait un diplôme de chirurgien avant de sauver des vies, qu’importe si la personne est bonne ou mauvaise ? La vie avait un prix, de quel droit pouvait-on y mettre un terme sans demander l’accord du principal concerné ? Sonny ne comprenait pas, tout comme le reste de la ville. Mais il savait une chose : les habitants avaient beau parlé, ils n’agissaient jamais directement contre elle, et encore moins dans le but de la détruire. C’est pourquoi il reprit. « Tu deviens parano. » Une conclusion à toutes ses pensées, au fond. Lorsqu’elle avoua enfin être lâche, Sonny soutint son regard et ne flancha pas. Cet aveu n’attiserait aucunement de la pitié en lui, cela en était fini. Elle l’avait cherché, l’avait atteint en plein cœur une fois de plus, et il saturait. Lizzie n’était finalement pas une jeune femme comme il lui fallait, elle ne le méritait pas. « Non, je n’ai pas pensé à toi parce que j’avais envie d’être égoïste au moins une fois dans ma vie. J’en ai marre de toujours devoir me sacrifier pour toi Lizzie, j’en ai marre parce que toi, tu ne penses qu’à toi. » Au moins, c’était dit. L’absence de lettres, de nouvelles, son besoin de reprendre les choses là où elles s’étaient arrêtées sans chercher à savoir ce qu’il était devenu, sa volonté de le piéger pour qu’il retombe amoureux d’elle et qu’il oublie Silver, toute la jalousie qui la possédait quand une femme s’approchait trop près de lui (alors que jamais, ô grand jamais, Sonny n’en avait voulu à Lizzie d’avoir des amis masculins). Tant de choses qui montraient que le jeune Fitzgerald n’avait cessé de sacrifier ses plaisirs pour ceux de Lizzie. Tant de preuves d’égoïsme de sa part. Il n’avait plus envie de se faire avoir et il fallait qu’elle le sache. Il avait trop donné, sans attendre en retour, et voilà ce que cela lui apportait : de la souffrance, encore et encore.

Une fois de plus, Lizzie continua à ne penser qu’à elle et sa petite personne. Malgré sa démonstration d’amour à l’égard de Silver, elle continua à le vouloir, lui et ne cherchait même pas à accepter les sentiments qu’il avait pour sa mystérieuse (surnom qu’il s’amusait à donner à Silver sans qu’elle ne le sache – il trouve cela très poétique). « Bon sang Lizzie, pourquoi ne comprends-tu pas ? Pourquoi continues-tu à ne penser qu’à toi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? » Il perdait patience, et ces répétitions le prouvaient bien. Elle le défia finalement et c’est avec un regard fusillant qu’il reprit la parole. « Non, je ne le dirais pas. » Sa voix s'était radoucie. Il ne souhaitait pas lui mentir, tout simplement. La perte de contrôle de Lizzie fit naître une certaine crainte en lui, et le poussa à reculer de quelques pas. Elle le mettait hors de lui et la vérité semblait la mettre hors d’elle. Jusqu’à où allaient-ils se pousser l’un et l’autre ?  
Elizabeth Rosebury a écrit:

La vie lui semblait injuste. Elizabeth n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort mais elle commençait à croire que le ciel lui en voulait. Elle payait le prix de ses erreurs passés depuis son retour. Elle souffrait. Elle souffrait tellement que ça en devenait insupportable. Personne ne la comprenait plus. Sonny ne la comprenait plus et cette constatation la déchirait de l'intérieur. Lui qui avait toujours su déceler ses failles, lui qui la comprenait sans qu'elle ai besoin de parler. Ils avaient tout perdu dans cette bataille. Elle avait tout perdu. Lizzie se sentait incapable de continuer sur cette lancée. Elle ne voyait plus le bout de la route, ne discernait plus le sens de ses actes. Le sens même de la vie lui échappait tout à coup. Et tandis que la colère s'emparait de Sonny, Elizabeth tentait de fuir cette réalité trop cruelle et dangereuse. Il lui était impossible de reculer. En réalité, ses pieds refusaient de bouger alors que sa tête désirait plus tout fuir. Elle décelait chez Sonny une colère qu'elle ne se souvenait pas avoir vu un jour. D'ordinaire c'était elle l'impulsive, la colérique. Les rôles s'inversaient et elle était misérable face à lui. Ses mots pénétrèrent dans sa chair et y creusèrent une longue cicatrice. On en revenait toujours à cette foutue guerre et aux actes qu'elle avait commis. Il croyait la connaître, il pensait tout savoir sur ce qu'elle avait vu ou fait. Mensonges. « J'ai tué pour protéger ma vie et mes amis Sonny !! Tu aurais préféré qu'au lieu de me trouver bien vivante sur ta route, quelqu'un vienne t'annoncer ma mort ? C'est ça que tu voulais ? » Incapable de contrôler ses paroles et son corps, Elizabeth lâcha prise. Il n'était plus question d'être polie, gentille ou vulnérable. Ce stade était derrière eux. Prise d'une crise de larmes, elle n'en restait pas moins droite face à lui à soutenir son regard. Il le fallait si elle voulait garder un semblant de dignité. Il lui semblait avoir perdu de la valeur aux yeux de Sonny. Quelque chose s'était définitivement brisé entre eux. Les bons moments appartenaient au passé et Lizzie ne les distinguaient même plus. L'homme qu'elle avait en face d'elle n'était plus son Sonny. Son Sonny n'aurait jamais été aussi cruel. Il ne serait jamais mis en colère face à elle. « Oui je suis parano ! Je suis même complètement cinglée !! Je ne suis qu'une égoïste compulsive. Une malade. Une grande malade !! » A bout de souffle, sa poitrine se soulevait plus souvent qu'à la normale et son corps tout entier tremblait. Elle n'arrivait pas à croire qu'ils avaient cette conversation. Elle ne pouvait pas croire qu'ils en étaient arrivé à ce point. Le point de non retour.

En colère, Lizzie ne se contrôlait plus. Il y avait des mois qu'elle n'avait pas eut de crise violente suite à son traumatisme. Les médicaments qu'elle prenait au quotidien réussissait à canaliser son excès de violence, ses crises de paranoïa et sa peur. Malheureusement elle n'en avait pas prit régulièrement ces derniers temps, pensant qu'elle n'en avait plus autant besoin qu'avant. Lourde erreur. Plus le ton montait, plus les clients quittaient le magasin. Quelques curieux s'attardaient et bientôt leur dispute ferait le tour de la ville. Lizzie ne les voyaient même pas. Dans son champ de vision il n'y avait guère que Sonny. Elle le regardait avec ce mélange effrayant de tristesse, de rancœur et de haine. « J’en ai marre de toujours devoir me sacrifier pour toi Lizzie, j’en ai marre parce que toi, tu ne penses qu’à toi. » Haletant presque, Lizzie attrapa une conserver derrière elle et la lança contre le mur de l'autre côté en hurlant sa douleur. Elle voulait qu'il le reconnaisse. Elle avait besoin d'entendre qu'il n'était pas un salaud. Peut-être l'idéalisait-elle trop. Elle refusait de voir qu'il avait changé, que tout avait changé. Le passé avait beau appartenir au passé, Lizzie continuait à vivre dedans et à espérer que rien n'avait changé. « Non, je ne le dirais pas. » Ces mots finirent par briser la mince barrière de son esprit. Elle sentit sa gorge se serrait et cru que son cœur allait s'arrêter. Ses jambes refusèrent de la soutenir plus longtemps et cédèrent, la laissant choir au sol. Lizzie n'arrivait plus à respirer. Elle se sentait vide. Prise d'une violente crise de panique, elle essayait de se reprendre, en vain. Le visage ruisselant de larmes, elle se tenait la gorge d'une main tandis que l'autre reposait sur sa poitrine. Elle ne voyait plus rien. Sa panique lui faisait perdre ses moyens et ses sensations. Elle n'entendait plus que les battements effrénés de son cœur et sa respiration haletante. Devant elle tout était noir.


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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:11

Sonny Fitzgerald a écrit:
« Comment peux-tu dire une chose pareille ? » répliqua-t-il quasi instantané, le regard sombre. Comment pouvait-elle ? Ce n’était pas parce qu’il ne l’aimait plus comme par le passé, qu’il était devenu un monstre sans cœur. Jamais il ne souhaiterait sa mort. Elle était gravée en lui pour le restant de sa vie, et cette idée ne déplaisait pas du tout Sonny. Il l’avait terriblement aimé, il avait vécu quelque chose de fort avec la jeune femme et personne ne pourra changer cela. Même s’il ne cautionne pas sa décision de partir faire la guerre, il n’a jamais pourtant émis des commentaires méchants et injurieux à son égard pendant son absence. Alors que son entourage s’évertuait à lui montrer que le départ de Lizzie était la meilleure chose qui lui était arrivé dans sa vie car elle n’était pas faite pour lui, Sonny n’avait jamais douté de son amour et de sa puissance. Lizzie était quelqu’un de bien et il en avait parfaitement conscience. Elle ne s’était pas engagée dans l’armée pour faire couler du sang d’innocents mais pour défendre des causes qui la faisaient vibrer. Et c’est bien pour cette raison qu’il ne s’était pas opposé à son départ. « Ce n’est pas parce que nous ne sommes plus ensemble que j’ai perdu mon cœur, Lizzie. Jamais je ne souhaiterais ta mort. Et même lorsque tu m’as sacrifié pour ton propre bonheur, je n’ai jamais éprouvé une telle pensée. » Un mélange de colère et de douceur se mêlait à ses propos. Il ne comprenait pas qu’elle puisse tenir de tels propos. Il ajouta d’ailleurs. « Même si tu sembles croire le contraire, je ne renierais jamais notre passé. » Lizzie semblait ne pas comprendre les critiques que les habitants faisaient à son égard, pourtant elles étaient justifiées dans une certaine mesure. Même si elle avait sauvé sa propre vie et celles de ses compagnons, il n’en restait pas moins qu’elle avait appuyé sur la gâchette à nombreuses reprises. Du sang avait coulé inutilement, et lorsque l’on souhaitait plus que tout un monde en paix comme Sonny, ce n’était pas toujours facile à accepter. « Tu as fait ce que tu avais à faire, tu as fait ton travail. Le mien est de réparer les dégâts causés par l’armée. » lui rappela-t-il, et un constat plutôt triste s’empara alors de son esprit. « A ce niveau-là, nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre. » Il sentit les larmes lui venir, la colère qui montait en lui était si forte qu’il avait du mal à la contrôler et comme dans chacun de ses moments-là, ses yeux commençaient à se brouiller. Sa seule manière de relâcher la pression, en fin de compte.

Voir Lizzie n’arrangea en rien les choses. Mais alors qu’il était sur le point de culpabiliser, il se rendit compte qu’il ne la reconnaissait pas. Ce n’était plus son premier amour qui se trouvait devant lui, mais un être possédé par la colère. Une boîte de conserve s’écrasa comme un mur et la violence de ce geste fit sursauter Sonny. Ses paroles avaient été dures mais il fallait qu’elles sortent coûte que coûte pour qu’enfin Lizzie se relève et reprenne sa route. Ce n’était pas en restant obsédée par le passé qu’elle parviendrait à vivre la vie qu’elle rêvait petite. Il fallait que Sonny soit dur pour qu’elle comprenne que ressasser le passé allait l’empêcher de profiter de l’instant présent. Il ne souhaitait pas qu’elle persiste dans cette voie, parce que la nostalgie grandissante pouvait faire des ravages. Elle ne méritait pas cela, et elle avait beau croire le contraire, Sonny avait juste envie de la secouer pour son bien. Le sien aussi, forcément, puisqu’avec Lizzie amoureuse de lui, ils leur étaient tout bonnement possibles de reconstruire une nouvelle relation. Il appréciait beaucoup trop la jeune femme pour la rayer de sa vie et c’était bien pour cette raison qu’il avait persisté à la revoir et à renouer le contact depuis son retour. Elle avait beau croire le contraire, le penser monstre sans cœur et blessant, il n’en restait pas moins que Sonny n’avait pas changé : sa maladresse et son honnêteté avaient été les choses qui avaient séduites Lizzie par le passé, les renie-t-elle désormais ? Reculant de quelques pas pour éviter la colère de la jeune femme, Sonny prit rapidement conscience que quelque chose ne tournait pas rond. Les symptômes d’une crise de panique s’accumulaient et alors qu’il se dirigeait hâtivement vers elle pour la serrer dans ses bras et la rassurer, Lizzie se laissa tomber sur le sol, en pleurs et prise de tremblements. Diplôme d’études de médecine, il savait parfaitement comment réagir. Ne possédant pas d’anxiolytique à portée de main, il cria à l'adresse du commerçant qui, interpellé par le bruit sourd de la conserve puis les cris et pleurs, venait de faire son apparition dans le rayon. « Allez chercher de l'eau s'il vous plaît ! » cria-t-il, un peu trop fort avant d’enchaîner aussitôt. « Lizzie, regarde-moi. »Sonny s’accroupit pour faire face Lizzie. Il se saisit de ses mains, jusqu’alors posées sur sa poitrine et sur sa gorge. « Lizzie, tu m’entends ? » cria-t-il, un peu trop fort avant d’enchaîner aussitôt. « Lizzie, regarde-moi. » Il aurait pu paniquer à son tour mais ses études lui permirent de garder un calme olympien qui allait sans nul doute faciliter les choses. Il posa ses mains sur les joues de la jeune femme pour la forcer à reprendre un tant soit peu connaissance mais surtout pour capter son attention. « Concentre-toi sur ta respiration. Inspire profondément et expire longuement. » Il mima le geste pour accompagner la jeune femme à lutter contre cette crise d’angoisse. « Inspire, expire. Inspire, expire. » Lorsqu’il sentit que les battements du cœur de la jeune femme reprenaient un rythme plus normal, il reprit. « C’est bien Lizzie, continue. Inspire, expire, tout va bien se passer, je suis là. » Il contempla son visage trempé de ses larmes et ne put s’empêcher de l’essuyer d’une main. « Je suis là. » répéta-t-il. Parce que oui, quoiqu’elle pense, il serait toujours là pour elle.
Elizabeth Rosebury a écrit:


« Je ne sais plus ce que je dois penser !! Tu me laisse dans le flou Sonny. Un jour tu me témoigne de l'affection et le lendemain tu me hurle dessus. Je ne sais plus ce qui est réel. » Et c'était bien là le problème. Elle avait perdu depuis longtemps toute notion du réel. Elizabeth, en se perdant dans les méandres du passé, désirait vivre une autre vie. Une vie faite de leurres et d'illusions. Une vie qui lui semblait bien meilleure et plus facile. La réalité elle l'avait trop affronté et en avait tellement souffert qu'elle ne se sentait plus de taille à se battre. Perdue, Lizzie sentait la fin venir. Elle n'avait jamais abandonné auparavant et pourtant l'envie grandissante de tout lâcher l'assaillait en permanence depuis peu. C'était lâche, oui. Mais tellement plus facile que de se battre contre une chimère. En Irak tout était bien différent. Même si la vie quotidienne était rude et qu'on ne la ménageait pas, Lizzie s'y sentait d'avantage chez elle. Parce qu'au moins là-bas personne, ou presque, ne la jugeait. Là-bas son histoire restée à écrire. Il n'y avait personne pour se rappeler la fillette qu'elle avait été. Personne pour lui rappeler ses erreurs passées et surtout personne ne connaissait Sonny. Caché au fond de son cœur, il avait été sa lueur d'espoir lorsque tout lui semblait perdu. Aujourd'hui elle n'arrivait pas à comprendre comment ils en étaient arrivés jusqu'ici. Avant son départ ils n'avaient jamais haussés la voix l'un contre l'autre. En réalité, ils ne se disputaient jamais. Ils étaient parfaits. Ils étaient faits l'un pour l'autre quoiqu'en dise Sonny aujourd'hui. Malgré tout leur différences sautaient aux yeux. Elle engendrait le mal pour que lui puisse réparer. D'une atrocité sans nom, cette constatation la fit vaciller.

Des crises de ce genre Lizzie en avait fait. Beaucoup. Beaucoup trop. Depuis sa démobilisation et son retour aux États-Unis, la jeune femme ne contrôlait plus rien. Ni son corps, ni sa vie. Le monde extérieur l'effrayait et la paralysait, si bien qu'elle avait été incapable de quitter sa maison pendant plusieurs semaines. Ensuite on lui avait fait voir un psychologue. Si les médicaments avaient quelque peu arranger son malaise, Lizzie était consciente que rien ne la sauverait vraiment. Ses crises contrôlaient, elle avait repris une vie plus ou moins normale et avait choisi Sand Valley pour se remettre. Mauvaise idée bien sur. Néanmoins, le stresse de la grande ville et la surpopulation de New-York ne lui manquait pas. Sand Valley avait l'avantage de ne pas la stresser autant qu'avant, ni de déclencher des crises de paranoïa a répétition. Elle aurait aimé voir ses parents quitté la grosse pomme mais ce n'était qu'un rêve. Elle savait pertinemment que son père ne quitterait jamais les forces de police new-yorkaise pour s'installer ici où la police est quasiment inutile. Condamnée à vivre de la sorte, prisonnière de son propre corps et de son esprit, Lizzie luttait en permanence pour garder la tête hors de l'eau. Un combat acharné dont personne n'avait conscience et dont elle refusait de parler. Si elle avait pu choisir, jamais elle n'aurait montré sa vulnérabilité ici devant Sonny. Surtout pas devant lui. Personne ne devait savoir. Il était la dernière personne à qui elle voulait montrer ses faiblesses et ses problèmes. Néanmoins, incapable de bouger, Lizzie lâcha prise. Il n'y avait rien à faire et elle en était consciente. La seule responsable dans cette histoire c'était elle-même parce qu'elle n'avait pas suivi son traitement à la lettre. Elle avait plusieurs fois négligé ses prises de médicaments, pensant aller mieux. Erreur. Respirer lui devenait insupportable. Sa gorge brûlait, ses yeux s'embuaient à tel point qu'elle ne voyait plus rien et un terrible bourdonnement résonnait à ses oreilles. Malgré tout elle distinguait Sonny devant elle qui s'activait et criait. Elle sentait ses mains contre les siennes mais tout cela lui semblait lointain. Elle voulu hurler de toutes ses forces mais aucun son ne parvint à franchir ses lèvres. Prisonnière d'elle-même, Lizzie laissa son amour d'enfance s'occuper d'elle comme il l'avait toujours fait. Les yeux rivés sur le visage de Sonny qu'elle distinguait à peine, Elizabeth se concentra sur ses grands yeux bruns. Se concentrer lui demanda un effort surhumain mais bientôt elle calma sa respiration et la cala sur celle de Sonny, lente, posée, calme. Reprenant peu à peu le dessus, les tremblements se firent moins violent sans pour autant cesser complètement. Prise de hoquet, elle ferma les yeux un instant. « Je suis là. » Mais pour combien de temps ?

Ne se sentant pas la force de répondre, Lizzie se contenta de poser son front contre le sien. Elle n'était plus en état de réfléchir et les dernières minutes s'étaient comme évaporées de son esprit. Vulnérable comme jamais, elle prit soudainement conscience de ne pas avoir grandi. En revenant à Sand Valey elle avait du même coup retrouvé ses 16 ans. Elle n'était qu'une gamine avec ce besoin irrationnel d'avoir Sonny auprès d'elle à chaque seconde. La Elizabeth de 27 ans qui avait été en Irak se battre n'avait besoin de personne. « Non. » Forçant Sonny à lâcher prise, elle rejeta sa tête en arrière et rouvrit les yeux. Ce n'était plus un regard apeuré et triste qu'elle lui portait mais bel et bien un regard dans lequel transparaissait une forme de détermination et de résignation. « Je n'ai pas besoin de toi ! Laisse moi ! » Elle aurait aimé être plus forte à ce moment là. Malgré tous les efforts possibles, Lizzie ne s'était pas montré froide. Elle avait conservé ce timbre de voix à la fois doux, fort et déstabilisant. Elle était si perdue qu'elle avait eut à peine conscience de ses propres paroles. Pourtant elle pu lire le mal que cela fit à Sonny dans ses yeux et elle s'en voulut presque immédiatement. Trop tard, une fois de plus.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Le problème, c’est que Sonny non plus ne savait plus où était le réel. Perdu par des sentiments contradictoires, il avançait sans savoir où il mettait les pieds. Pourtant, au fond de lui, il savait que repousser Lizzie était la meilleure chose qu’il pouvait faire dans sa vie, actuellement. Elle ne méritait même pas sa générosité ou son affection, après tout ce qu’elle lui avait fait subir. Elle ne méritait pas qu’il s’intéresse à elle d’une quelconque manière, elle ne méritait pas qu’il lui prépare un dîner, elle ne méritait pas qu’il l’embrasse ou lui témoigne son affection. Elle ne méritait rien, parce qu’elle avait tout gâché. Mais Sonny était celui qu’il était depuis toujours, il était bien trop gentil pour tirer définitivement un trait sur Lizzie. Peut-être était-ce cela qui le poussait à lui faire face aujourd’hui, à mettre les choses à plat pour qu’il n’y ait aucune ambigüité entre eux. Il désirait profondément rétablir un semblant de complicité entre eux, même s’il le montrait difficilement. Il savait que Lizzie appartenait à sa vie, qu’elle était à jamais en lui et qu’il lui serait impossible de l’oublier. La jeune femme était l’une de ses personnes qui entraient dans votre vie pour ne plus jamais en sortir. Il n’y avait aucune marche arrière, tous les chemins la menaient au cœur de Sonny et cela ne changerait jamais. Des femmes, il en avait aimé nombreuses après le départ de Lizzie, tant il ressentait cette passion pour l’amour. Et à chaque fois, le fantôme de son premier amour l’avait hanté. Non pas qu’il l’aimait encore, parce qu’il savait ce temps là résolu, mais parce que chaque moment le ramenait à elle. De bons comme de mauvais souvenirs. Et Sonny savait que durant toute sa vie, il devrait faire avec ça. Au fond, c’était un peu comme Peter avec Willow. Même si cette dernière n’avait pas été son premier amour, elle avait été la femme qu’il avait aimée à s’en déchirer le cœur. Ils étaient désormais unis à jamais, même si leur couple avait rompu. Et Sonny connaissait parfaitement son meilleur ami pour se rendre compte qu’un rien troublait son regard et réveillait en lui un souvenir lié à Willow. Ils se comprenaient, comme toujours. Tirer un trait sur Lizzie lui était donc impossible et c’était bien pour cette raison qu’il était désormais perdu. La déception liée à son départ était toujours ancrée en lui, mais elle se mêlait avec l’envie de repartir à zéro, pour créer une relation d’une toute autre nature.

Il serait toujours là pour elle. La preuve en est encore aujourd’hui. Alors que Lizzie était prise d’une crise d’angoisse, voilà que Sonny oubliait toute leur conversation pour se concentrer sur l’état de santé de son premier amour. Plus rien ne comptait d’autre, il avait oublié toute déception, rancœur, et regrets. Son calme digne d’un grand médecin lui permit très rapidement de ralentir les battements de cœur de Lizzie puis de lui redonner une respiration normale. Il savait utiliser les mots justes pour la rassurer, comme par le passé. Lorsqu’enfin elle reprit connaissance et ouvrit la bouche pour lui répondre, Sonny sourit. Et alors que Lizzie semblait vouloir le repousser, il garda la même expression sur son visage. Il avait réussi à la calmer, et c’était tout ce qui comptait. Qu’importe la réaction de Lizzie désormais, il avait réussi à l’apaiser comme il le faisait si bien par le passé. Le regard de la jeune femme changea alors, mais cela n’eut aucun effet sur le jeune Fitzgerald. Il caressa d’ailleurs la joue de Lizzie, comme pour accentuer ses propos. Il était là pour elle, qu’importe si elle lui jetait à la figure un non déterminé. Pourtant, lorsqu’elle continua en lui annonçant qu’elle n’avait pas besoin de lui, Sonny sentit son cœur se serrer. Il retira aussitôt sa main et se recula. Il ne lui demandait pas de le remercier pour ce qu’il venait de faire, il était un médecin, c’était là son métier. Mais il aurait aimé lire en elle autre chose. Se levant finalement, Sonny lui dit, d’une manière presque inaudible tant il était surpris par ce retournement de situation. « Si c’est ce que tu veux. » Son ton se révéla sec. Et sans adresser un dernier regard à Lizzie, il s’en alla. Il savait qu’elle ne risquait plus rien à l’heure actuelle et c’était bien pour cette raison qu’il lui avait tourné le dos. Sonny était peut-être blessé d’une telle réaction, il savait tout de même mettre sa fierté de côté pour le bien de Lizzie lorsqu’il le fallait. Lorsqu’il ferma la porte de la boutique, Sonny ne put s’empêcher de frapper d’un fort coup de pied une canette de soda qui trainait sur le trottoir (chose qu'il ne faisait jamais). Il n’en pouvait plus. Cela en devenait invivable. Ses yeux commencèrent à se brouiller, tandis qu’il prenait le chemin qui le menait jusqu’à chez lui. Un peu d’air frais lui changerait peut-être les idées, qui sait.



FIN.

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MessageSujet: Re: Anciens topics Sonnybeth   Sam 19 Oct - 9:14

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Elizabeth Rosebury a écrit:



Sonny Fitzgerald & Elizabeth Rosebury


Un mois. La nouvelle de sa grossesse avec eut l'effet d'une bombe sur Elizabeth. Elle portait en elle la vie depuis plus d'un mois et n'avait toujours pas réussi à l'avouer au principal intéressé. Sonny n'était au courant de rien. En d'autres circonstances il aurait su dans l'heure qui aurait suivi son test. Si ils avaient été réellement un couple, si ils avaient poursuivit leurs études ensemble, si ils avaient vécus ensemble... Si. Mais voilà, rien ne s'était passé comme ça. Rien. C'était bien pire. Elle aurait tant aimé débarquer chez lui, le sourire aux lèvres avec l'envie grandissante de lui annoncer la nouvelle. Elle aurait tant aimé qu'il la serre dans ses bras en riant, surpris et si heureux de savoir qu'ils allaient enfin fonder une famille. Elle aurait aimé voir le visage rayonnant de Sonny s'illuminer. En se levant ce matin avec la ferme intention de tout lui révéler, Lizzie savait qu'il n'en serait jamais ainsi. Sonny n'allait pas sauter de joie. Au contraire. Elle le savait. Après tout ce qui s'était passé elle ne pouvait concevoir qu'il serait heureux. C'était impensable, inimaginable. Il allait la détester un peu plus et lui en vouloir. Incapable de penser à autre chose, Lizzie se torturait l'esprit depuis son réveil. Les nausées matinales ne lui laissaient aucun répit non plus. Enfermée dans la salle de bain depuis près d'une heure, la cuvette des toilettes était devenue sa meilleure amie. Après ce passage désagréable devenu rituel, elle se doucha à l'eau tiède et tourna le robinet à fond vers le froid pendant deux minutes avant de finalement ressortir. Le froid lui remettait toujours les idées dans le bon sens. Malheureusement le courage avait déserté. Sachant malgré tout qu'elle avait assez repoussé cette échéance et qu'elle n'avait désormais plus le choix, Lizzie se força à avaler un café ainsi que deux croissants encore tièdes acheter par Griffin. Il était aux petits soins avec elle depuis qu'elle lui avait avoué pour sa grossesse. Bien sur il avait toujours été adorable. Le frère idéal qu'on lui enviait parfois !

Prête à quitter le nid rassurant de sa maison, Lizzie resta un moment sur le pas de la porte à respirer l'air printanier. Elle n'avait jamais connu Sand Valley au printemps, sa saison préféré. Tout était si beau, si calme, si pure. Cette sérénité lui avait manqué. Presque apaisée par ce spectacle, Lizzie prit la route qui menait chez les Fitzgerald. A chaque pas le poids sur son cœur s'alourdissait un peu plus. Sa nervosité reprenait le dessus ainsi que le stresse. Incapable de se contrôler plus longtemps, Elizabeth se rongea nerveusement l'ongle du pouce jusqu'à arriver devant la maison. Debout sur le perron, le regard vide, elle attendait. Frapper à la porte ou presser le bouton de la sonnette semblait lui demander un effort surhumain. Malheureusement il fallait le faire. Elle avait repoussé ce moment bien trop longtemps. C'était à elle de lui dire. Sonny ne devait pas l'apprendre autrement. Surtout pas. Leur relation était assez tendue comme ça. Prenant son courage à deux mains, Lizzie sonna et attendit durant une minute qui lui sembla durer bien plus longtemps. Enfin le cliquetis significatif d'une porte qu'on ouvre résonna et son cœur cessa de battre. Le souffle coupé elle regardait Sonny sans savoir quoi dire. Pourtant elle s'était préparée à ce moment. Elle savait exactement quoi lui dire ce matin. Tout avait soudainement disparu, la laissant sans défense devant l'homme qu'elle aimait et qui devait probablement la détester. « Salut... » souffla-t-elle, sans conviction et peu sûre de sa voix. Il fallait à tout prix que les mots sortent avant qu'il ne parle. Il le fallait. « Je... Il faut que jte parle. » Reprenant son souffle comme si elle l'avait perdu depuis plusieurs minutes, Elizabeth baissa les yeux. Sa belle assurance s'évaporait comme de la fumée à chaque fois qu'il était en face d'elle. Et il y avait de quoi. Sonny avait un bon paquet de choses à lui balancer à la figure. Depuis son retour en ville, Lizzie avait enchaîné erreur sur erreur et Sonny était à chaque fois là, près d'elle. Ou pas d'ailleurs. Leur relation ne tenait plus qu'à un fil et elle sentait que ce qu'elle s'apprêtait à lui dire scellerait à tout jamais leur deux destins dans le bon sens ou le mauvais.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Depuis que Daisy était venue sonner à sa porte en pleine nuit (comme un appel au secours devant la détresse qui envahissait son corps si fin et si fragile – c’était tout du moins ce que Fitzgerald pensait), Sonny revivait. Il avait même retrouvé le sourire. Certes, certaines choses le préoccupaient toujours autant, comme Lizzie et son comportement dangereux pour elle mais surtout pour les autres ou encore Chris et son agression, mais Sonny essayait de ne garder que le bon pour être là pour ses proches. Il ne souhaitait plus s’enfermer dans sa chambre, à se morfondre et à broyer du noir. Il partait bientôt pour l’Afrique (d’ailleurs, à la demande insistante de Chris, il avait commencé à mettre de côté des affaires) et devait profiter de chaque instant à Sand Valley. Si possible, loin de tout problème. D’ailleurs, c’était étonnant. Il n’avait plus de nouvelles de Lizzie depuis un petit moment maintenant et cela en était presque trop beau pour être vrai. Quand est-ce que le nouvel équilibre dans sa vie allait se casser la figure ? Avec son premier amour dans la même ville, la probabilité de quitter sa famille et ses proches sur un happy end était plutôt faible. Et aussi surprenant soit-il, Sonny n’arrivait pas à lui en vouloir. Si la colère s’était emparée de lui lorsqu’elle avait repoussé son aide, il n’en était plus rien aujourd’hui. Il commençait même à apprécier la décision de Lizzie, non pas par lâcheté mais parce que tout ce calme lui faisait du bien. Il n’était pas revenu chez ses parents pour avoir discussion houleuse sur discussion houleuse avec Lizzie. Et pouvoir respirer un peu était plutôt agréable après toutes ses semaines déstabilisantes. Il en avait même besoin pour être en paix avec soi-même et sa décision de tout quitter pour l’inconnu, pour exercer sa passion au quotidien.

Allongé dans le canapé devant l’un des dessins-animés qu’il adorait regarder lorsqu’il était enfant et qui mettait en scène des supers héros, Sonny entendit la sonnette de la porte d’entrée retentir pile au moment stratégique. Soupirant très légèrement, il sortit de sa bulle en se levant. Alors qu’il faisait son apparition dans l’entrée de la maison, son regard fut retenu par un objet sur la commode, seul meuble de la pièce. Brillant, étincelant, cela ressemblait fortement à un bijou. Sachant pertinemment bien que ses parents s’étaient absentés depuis une semaine déjà pour de petites vacances, ce bracelet appartenait sans nul doute à Daisy. Un sourire béat sur les lèvres, Sonny toucha doucement l’objet puis finit par s’en emparer, prenant conscience qu’il était venu ici pour ouvrir la porte. C’est ce qu’il finit donc par faire. Malheureusement, son sourire étincelant n’illumina pas plus longtemps son visage. Lizzie. Son visage changea même de couleur et une impression de froideur se répandit autour d’eux. « Salut. » fit-il simplement, d’un ton neutre, ne sachant comment accueillir sa venue. Le bijou de Daisy toujours en main, il fixa Lizzie attendant qu’elle lui explique ce qu’elle venait faire ici, il ne souhaitait guère lancer une conversation, de peur de semer une fois de plus la zizanie. Lorsqu’elle lui annonça qu’il fallait qu’elle lui parle, Sonny réprima un soupir et laissa la voix libre pour qu’elle entre. Il n’ouvrit même pas la bouche pour l’inviter à le faire. Sa bonne humeur l’avait quitté et il ne savait pas si elle allait désormais revenir. Lizzie avait l’effet d’une tornade dans sa vie et le danger n’était jamais bien loin. Une fois entrée, Sonny referma la porte puis serra fort dans sa main le bijou de Daisy. C’est lui qui allait, aujourd’hui, lui donner la force d’affronter son premier amour. « Je t’écoute. » finit-il par dire, désirant mettre rapidement un terme à cette conversation qui n’annonçait rien de bon. Il fallait que Lizzie aille jusqu’au bout pour qu’enfin il sache ce qu’elle lui réservait cette fois-ci. Il n’était pas à l’aise et la nervosité prenait peu à peu le contrôle de son corps, cela se voyait.  
Elizabeth Rosebury a écrit:


Lizzie savait que son choix de ne pas parler à Sonny plus tôt pèserait lourd sur sa conscience. Elle avait eut le courage d'en parler à ses proches qui lui avaient assurés qu'il comprendrait, qu'il serait là, qu'il ne pouvait tout simplement pas la rejeter. Et pourtant la jeune femme n'en était plus si certaine. Il avait toutes les raisons du monde de ne plus vouloir entendre parler d'elle. Elle s'était montré odieuse avec lui alors qu'il l'avait aidé. Elle avait essayé de faire du mal à Chris. Certes sans vraiment s'en rendre compte mais le résultat était le même. La ville entière savait désormais qu'elle avait pété les plombs. On la prenait plus que jamais pour une dingue. A juste titre. Si Elizabeth essayait de ne pas tenir compte des bavardages de rues, elle ne pouvait éviter les regards qu'on lui lançait. Ils semblaient tous effrayer par l'idée qu'elle allait descendre toute la ville et si cela la faisait sourire par moment, Lizzie en avait surtout marre. Elle ne supportait plus la pression qu'on lui mettait. En état de stresse permanent, elle n'avait d'autres choix que de poursuivre son traitement.

La boule au ventre, elle regardait le visage fermé de Sonny. Il l'invita à entrer sans un mot et ne se fit pas prier. La chaleur qui régnait dans la maison lui fit du bien et elle mit machinalement ses mains dans ses poches. La droite toucha un morceau de papier qui la fit se mordre la lèvre. Le sujet de sa visite. Le son de la télévision lui parvint, clair et fort. Un dessin animé. Imaginer Sonny vautré dans son canapé à rire devant ce genre de programme la fit sourire et lui pinça le cœur à la fois. Elle aussi aimait les dessins animés. Mais c'était avant. Est-ce que leur enfant les regarderaient avec ce même sourire béat en s'imaginant vivre ce genre d'aventures ? Elle l'espérait. Et elle espérait encore plus fort pouvoir jouir de la vie de Sonny et de leur bébé regardant l'écran de télévision ensemble. La vision se dissipa lorsque la voix de son ex-amant résonna. Reprenant contact avec la réalité, elle regarda successivement la pièce et Sonny, découvrant qu'il serrait quelque chose dans sa main. L'heure n'était pas aux bavardages. Elle était bien consciente qu'il ne voulait pas d'elle ici et qu'il était nerveux à cette idée. « D'accord. » Murmura-t-elle, plus pour se donner de l'assurance que pour vraiment lui répondre. Elle avait eut beau se répéter un discours, savoir exactement quoi dire, les mots ne sortaient pas. Hypnotisée par le regard dur de Sonny, Elizabeth ne savait plus quoi dire ni comment se tenir. Cette nouvelle allait définitivement tout changer dans leurs vies respectives. Plus rien ne serait comme avant et Sonny allait forcément lui en vouloir, même si il avait sa part de responsabilité. Elle ne pourrait plus disparaître de sa vie. Ils étaient désormais liés par la vie qu'elle portait en elle. « Je... » La gorge sèche, Lizzie se stoppa en plein élan. Elle aurait préféré se trouver en Irak plutôt que d'affronter ça. Bien sur elle aurait pu fuir, ouvrir la porte et s'en aller en courant. Mais pour aller où ? Fuir ne rimait plus à rien. Il fallait affronter la suite des évènements. Il fallait qu'elle ai le courage de tout avouer. Maintenant.

Elle prit une longue bouffée d'air et, les yeux fixés dans ceux de Sonny, laissa les mots glissés seuls hors de sa bouche. « Je suis enceinte. » C'était dit. Advienne que pourra. Reprenant peu à peu une respiration normale, Lizzie regardait le visage de Sonny changeait. Devait-elle préciser qu'il était le père ? Cela lui semblait inutile puisqu'il la savait vierge et peu encline à être le genre de femme à coucher avec tout le monde. Le temps était suspendu et Lizzie n'attendait plus qu'une chose : entendre la voix de Sonny. Peu importait ce qu'il allait dire, pourvu qu'il parle. Elle se sentait même prête à l'entendre crier.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Aujourd’hui, Sonny ne voulait laisser aucune émotion envahir son corps. Il souhaitait rester maître de la situation et ne rien montrer à Lizzie. Il ne fallait plus qu’elle ait un effet sur lui, qu’importe sa nature. Il souhaitait plus que tout retrouver sa liberté, celle qu’il avait réussi à apprivoiser avant que son premier amour resurgisse dans sa vie. Mais c’était dur d’agir ainsi face à la jeune femme. Ce n’était pas Sonny de rester de marbre face à une femme qu’il avait tant aimée, de garder un visage fermé. Mais il le fallait, pour leur bien à tous les deux. Les conversations houleuses les anéantissaient chaque fois un peu plus et le mal devait être stoppé le plus rapidement possible. Ce n’était clairement pas vivable. Sonny ne souhaitait pas voir disparaître tous leurs bons souvenirs communs à cause de gros désaccords aujourd’hui. Il voulait qu’elle soit heureuse, loin de lui, pour qu’enfin il puisse définitivement tourner la page et se donner corps et âme dans une nouvelle relation. Le bijou de Daisy toujours dans sa main, Sonny regarda Lizzie entrer dans le logis des Fitzgerald. Il était prêt à entendre ce qu’elle avait à lui dire. D’apparence, en tout cas, car la venue de Lizzie n’annonçait rien de bon, son instinct le poussait même à croire qu’un raz de marée n’allait pas tarder à s’abattre sur la ville. Sonny n’était pas à l’abri d’une mauvaise nouvelle ou d’un retournement de situation qui ne lui convenait pas. Après tout, la seule chose de bonne qui pouvait aujourd’hui arrivait était que Lizzie s’excuse de l’avoir rejeté et accepte son aide, mais au vu de son malaise, Sonny avait très vite compris que les mots qui allaient sortir de sa bouche n’avaient rien à voir avec cela. La voir si hésitante fit battre davantage le cœur de Sonny, qui appréhendait désormais toute prise de parole. Il n’en montra rien mais la nervosité le rongeait entièrement au point de faire de son esprit et de son corps un champ de bataille entre diverses pensées contradictoires.

« Tu… » dit-il, pour lui donner le courage ou l’envie de terminer sa phrase. Il le fallait. Sonny ne supportait plus le silence qui s’était emparé de l’espace, glaçant l’atmosphère pourtant si joyeuse de sa maison. Finalement, les mots tant attendus mais surtout redoutés s’échappèrent des lèvres de Lizzie. Elle était enceinte. Non, ce n’était pas possible. Ils avaient couché ensemble une seule et unique fois et ils s’étaient protégés, non ? Merde, Sonny ressassait désormais leur moment d’intimité dans son esprit et la réalité le frappa de plein fouet. Il avait été con, terriblement con, et une vague de culpabilité l’envahit aussitôt. Il manquait d’air, étouffait même. Il sentait même le sol se dérober sous ses pieds. Il n’était plus chez lui, face à Lizzie, il se trouvait dans une dimension qu’il ne connait pas. Le monde avait arrêté de tourner autour d’eux et le silence se faisait encore plus insupportable maintenant. Aucun son n’arrivait à sortir des lèvres de Sonny, il était bien trop sous le choc pour dire quoique ce soit.

Au bout de quelques instants, il réagit enfin. Et sans doute pas comme Lizzie l’attendait. « De qui ? » siffla-t-il, d’un ton sec, espérant trouver un dernier espoir devant cette terrible situation. Sait-on jamais, peut-être que la jeune femme avait trouvé un autre homme depuis et venait lui annoncer la nouvelle, tout en redoutant qu’il soit troublé et déçu de cette dernière. Après tout, lorsqu’ils étaient adolescents, ils s’étaient promis d’avoir ensemble un premier enfant. La déception de Sonny aurait pu se faire sentir. Mais le jeune homme n’attendit même pas la réponse de Lizzie, la connaissant d’avance. Serrant encore plus fort dans la paume de sa main le bijou de Daisy, Sonny ressentit une légère douleur. Mais cela l’importait peu. Sans réfléchir et sans vraiment se contrôler, le jeune Fitzgerald s’approcha du seul meuble de la pièce et prit dans ses mains le vase en verre qui regorgeait de belles roses. Il jeta de toutes ses forces l’objet sur le sol. Les fleurs et l’eau se répandirent sur le carrelage, devant leurs pieds aussitôt. « Non, ce n’est pas possible. » cria-t-il. Le cœur battant, Sonny se sentait partir dans un désespoir qu’il ne parvenait pas à contrôler. Il allait mal et les larmes ne tardèrent pas à lui monter aux yeux. Prenant sa tête dans ses mains, il tourna le dos à Lizzie et se dirigea vers le mur de la pièce. Désormais contre, Sonny laissa ses larmes couler sur ses joues. Etait-il heureux ? Était-il énervé, déçu ? Il ne savait même pas. Tout ce dont il avait conscience, c’était que cette nouvelle venait de détruire ses projets d’avenir, qu’il avait tant désirés. Peu à peu, il prit conscience que Lizzie ne méritait pas tout cela. C'est pourquoi il marmonna, toujours visage contre le mur.  « Pardon. »
Elizabeth Rosebury a écrit:


Pas si prête que ça finalement. Face au silence de Sonny, le cœur d’Elizabeth battait d’autant plus vite dans sa poitrine, accélérant du même coup sa respiration. La tension était palpable mais elle ignorait quoi dire de plus pour aider Sonny à digérer la nouvelle.  Elle n’avait pas prit de gants pour le lui dire mais même avec toute la bonne volonté du monde, Lizzie n’imaginait aucune autre façon de lui avouer sa grossesse. Tourner autour du pot ne les aurait pas aidés. Au contraire, le jeune homme aurait été d’autant plus agacé. Prise soudainement de panique face au silence de Sonny, Lizzie ouvrit la bouche pour s’assurer qu’il avait bien entendu et compris. Inutile. La voix sèche et dénuée d’émotions siffla dans l’air, figeant Elizabeth sur place. C’était elle qui désormais ne comprenait plus. Les sourcils froncés, son cerveau réfléchissait à toute vitesse sans parvenir à clarifier ses idées. Croyait-il vraiment qu’elle avait fait tout ce chemin et lui avait déballé la chose sans qu’il ne soit concerné ? Lizzie était peut-être folle mais pas à ce point. Il n’y avait eut que lui. Depuis qu’ils étaient sortis ensemble la toute première fois, depuis leur premier baiser, Elizabeth savait que Sonny serait le premier. Et elle avait espéré le dernier. Elle avait su un jour qu’ils finiraient leur vies ensemble, qu’ils auraient des enfants, une belle maison et pourquoi pas un chien. Tout était clair à cette époque. Il n’y avait aucun doute à avoir. Et pourtant aujourd’hui ils ne formaient plus un couple. Et elle se retrouvait malgré tout enceinte de lui. C’était mille fois plus douloureux que d’être séparé par la guerre.

La suite se passa trop rapidement pour que la jeune femme ne comprenne réellement ce qui arrivait. Le fracas du verre sur le sol la fit sursauter et des tremblements incontrôlés prirent possession de son corps. Depuis son retour Sonny se mettait en colère dès qu’elle était dans les parages. Ce côté sombre de lui, elle ne le connaissait pas et le craignait. Oui elle avait su qu’il serait en colère mais sa réaction l’effrayait malgré tout parce qu’elle ne reconnaissait plus son Sonny. Celui qui la tenait dans ses bras, la berçait, savait la calmer. Ce Sonny ne se trouvait pas devant elle. Reculant jusqu’à toucher la porte d’entrée, les mains de Lizzie cherchait vainement la clenche afin d’échapper à Sonny, à cette colère et à toute cette douleur. Mais lorsqu’elle l’entendit faiblement lui demander pardon, Lizzie stoppa net toute activité. Elle était coupable. Tout était de sa faute. Sonny agissait ainsi parce que sa présence le détruisait à petit feu. Il ne la supportait plus et voilà qu’elle lui poser un poids supplémentaire sur les épaules. Elle s’était montrée égoïste depuis son retour. Inconsciente du mal qu’elle générée autour d’elle, Lizzie persistait à vouloir vivre dans son rêve.

Lentement, ses pas la guidèrent près de lui et sa main se posa, hésitante, sur son bras. Elle pouvait l’entendre pleurer et elle-même ne pourrait contenir ses larmes bien longtemps. Déglutissant avec peine, elle exerça une pression sur son bras. « C’est rien Sonny. C’est pas grave » Son cœur aurait du mal à retrouver un rythme normal mais pour le moment elle essayait de passer outre ses propres peurs. Il méritait bien ça. Elle devait absolument reprendre le contrôle de son âme et de son corps. Elle le sentit se débattre pour la repousser et recula à nouveau, moins apeurée qu’auparavant, mais bien plus blessée. « Je ne voulais pas que ça se passe comme ça. » Non ça n’aurait jamais dû se passer ainsi. Cette nouvelle aurait dû être accueillie par des rires et des larmes de joie. Il aurait dû l’enlacer, la faire tourner dans les airs et l’embrasser en lui demandant de répéter encore et encore qu’elle était bien enceinte. Toute cette douleur n’avait pas lieu d’être. C’était injuste. « C’est moi qui te demande pardon. » Le souvenir de leur dernière rencontre lui noua l’estomac. Elle avait été odieuse et lâche alors qu’il l’avait aidé. Et aujourd’hui elle lui annonçait de but en blanc cette nouvelle qui allait changer leurs deux vies à tout jamais.

Sonny Fitzgerald a écrit:
Sonny ne se reconnaissait plus. Lizzie avait un effet désastreux sur lui, si bien qu’il se demandait encore et encore s’il ne serait pas mieux qu’il quitte la ville. Il ne supportait plus leurs disputes incessantes, leurs conversations houleuses qui détruisaient tout sur leur passage. Depuis qu’elle était rentrée, l’équilibre qu’il s’était bâti difficilement s’était envolé. C’était comme si Lizzie l’empêchait d’avance et le ramenait toujours à son cœur brisé. Comme si elle l’attirait vers le fond d’un gouffre dont lequel il était impossible d’en sortir. Alors que Sonny ne demandait qu’à être heureux, voilà que sa première petite-amie l’empêchait t’atteindre son rêve le plus cher. Pire encore, l’annonce qu’elle venait de faire anéantissait une nouvelle fois ses plans : comment partir en Afrique après ça ? Devait-il faire l’égoïste, lui demander d’avorter ou de l’élever seule, loin de lui ? Ou devait-il au contraire – et une fois de plus – se sacrifier pour son plaisir à elle ? Il n’en pouvait tout simplement plus. Sonny avait tant rêvé de ce nouveaux événement et s’était imaginé toute la scène : Lizzie lui apprenant qu’elle était enceinte ; Sonny qui s’empressait de la serrer fort dans ses bras et de la faire virevolter dans les airs ; Lizzie qui lui demanderait d’arrêter, tout en riant, prétextant les fameuses nausées ; Sonny qui rougirait, gêné d’avoir fait une telle erreur, et l’embrasserait du front jusqu’à sa nuque, encore et encore, pour se faire pardonner ; Lizzie et Sonny l’annonçant, un sourire figé sur leurs lèvres, la nouvelle à leur famille. Tout aurait du être parfait mais rien ne l’était. Sonny n’aimait pas Lizzie et Lizzie s’accrochait au passé et à lui parce qu’elle n’arrivait pas à penser au présent et au futur. C’était désastreux. Leurs vies étaient à jamais liées et cette annonce pesait terriblement sur les épaules du jeune Fitzgerald. Il n’était pas prêt à cela. Lui qui détestait l’hypocrisie, ne se voyait pas jouer au père parfait. Il ne parvenait pas à comprendre comment tout ceci avait pu se passer. Enfin si, il savait parfaitement l’erreur qu’ils avaient faite, ensemble, ce fameux soir. Mais il n’aurait jamais pensé que cela les mènerait ici : ce bébé ne serait jamais heureux. Aux yeux de Sonny, un enfant était la suite d’un mariage réussi, un cadeau pour un couple ressentant un amour puissant. Aucun ingrédient n’était réuni aujourd’hui.

En brisant le vase de sa mère sur le sol, Sonny avait espérait faire taire sa colère, qui l’enflammait de l’intérieur. Mais il n’en fut rien. Bientôt, des larmes jaillirent de ses yeux. La tête contre le mur, il ne parvenait même plus à regarder Lizzie. Il n’en avait pas envie, il ne pouvait pas, il n’en était pas capable car il n’était pas celui qu’elle désirait qu’il soit. Il lui faisait du mal et elle lui faisait du mal. A quoi bon continuer ce carnage ? Sonny voulait qu’elle parte, puisqu’il puisse digérer la nouvelle, seul. Lorsqu’elle se dirigea vers la porte, il en fut soulagé. Pourtant, elle se ravisa très vite et le rejoignit. Pourquoi ? Cela partait d’une bonne intention mais c’était dur, terriblement dur. Fuyant son regard, il l’écouta lui parler et lui toucher le bras. Toujours face contre le mur, il marmonna. « Bien sûr que si, Lizzie, c’est grave. Très grave, même. » Ce n’était qu’un vase en verre, mais cela allait bien au delà pour Sonny. C’était tout son monde qui s’écroulait, sa personnalité qui chavirait. Plus rien n’allait. Il ne se reconnaissait plus et le point de non retour semblait désormais être atteint. Gêné par la proximité de leur corps, Sonny la repoussa fermement. « Moi non plus. » siffla-t-il entre ses dents, ne sachant comment prendre ses pseudos excuses. A quoi agir de la sorte ? Le mal était fait. Ils avaient fait une erreur ensemble. S’excuser et refuser d’admettre la gravité de la situation n’arrangeront jamais la situation et la naïveté de Lizzie agaça Sonny. Il finit d’ailleurs par se retourner, pour plonger son regard dans celui de la jeune femme. On voyait une larme couler sur sa joue et des yeux rouges. Mais il s’en fichait. Tout ne semblait qu’un détail désormais, dans le désastre qu’était sa vie. « Arrête de t’excuser Lizzie. Arrête, bon sang ! » Le ton montait, la colère avait remplacé la tristesse. « Arrête parce que ça m’énerve. Cela ne changera rien de la situation. On a fait une erreur ensemble, on ne peut plus revenir en arrière. Croire que des excuses changeront quelque chose à ce désastre est stupide. On a fait une putain d’erreur et nos disputes n’y sont pour rien. » A nouveau, des larmes coulèrent sur les joues de Sonny, sans qu’il puisse vraiment contrôler quelque chose. Il porta ses mains à son visage. « Ce n'est pas du tout ce que j'avais imaginé pour nous deux. » confessa-t-il finalement, les mains toujours posées sur sa figure.

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