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 Ancien topic Dee/Dorian

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Jodie Ostroff

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Bavardages : 294
Âge : 23 y.o.
Occupation : étudiante en commerce, fleuriste

MessageSujet: Ancien topic Dee/Dorian   Sam 19 Oct - 20:05

We'll make many storms (R).

Dorian a écrit:
Au fur et à mesure qu’il apprenait à mieux connaître cette ville pittoresque qu’était Sand Valley, Dorian réalisait que sa première impression avait été la bonne et que le seul endroit plus ou moins fréquentable – surtout en soirée – était l’After Hours. Un bar qui pouvait paraître vieillot à première vue, ringard et has-been d’après certains, mais une chose était sûre : ici, la clientèle était nettement plus civilisée qu’au Blue Eagle. Et il n’osait même pas évoquer le Devil’s Martini... Enfin, on apprenait de nos erreurs, n’est-ce pas ? Installé à une table assez éloignée, Dorian regardait les gens aller et venir, sans réel intérêt, comme toujours plongé dans ses pensées. A une différence près, puisque ce soir, ses réflexions étaient accompagnées d’une pinte de bière. Le genre de boisson qu'il ne se serait jamais imaginé déguster, surtout dans un lieu public. Il fallait croire que malgré ses revendications pour assurer le contraire, son séjour ici avait su apporter son lot de changements. Loin de l'univers lisse et empreint de l'hypocrisie dans lequel il avait grandi en Angleterre, Dorian semblait en bonne voie pour apprendre à apprécier les plaisirs dits simples de la vie. Hélas, il n'en restait pas moins convaincu que l'heure de rentrer était désormais imminente et que venir ici sous une impulsion avec l'idée saugrenue de revoir Lili (et de réaliser, éventuellement, qu'ils avaient un semblant d'avenir ensemble), avait été une erreur monumentale. Une bien jolie illusion à laquelle il avait tenté de s'accrocher, en vain... Ses yeux bleus rivés sur son verre, Dorian était bien loin d'imaginer que sa réalité serait de nouveau mise sens dessus dessous par l'arrivée d'une personne qu'il ne pensait pas revoir ici... Correction : qu'il ne pensait pas revoir tout court. Il ne sut dire ce qui le força à tourner la tête vers l'entrée, précisément. Peut-être était-ce le cliquetis extravagant et assuré de ses talons, ou le fait qu'une bonne moitié du bar venait d'être réduite à un silence fasciné et ébahi. Sa gorge en devint instantanément sèche et instinctivement, il porta la pinte de bière à ses lèvres, pourtant incapable de détacher son regard azur de Delilah qui venait de s'asseoir sur l'un des tabourets hauts du bar. Qu'était-il donc censé faire ? Aller la saluer poliment ? Faire comme s'il ne l'avait pas vu ? Bien plus confus qu'il ne pouvait le penser, Dorian n'osa pas esquisser un seul geste - seuls ses doigts se crispèrent malgré lui autour du verre - et se contenta de rester à sa place, à l'observer, profitant du fait qu'elle ne l'avait pas encore repéré. A moins qu'elle ait choisi volontairement de l'ignorer, ce qui était fort possible.
Dee a écrit:
Un pub-restaurant prônant la tradition. Vraiment ? Un rire s’échappa automatiquement des lèvres de Delilah, qui était plantée devant le fameux établissement. C’était bien le seul bar qui lui restait à tester dans cette petite ville de bouseux et le moins que l’on puisse dire, c’était qu’ils auraient pu éviter cette terrible faute de goût. Comme si Sand Valley n’avait pas assez de défauts à elle toute seule, voilà qu’ils commettaient l’irréparable. Le maire était un cas désespéré. Désireuse de voir ce spectacle de plus près, la jeune Rhodes se décida à entrer. De toute manière, tout était susceptible de l’amuser dans cet endroit alors pourquoi se priver d’un moment de bonheur et de médisance, n’est-ce pas ? Poussant la porte, Dee laissa son regard balayer vaguement l’After Hours avant de marcher vers le comptoir, ses talons frappant le sol selon un rythme régulier. Sa démarche presque féline eut aussitôt son effet : la plupart des clients se retourna sur son passage et la contempla jusqu’à ce qu’elle daigne s’asseoir sur l’un des tabourets du bar. Après avoir commandé une bière – elle détestait cela, mais la carte des boissons ne l’inspirant guère, elle n’eut d’autres choix que ce liquide pour sauvages et campagnards –, Dee se risqua à un autre regard sur l’assemblée. Elle aimait se donner en spectacle, être au centre de l’attention et elle était plutôt gâtée à l’heure actuelle. Qui oserait faire le premier pas vers elle ? Qui oserait commencer une conversation ? C’était toujours un plaisir de se poser ce genre de questions et d’attendre la réponse. Pourtant, ce jour-là, Dee n’eut guère le temps de se donner à ce petit jeu habituel car son regard resta accroché à une silhouette, assise non loin de là, qui l’observait elle-aussi. C’est alors que tout s’éclaira dans son esprit : Dorian. Il ne semblait guère ravi de la voir ou décidé à aller la saluer. On ne pouvait rester insensible face à l’aura qu’elle dégageait, Dee en était parfaitement consciente, à moins d’être anormalement constitué… ou d’avoir déjà croisé la route de la jeune femme. Un grand sourire moqueur se dessina sur ses lèvres. C’était trop beau pour être vrai : Dorian, qui semblait vouloir éviter tout contact, autre que visuel, avec elle. D’un côté, elle le comprenait totalement. D’un autre, c’était terriblement tentant de réduire en cendres ses projets. Si la présence de Dee dans ce pub dérangeait sans nul doute Dorian, l’inverse ne se vérifiait pas. La jeune Rhodes en était même ravie. C’était toujours un plaisir de mettre mal à l’aise un homme, après tout. Le bruit de ses chaussures hautes fit à nouveau retourner les regards sur elle lorsqu’elle se leva puis marcha jusqu’à Dorian, sa bière à la main. « J’espère que tu n’attends personne. » fit-elle, le visage désormais inexpressif, tandis qu’elle s’asseyait sans même demander l’autorisation à celui qui avait été son premier amant et, accessoirement, le pire ennemi de son frère.
Dorian a écrit:
Maintenant qu'il la savait en ville, tout s'expliquait et les détails s'assemblaient en un puzzle cohérent. Comme notamment les escarpins extravagants qu'il avait vu dans le salon des Rhodes, quand il était passé rendre visite à Alice, - l'identité de leur propriétaire était enfin révélée. Bien que peu enthousiaste à l'idée de l'aborder et ce, pour de bien nombreuses raisons, Dorian ne put contenir un léger sourire en la voyant se lever gracieusement et se diriger vers lui. « Nous savons tous les deux que même si c'est le cas, tu ne partiras pas, » déclara-t-il de sa voix bien plus amusée que d'habitude, sans la quitter de ses yeux. Il ne pouvait même pas dire à quand remontait leur dernière rencontre, si ses souvenirs étaient bons, il l'avait simplement aperçu à une soirée de gala, il y a fort longtemps, avant qu'elle ne s'évapore parmi la foule. Portant son verre contre ses lèvres, il ne se priva pas de la détailler longuement de son regard bleu saphir. En temps normal, Dorian aurait jugé cette façon d'observer quelqu'un malpolie. Mais il était bien connu que Delilah était un cas unique et qu'elle ne risquait pas de se sentir embarrassée, - pour quoi que ce soit, d'ailleurs. « Tu n'as pas changé. » Il était plutôt délicat de comprendre si ce constat était un compliment ou une simple allusion au fait que sa personnalité était toujours aussi particulière et haute en couleurs. A l'instar de son insupportable grand-frère, Delilah était l'une des seules personnes qui ne l'étonnait plus par son attitude, complètement à l'opposé de la sienne. Cela ne l'empêchait toutefois pas de se sentir plutôt mal à l'aise en sa présence. Elle ne l'intimidait pas, mais s'avérait extrêmement douée pour éveiller en lui une culpabilité néfaste, le genre qui vous ronge de l’intérieur, lentement mais sûrement. « Qu’est-ce qui t’amène dans un endroit comme Sand Valley ? » Il se doutait bien de sa réponse, - du moins, en partie. Mais il savait aussi que Delilah devait trouver ce village pathétique et indigne de sa présence. Se pouvait-il réellement que son frère lui ait manqué au point qu’elle daigne mettre un pied dans un tel environnement ? Souriant légèrement face à la répulsion que semblait lui inspirer sa bière, Dorian retrouva son regard pour rajouter d’une voix légèrement moqueuse : « Tu sais, le champagne qu’ils servent ici n’est pas si mauvais. Tu devrais essayer. » La pauvre n'avait pas l'air enthousiasmée par le contenu de son verre actuel et il parlait en connaissance de cause : la première fois qu'il était venu à l'After Hours - le jour de sa première réelle conversation avec Polly - il avait goûté le champagne qu'ils servaient ici et contrairement à ses attentes, ne l'avait pas trouvé répugnant. Certes, ce n'était pas du Dom Pérignon, mais ce n'était pas imbuvable pour autant.
Dee a écrit:
Le temps n’avait pas fait tant de ravages que cela sur les souvenirs de Dorian. Bien. Il se souvenait parfaitement de son caractère bien trempé et cela faisait plaisir à voir. Désormais assise face à lui, Delilah continua à rester de marbre. Certes, cela en était presque attendrissant de voir Dorian se rappeler de sa façon d’agir mais ce n’était pas non plus un exploit. Dee marquait bien souvent les esprits, sans qu’elle ne puisse vraiment contrôler la chose. Son premier amant n’était pas une exception. De toute façon, première fois ou non, Dee avait su révéler le félin qui dormait en elle et avait été à la hauteur de nombreuses attentes du jeune homme, il ne pouvait le nier. Finalement, alors que le silence semblait vouloir reprendre possession de l’espace, la jeune Rhodes laissa un léger sourire se dessiner au coin de ses lèvres avant de répondre à Dorian. Le regard toujours braqué sur lui, bien évidemment. « Effectivement, c’est toujours moi qui dicte les règles. » fit-elle, d’un ton las même si l’amusement se lisait sans nul doute dans ses yeux. A dire vrai, Dee ne mentait pas à ce sujet-là. Capricieuse, elle avait pris l’habitude d’obtenir tout ce qu’elle désirait et ce, dans un claquement de doigt. Ainsi donc, vouloir tout contrôler n’était pas étonnant en soi. Nate avait d’ailleurs une grande influence sur elle à ce niveau-là. Qui sait, peut-être occuperait-elle le rôle de premier ministre américain un jour, son frère pouvait bien faire ça, non ? Lui qui désirait tant qu’elle entre dans le monde du travail… « Toi non plus. » Il n’avait pas changé, il avait toujours les mêmes traits sur son visage, les mêmes expressions qui auraient pu séduire n’importe quelle femme dotée d’un cœur – ce qui n’était pas le cas de Dee –. Il était juste devenu un homme, un vrai, le rendant ainsi encore plus charmant qu’autrefois. Quant à Dee, elle n’était plus une petite adolescente. Au fond, seul leur âge était différent ; eux étaient toujours les mêmes. Lorsque Dorian la regarda ouvertement, Dee en fit de même, amusée par la situation. Elle connaissait le jeune homme, elle savait qu’il n’oserait pas se comporter de la sorte avec les autres femmes, de peur de les mettre mal à l’aise ou de culpabiliser. La question si prévisible tomba enfin. « Toi, bien évidemment. Ne le dis pas à Nathaniel. » répliqua-t-elle aussitôt, un air sérieux sur son visage et son faible sourire disparaissant de la surface de la Terre. Pour jouer la comédie, Dee était experte. Elle avait bien senti qu’il n’était pas tout à fait lui-même face à elle et qu’il aurait donné n’importe quoi pour ne pas croiser sa route. Et c’est ça qui était bon, justement. C’était si jouissif de l’enfoncer davantage, même si tout ceci ne partait pas d’une si mauvaise attention que cela au fond. « Qu’attends-tu pour m’offrir un verre, alors ? » Si Dorian lui lançait un défi avec ce champagne, Dee prenait le risque. Elle ne reculait jamais devant rien.
Dorian a écrit:
Ses sourcils s’arquèrent alors qu’il arborait une moue peu dupe, sans se défaire de son sourire pour autant. Comme toujours, Delilah ne manquait pas d’audace, mais pour une raison qui lui échappait, venant d’elle, ce comportement ne l’avait jamais agacé. Du moins, pas autant que de la part de quelqu’un d’autre. Son attitude l’amusait plus qu’elle ne l’impressionnait. Et il se pouvait qu’au fond, ça avait toujours été sa plus grande bêtise : le fait de ne pas prendre son côté exigeant et excessif au sérieux. Rétorquer n’aurait fait que l’encourager davantage et pour cette raison, Dorian ne laissa pas un seul mot lui échapper pendant un long moment. Au bout du compte, peut-être s’était-il un peu précipité, en affirmant qu’elle n’avait pas changé. Ses griffes lui paraissaient bien plus aiguisés qu’autrefois... Face à la réponse qu’elle ne tarda pas à lui donner, Dorian eut un ricanement empreint d’ironie. Le genre de réaction qu’il ne se permettait jamais, d’ordinaire, préférant intérioriser ses émotions. « Oh, je t’en prie, » murmura-t-il tout en faisant mine d’être un instant attendri par cette confession des plus inattendues. Elle pensait qu’il était naïf et stupide et au fond, il n’en attendait pas moins d’elle. Mais s’il y avait bien une chose qu’il avait apprit à force de côtoyer des personnes dotées d’une prétention démesurée, c’était qu’il fallait s’en méfier. Comme de la peste. « Tu es une très bonne comédienne. Mais tu as mal choisi ton public. » Venant de la bouche d’une autre, ces mots auraient pu le déstabiliser véritablement. Il avait grandi dans un milieu où l’hypocrisie et le mensonge étaient les maîtres mots, pourtant, dans un élan d’espoir utopique – et désopilant -, il croyait souvent qu’une bonne majorité de gens valaient mieux que ça et étaient capables d’être bons. Hélas, les Rhodes n’avaient jamais fait partie de cette majorité et ce n’était pas prêt de changer. Cacher son malaise face à Delilah aurait été vain et inutile. Dorian était conscient que toute tentative de paraître indifférent serait vouée à l’échec sous l’œil intransigeant de la jolie brune. Dorian n’avait pas commit beaucoup d’erreurs durant sa vie, principalement parce que jusqu’à un certain temps, la plus insignifiante de ses décisions et le moindre de ses pas étaient contrôlés par un père qui ne lui laissait aucun droit à l’erreur et se délectait d’une vie parfaitement rangée et organisée à travers lui. Mais son plus grand égarement – et son plus intense regret - restait Delilah. Guidée jusqu’à lui par la rancœur et la colère, elle avait été l’ange déchu qui l’avait entraîné à sa suite et mené à sa perte. Elle avait été sa plus grande faiblesse. Peut-être l’était-elle toujours, d’une certaine façon. Bien évidemment, Dorian était trop bien éduqué pour pouvoir le lui annoncer en toute franchise. Soutenant son regard en silence pendant quelques secondes, il finit par lever la main afin de faire signe au serveur d’approcher, lui commandant une flûte de champagne. « Je me demande ce qu'en penserait ton adorable frère, s'il nous voyait. »
Dee a écrit:
Une moue boudeuse s’empara du visage jusqu’à alors inexpressif de Delilah. Comment ça elle avait mal choisi son public ? Décidément, Dorian était le seul à ne pas se faire avoir par la jeune femme. Pourquoi ? Parce qu’il la connaissait ? Personne ne parvenait à établir sa personnalité véritablement, alors la raison ne provenait pas de là. Il était tout simplement très observateur et son aversion pour Nate et sa puissante famille en général l’avait sans doute poussé à se méfier de tout ce qui pouvait sortir de la bouche des Rhodes. « Où est-passé ton humour, Wilshire ? » s’enquit-elle, presque sèchement, avant de reprendre la parole. « Tu aurais pu au moins faire semblant quelques minutes ! » ajouta-t-elle, prenant un air outré et boudeur, avant de rire doucement. Elle qui pensait pouvoir le déstabiliser en annonçant un nouvel intérêt pour lui, voilà qu’elle s’était trompée. Mais ce n’était que partie remise : Dee connaissait quelques unes de ses faiblesses et était prête à parier qu’elle arriverait à le mettre très mal à l’aise et à le rendre nerveux très prochainement. Il restait un homme après tout, avec des besoins et des points faibles dont la femme en faisait partie. Étonnée de voir qu’ils vendaient du champagne de qualité dans cet endroit minable, Delilah accepta de relever le défi que lui avait lancé Dorian. Après tout, quels étaient les risques ? Recracher à la figure l’alcool si jamais il n’était pas potable ? Même dans cette situation-là, la victime ne serait pas la jeune Rhodes mais Dorian qui se trouvait devant elle. Lorsque le serveur arriva enfin avec la bouteille, Dee se laissa servir une coupe et huma l’odeur du bout de son nez avant de la porte à ses lèvres. Elle but tranquillement une gorgée et savoura l’effet des bulles sur sa langue. Bon, Dorian n’avait pas tort : ce n’était pas le meilleur champagne qu’il soit donné de boire sur Terre – ceux que cachaient dans leur cave les Rhodes étaient délicieux à s’en damner – mais il était tout de même appréciable. Le silence s’était emparé de la conversation depuis que le serveur avait fait son apparition avant de se diriger vers une nouvelle table. Et Dee ne pouvait s’empêcher de penser que son verdict était très attendu par Dorian. Et c’était ça qui était drôle, le laisser penser qu’elle pourrait entrer dans une colère monstre et faire son petit caprice habituel si jamais cela ne lui plaisait pas. Parce que tout cela le mettrait définitivement mal à l’aise face à toute la clientèle de l’After Hours mais aussi les employés. Finalement, la voix envoûtante de la jeune femme brisa le silence. « Pour une fois que tu as raison. » lâcha-t-elle, simplement, un léger sourire moqueur sur les lèvres. Il disparut aussitôt lorsqu’il lança le sujet Nathaniel. Non pas que cela déplaisait fortement Dee parce qu’elle adorait parler de son frère, mais parce qu’il cherchait à faire naître des questions en elle. S’il pensait attiser une certaine culpabilité, il se trompait sur toute la ligne. « Il n’en penserait rien. » Un sourire s’empara finalement des lèvres de la jeune femme mais n’annonçait rien de bon. « Il a-gi-rait… en te collant un poing en pleine figure. Ou en engageant quelqu'un faire le sale boulot à sa place. »
Dorian a écrit:
Dorian ne pouvait décidément pas affirmer qu’il connaissait Delilah. Il n’avait connaissance que de certains aspects qu’elle voulait bien dévoiler, et il lui semblait que depuis toujours, il n’avait fait qu’effleurer la surface. La cerner s’avérait être une tâche complexe et son hostilité avait fini par le décourager. Dorian n’était ni psychologue, ni son proche ami et pour cette raison, il s’était rendu compte que la chose la plus censée à faire était de rester loin de ce tourbillon à l’apparence faussement fragile et angélique. « Mon humour est passé à la trappe depuis longtemps, voyons, » lui annonça-t-il, l’air aussi enjoué que le tien, avant de rajouter : « Tout comme tes manières. » Le tout savamment voilé d’une tendresse qui était pour une fois feinte, même si le bleu intense de ses yeux était soudainement devenu plus froid. A bien y penser, il aurait nettement préféré être confronté à une méchanceté injustifiée plutôt qu’à une candeur artificielle. Certes, il en fallait bien plus pour qu’il perdre son sang froid, mais sa tentative de jouer avec lui et de le leurrer, tel un débutant qu'il devait toujours être à ses yeux, le fit tout de même grincer des dents. « Tout le monde n’a pas un don inné pour prétendre. » Dorian détestait faire semblant, c’était incontestable. Encore plus si c’était dans le but de satisfaire les envies fantasques et les caprices d’un fantôme du passé. Sans doute allait-elle lui dire qu’elle lui compatissait de sa voix de velours pourtant piquante de sournoiserie. Il en avait l’habitude. Tout comme il avait l’habitude de ses longs silences troublants, - seigneur qu’elle devait aimer voir le monde cesser de tourner, suspendu à ses lèvres rosées. Sa réaction lui arracha un sourire alors qu’il baissait finalement son regard vers le verre entre ses mains. Il n'y avait plus touché depuis un moment, mais ne sut dire si le goût du breuvage lui semblait trop amer ou si la compagnie de Delilah le déroutait au point qu'il n'oublie l’existence de cette bière. Pour une fois que tu ne te plains pas, fut-il d’abord tenté de lui murmurer. Au lieu de quoi il but une gorgée de sa bière, toujours un brin amusé. « Et il faut croire que c’est une perspective qui te ravit énormément... sinon tu ne serais pas là. » Ce soudain désir d'engager une conversation amicale avec lui cachait certainement quelque chose. Un coude posé sur la table, Dorian se pencha légèrement au dessus pour se rapprocher de Delilah de quelques centimètres. « Qu'y a -t-il, Dee ? Cette 'figure' ne te déplaisait pas tant que ça, à une époque. » Cette attitude lui était inhabituelle, mais le fait était que ce rôle imprégné de fourberie le siégeait si bien que c'en était déstabilisant. Quiconque le connaissant n'aurait sans doute pas reconnu l'homme courtois, honnête et délicat. Hélas, le regard incandescent de Delilah - tout comme son envie de l'enrouler autour du doigt - semblait suffisant pour éveiller en lui toute une multitude de facettes habilement enfouies.
Dee a écrit:
Effectivement, son humour avait disparu de la surface de la Terre depuis longtemps. Quoique de souvenirs, Dee se demandait s’il en avait déjà eu. Réfléchissant légèrement, la jeune femme manqua l’occasion de répliquer aussitôt puisque Dorian reprit la parole en lui parlant de ses manières. Portant son regard dans celui de l’homme, la jeune Rhodes finit par rétorquer. « Je n’en ai jamais eu, c’est normal. » Ses parents l’avaient éduqué, bien entendu, la confiant même à des spécialistes en la matière. Mais Dee n’en avait que faire : manquant cruellement d’amour et d’affection, elle avait combattu à sa manière, à savoir en refusant toutes les règles familiales pour choisir sa propre existence. Pied de nez à ses parents, en somme. Volonté de se rebeller contre une vie qui ne lui convenait pas. Dee aurait donné, à l’époque, n’importe quoi pour que ses parents daignent s’intéresser à elle comme ils l’avaient fait pour Nate. Faire semblant ? Bien entendu que Dorian ne serait jamais pris à ce jeu-là : il était bien trop honnête pour s’abaisser à ce niveau. De toute façon, c’était à se demander ce que Dee lui trouvait comme intérêt. Il en était presque ennuyeux à vouloir être si parfait. Jamais un faux pas, jamais un mot de travers, il semblait maître de tout. Cependant, Dee savait que tout ceci n’était que façade : elle avait été sa plus grande faiblesse et ne cesserait de lui rabâcher les oreilles avec cela s’il le fallait parce que contrairement à lui – sans doute –, elle ne regrettait rien. Il lui avait donné l’occasion de le tenir à vie, un lien avait été tissé entre eux cette nuit-là, un lien indestructible mais surtout indéniable. Nate n’était au courant de rien, persuadé que la jeune femme avait perdu sa virginité avec un inconnu rencontré en soirée. Et si jamais Delilah lui avouait cette fameuse nuit, c’est Dorian qui en payerait les conséquences et dieu sait ce que Nate était capable de faire. Elle but une autre gorgée de champagne et la savoura tout en écoutant Dorian. « Nathaniel n’est pas obligé de savoir, si c’est ça qui te préoccupe tant. » Pourquoi fallait-il toujours que l’on s’imagine que Dee avait une idée derrière la tête pour tout ce qu’elle entreprenait de faire ? Bon, il est vrai qu’il fallait toujours se méfier en sa compagnie, son imagination étant bien trop débordante en matière de plan machiavélique. Mais cette fois-ci, rien n’était prémédité. Elle avait été réellement surprise de trouver là Dorian. Bien entendu, elle ne lui dit de tout cela, il n’avait pas besoin de le savoir et de toute manière, il ne la croirait pas. Lorsqu’il se pencha vers elle, elle ne put s’empêcher d’en faire de même. Puis, prenant un même air, elle reprit la parole. « Pourquoi me déplairait-elle maintenant ? » Dorian n’était pas du genre à se comporter de la sorte et ce retournement de situation amusa intérieurement beaucoup Delilah. Elle n’en montra rien, se contenta d’entrer dans le jeu comme à son ordinaire. Pourtant, ses propos révélaient une certaine vérité mais Dee ne s’en serait jamais vantée.
Dorian a écrit:
Son envie d’avoir toujours le dernier mot avait cessé d’être une surprise. Certains continuaient sans doute de s’en étonner, d’être pris au dépourvu par une aigreur qui jurait avec ce petit bout de femme frêle aux grands yeux de biche qui n’attendait qu’une opportunité pour révéler sa nature de prédatrice adroitement dissimulée. Mais Dorian n’était plus naïf et la seule chose dont il pouvait être sûr à cet instant, c’était que jamais Delilah ne laisserait lui échapper une occasion de le dénigrer. Peut-être pas avec autant de haine qu’un autre – il osait l’espérer – mais cela faisait bien longtemps qu’il avait réalisé à quel point ses airs d’ange innocent étaient trompeurs. « En effet, » souffla-t-il pour toute réponse, son sourire distant se voilant d’une certaine malice. Dorian ne savait pas réellement s’amuser, profiter de la vie et prendre les choses avec humour, c’était un fait qu’il ne cherchait pas à nier. C’était aussi l’une des facettes de sa vie qu’il avait cherché à fuir en quittant Londres pour s’offrir ce petit road-trip à travers les Etats-Unis. Derrière la perfection superficielle de son existence mesurée à la seconde près, il n’avait jamais goûté à la liberté. Il ne s’était jamais véritablement lâché, comme on disait. Lorsque la voix soyeuse de Delilah résonna de nouveau, le forçant à relever son regard céruléen vers elle, Dorian ne put contenir un ricanement. « Ça ne me préoccupe pas, » contesta-t-il calmement. « Ça m’amuse. » Après tout, à l’heure actuelle, la haine excessive que Nathaniel nourrissait à son égard pouvait sembler immotivée. Lui révéler la vérité sur la nature exacte de leur ‘relation’ signifiait lui donner une raison de le détester davantage et cette fois-ci, pour une raison bien valable. Dorian doutait énormément que Delilah avait une telle soif de confession. Nate fermait certainement les yeux sur de bien nombreux excès, mais apprendre que sa petite sœur avait perdu son innocence dans les bras de son ennemi juré risquait d’avoir des conséquences et pas seulement sur Dorian. Bon, la chute serait nettement plus douloureuse pour lui, c’était indubitable, et Nate serait capable de retourner la situation si ingénieusement que l’anglais serait le seul et unique fautif - en tant qu’être ignoble et profiteur qu’il était, d’après lui. Quelque chose lui disait cependant que tomber dans l’estime de son grand-frère, ne serait-ce que pour une fraction de seconde, n’était pas une optique qui enchantait Delilah. Ce côté « je sombre et tu sombres avec moi, tant bien même si c’est pour mieux te relever par la suite » était terriblement malsain. Lorsqu’il se rapprocha intentionnellement d’elle, dévoilant par la même occasion une insolence que peu lui soupçonnaient, Dorian s’autorisa de longues secondes pour détailler ses traits, courir sur ses pommettes rosies, sur ses longs cils noirs, avant de s’égarer jusqu’à ses lèvres. La question de la jeune femme resta sans réponse et il tenta de ne pas s’accrocher au fait que la faire attendre était très plaisant. Finalement, comme s’il n’avait pas pu trouver ce qu’il cherchait, Dorian retrouva sa place initiale avec un soupir qui reflétait tout son dépit. « Parce qu’on sait tous les deux que rien ne vaut la peine pour que t’y attardes. » Terminant sa dernière gorgée de bière, il reposa le verre vide ainsi que quelques billets – pour sa commande et la sienne – sur la table. « Bonne soirée, Delilah. » Aussi divertissant qu'elle pouvait lui sembler au premier abord, cette discussion avait quelque chose de néfaste. A moins que ce n'était que sa présence, qui s'avérait plus corrosive que jamais ? Il refusait de se laisser entraîner dans son jeu, de s'aventurer sur ce terrain regorgeant de répliques acerbes et de coups bas en perspective. L'expérience démontrait que Delilah était aussi destructrice qu'un ouragan impitoyable et sa vie avait d'ores et déjà des allures d'un chaos insensé. Son honnêteté ne payait pas, il avait perdu la confiance d'une de ses uniques amies dans cette ville et rien n'allait comme il aurait voulu. Rester auprès de Delilah aurait été une très mauvaise idée...
Dee a écrit:
Ainsi donc, tout ceci l’amusait. Pourtant, si un jour Nathaniel apprenait la relation sexuelle qu’ils avaient eue par le passé, les conséquences seraient désastreuses. La puissance de Rhodes n’était plus à prouver. Plus le temps passait, plus son travail devenait important. On ne pouvait plus se passer de lui, et bientôt il parviendrait à atteindre son rêve : être président. Delilah était confiante, elle savait qu’il avait toutes les cartes en main pour y parvenir et qu’un obstacle sur sa route ne le freinerait pas pour autant. Quiconque se met à travers de son chemin le regrettait bien assez vite. Nate écrasait tout sur son passage et si Dee était souvent qualifiée d’ouragan, son frère était bien pire. Dorian pouvait bien faire le malin devant la jeune femme, elle n’y croyait pas une seule seconde. Ou alors, il était bien naïf de penser qu’une telle révélation ne l’atteindrait pas trop : Nathaniel était capable de payer quelqu’un pour faire le sale boulot à son place, détruire et broyer les os de Dorian lui effleurerait sans doute l’esprit dans le meilleur des cas ; dans le pire, il mettrait sans nul doute à exécution ce plan sadique. Certes, Dorian n’était pas le seul coupable dans cette histoire, Dee avait été pleinement consentante et ne le nierait pas. Elle pourrait tout bonnement jouer la comédie, prôner l’innocence devant son frère mais elle n’en avait pas envie. Si elle avait couché avec Dorian, ce n’était pas pour rien : elle voulait se venger de Nathaniel et elle savait qu’une telle confession pourrait lui faire du mal. Son frère était sa plus grande force mais aussi sa plus grande faiblesse. Lorsqu’il lui tournait le dos, ne serait-ce que quelques minutes, Delilah se sentait défaillir et perdait le contrôle d’elle-même. C’était ce qu’il s’était passé quelques années plus tôt. Un rire moqueur s’échappa des lèvres de la jeune femme, lorsque Dorian lui annonça donc s’amuser. Tant mieux car elle aussi prenait un réel plaisir à être là, à jouer avec lui et à contenir un secret lourd de conséquences. Savoir qu’un risque planait au dessus de sa tête rendait presque sa vie plus amusante, elle qui s’ennuyait tant du monde. Mais ça, elle n’en dirait rien. Encore moins à Dorian. Le regard braqué sur lui lorsqu’il se pencha vers elle, Dee en fit de même de sorte à afficher un peu plus son décolleté. C’était un atout majeur, quelque chose qui lui permettait d’obtenir nombreuses choses. Pourtant, elle savait que cette tentative serait vaine face à Dorian. Il était bien trop sérieux, bien trop lisse pour se laisser aller à de telles choses. Et surtout, il persistait à la voir comme une enfant. Une moue boudeuse se dessina sur le visage de la jeune Rhodes, tandis que son ancien amant lui annonçait que rien ne savait vraiment retenir son attention. Alors qu’elle allait répliquer quelque chose qui lui ressemblait bien, Dorian l’a pris au dépourvu en se levant et en déposant de l’argent sur la table. Il lui souhaitait désormais une bonne soirée : sa seule distraction de la soirée allait s’envoler sous ses yeux, sans qu’elle ne puisse vraiment y faire quelque chose.

Delilah le regarda s’éloigner, puis sortir du bar. Toujours assise à la table, elle ne réfléchit pas bien longtemps et s’élança à sa suite. L’attrapant par le bras alors qu’il descendait les quelques marches qui le séparait d’un chemin de terre, Dee planta son regard dans celui de Dorian. « Je sais que je ne suis pas très fréquentable mais ne me dis pas que tu crains pour ta réputation. » fit-elle, d’un ton froid comme à son ordinaire, soutenant son regard sans broncher. Mais au bout de quelques temps, ses yeux changèrent : ils ne brillaient plus de la même façon. La jeune femme ne semblait plus faire semblant et chercher par tous les moyens à obtenir le dernier mot, à être plus forte que tout. « Je m’ennuie terriblement dans cette ville. » lâcha-t-elle finalement, tout en relâchant la pression qu’elle exerçait encore sur le bras de Dorian. Les membres supérieurs de la jeune femme retombèrent dans un mouvement las le long de son corps, tandis que ses yeux ne quittèrent plus ceux de Dorian. Sa confession allait-elle avoir un semblant d’effet sur lui ? Elle ne cherchait pas de la pitié ou de la compassion, loin de là. Elle prenait seulement le temps de répondre enfin à l’une des interrogations de Dorian : pourquoi donc l’avait-elle rejoint à table ? Que cherchait-elle à faire contre lui ? Rien n’avait été prémédité, il était tombé au bon moment, voilà tout. Et s’il ne souhaitait pas le comprendre, s’il persistait à craindre pour sa peau en sa compagnie, et bien soit. Dee trouverait bien un idiot quelque part dans cette ville pour se divertir, ce n’était pas ce qu’il manquait dans cet endroit empli de bouseux.

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Chaque femme mérite
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Jodie Ostroff

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MessageSujet: Re: Ancien topic Dee/Dorian   Sam 19 Oct - 20:06

Dorian a écrit:
Le pire était sans aucun doute de comprendre que s’éloigner d’elle, même aujourd’hui, lui demandait un effort presque insurmontable. En dépit de toutes ses convictions, de toutes ces fois passées à se répéter, encore et encore, que Delilah n’avait plus la moindre influence sur son présent, Dorian réalisait que cette affirmation était fausse. D'une manière qui lui échappait totalement, la jeune femme avait su conserver un certain contrôle sur lui. Que ce soient ses réactions ou les pensées nuisibles et empoisonnées qui s'insinuaient lentement dans son esprit. Il aurait pu prendre sur soi et continuer sur sa lancée, lui ripostant et lui tenant tête jusqu'à ce qu'elle s'en lasse et choisisse de laisser tomber. Delilah n'était pas connue pour sa patience, - elle s'ennuyait vite. Dorian avait assez de bon sens pour comprendre qu'il ne représentait aucun intérêt à ses yeux. Il n'y avait qu'un seul et unique mais : il détestait être utilisé et l'optique de devenir une marionnette désarticulée entre les mains - trop - habiles de Dee ne lui inspirait aucune joie. Ils avaient déjà emprunté ce chemin périlleux et cela ne les avait mené nulle part. Pour le peu qu'ils avaient partagé, elle aurait pu avoir la gentillesse de choisir un autre jouet pour ce soir. Quoi que, ce mot ne devait pas faire de son vocabulaire. Écoutant le bruit de ses pas qui se rapprochaient, Dorian ferma les yeux alors que sa main se resserrait instinctivement sur la rambarde. L'air frais et un peu humide de l'extérieur lui brûla légèrement la gorge, desséchée par l’alcool. « Tu t'ennuies ? » répéta-t-il, comme si cette révélation était au-delà de l'irréel. N'y avait-il donc pas une vie à briser ? Un couple à anéantir ? La confrontant d'un regard presque hostile, Dorian finit par baisser ses yeux bleus vers la main qu'elle avait posée sur son bras. Après s'être ouvertement moquée de lui, la jeune femme espérait l'attendrir... Sa mâchoire se crispa et pendant un long moment, il ne prononça pas le moindre petit mot. Il la détestait. Il détestait absolument tout chez elle, - sa peau de velours, ses grands yeux qui semblaient voir à travers lui, sa voix suave alors qu'elle assénait le coup de grâce. Son venin le rendait nauséeux mais son propre être en devenait imprégné au fur et à mesure que les secondes s'écoulaient, interminables. Il ne savait plus qui il était, auprès d'elle. Un pantin de plus. Une âme souillée. Toutes ses croyances semblaient être ravagées par un seul battement de ces longs cils. Glissant une main exigeante derrière sa nuque, il la rapprocha violemment de lui pour emprisonner ses lèvres contre les siennes. Dénué de tout semblant de tendresse, ce baiser lui incendia les poumons tandis qu'une même question résonnait dans ses tempes endolories : pourquoi ? Il n'existait aucune explication logique à son geste et aucun argument assez convaincant. Tout s'entrechoquait dans sa tête dans un désordre affligeant. Sa haine pour Nate, l'indifférence et la distance de Lilian, la déception qu'il avait été pour Polly. Dorian ne valait pas mieux que ceux qu'il prétendait haïr férocement. Ses doigts se perdant dans ses cheveux, il la maintint fermement contre son corps, l'empêchant de se défiler. Elle était si miniature dans ses bras qu'il aurait pu craindre de la briser ou de lui faire mal. Aurait pu... Insatiable, il la poussa contre la rambarde de la terrasse, craignant un instant qu'elle ne cède sous la force qu'il y mettait. « Et maintenant ? » l'interrogea-t-il sèchement. « Est-ce que c'est assez amusant à tes yeux ? » Sa main agressivement cramponnée à sa hanche, Dorian ne tarda pas à desserrer ses doigts alors que son regard coléreux restait accroché au sien. L'effet qu'elle avait sur lui était méprisable, mais au bout du compte, il ne pouvait que s'en vouloir à soi-même. « Je ne suis pas ton jouet personnel, Delilah. Ne me pousse pas à bout et ne m'oblige pas à te le répéter, » conclut-il finalement d'un ton amer. Pourquoi diable-t-il avait la sensation de chercher à s'en persuader ?
Dee a écrit:
Oui, elle s’ennuyait. Cet aveu aurait pu sonner comme une faiblesse, et au fond sans doute en était-ce une, mais il était avant tout la dernière carte à jouer de Delilah. Elle avait joué avec le jeu, avait provoqué une fois de plus Dorian et avait fini par le faire fuir. Et elle ne pouvait pas se permettre de laisser une telle chose se passer. Elle tournait en rond dans cette ville immonde et le retrouvait par le plus grand des hasards avait sans doute été la meilleure chose qui lui était arrivée depuis le début de la journée. Bien sûr, Dee aurait pu trouver une victime pour se venger de l’ennui profond qui lui faisait broyer du noir et passait du temps à faire sa belle pour mieux contrôler la situation avant de porter le coup fatal. Le bar en regorgeait mais seul Dorian retenait toute son attention, bien malgré elle. Elle ne pouvait tout simplement pas le laisser filer. La vérité, c’était qu’elle était lasse de briser des cœurs. Dorian lui inspirait des choses différentes, des choses qui l’attiraient davantage ce soir-là. Quoiqu’il dise, ils étaient liés à vie depuis leur fameuse nuit ensemble et même si Dee n’attachait aucune importance à ce genre de choses futiles, elle avait conscience que l’homme était bien plus qu’un pantin, qu’elle le veuille ou non. Il était le seul à lui tenir tête, comme s’il regrettait amèrement leur corps-à-corps qui, pourtant, a sans doute été à la hauteur de toutes ses attentes. Et ce détail attisait fortement la curiosité de Dee. Elle voulait le percer à jour, le mettre à nu mais la façade de fer qu’il lui offrait rendait les choses plus difficiles. De quoi amuser totalement la jeune femme. Les obstacles en travers de son chemin lui permettaient de faire naître une certaine adrénaline en elle, qui lui permettait de se sentir vivante. Elle n’était donc pas prête à renoncer à Dorian ce soir, qu’il le veuille ou non. C’est pour cette raison qu’elle ne se soucia même pas de sa fierté et le suivit hâtivement. Il avait voulu la fuir, jouer au lâche qui n’assumait pas le passé et qui n’aimait pas sa compagnie, elle allait lui montrer qu’il s’attaquait à plus fort que lui. Lorsqu’elle était déterminée, elle allait jusqu’au bout de son caprice, qu’importe les conséquences. C’était là la marque de fabrique de Rhodes, sans nul doute. Sa main toujours posée sur l’avant bras de Dorian, elle attendit qu’il daigne réagir. Cela ne tarda pas à arriver. « Ne m’oblige pas à répéter. » Dee avait joué la carte de la sincérité pour le retenir, et cela n’était pas prêt de se reproduire. Elle préférait de loin la manipulation et le mensonge. Finalement, elle relâcha la pression qu’elle exerçait sur son corps. Il lui lançait un regard hostile mais elle ne tourna pas pour autant la tête : bien au contraire, elle le soutint et en fit de même. Il n’arriverait pas à la déstabiliser, elle avait laissé entrevoir quelques secondes d’humanité et c’était déjà bien trop. Mais alors que Dee semblait avoir le contrôle sur la situation, elle fut plus que surprise de constater que Dorian savait être imprévisible lui aussi. Lorsque son corps cogna le sien pour sceller leurs lèvres dans un baiser sans amour, presque sauvage, la jeune Rhodes ne détenait plus le pouvoir. Emprisonnée contre Dorian par une force qu’elle ne lui connaissait pas, Dee sentait son corps fragile souffrir légèrement de la fermeté avec laquelle il s’employait à la maintenir. Elle n’en montra cependant rien, gardant cette même expression d’hostilité et de froideur sur son visage de poupée. Lorsqu’enfin il mit fin à la proximité de leurs lèvres, Dee n’eut guère le temps de reprendre sa respiration ou d’ouvrir la bouche, puisqu’il la poussa de tout son corps contre la barrière. Le choc fit naître une certaine douleur dans le bas du dos de la jeune femme, mais celle-ci se transforma bien vite en une envie. Le nouvel Dorian qui se trouvait face à elle était bien plus intéressant que celui qu’il s’évertuait à être d’ordinaire, ce type vieux jeu qui ne prenait pas grands risques. Il la questionna ensuite, d’un ton sec qu’elle ne lui connaissait pas. Son regard avait changé et Dee devait bien admettre que celui lui plaisait plutôt bien : avoir un tel effet sur un homme était jouissif. « Cela le serait davantage si on baisait là maintenant tout de suite contre cette barrière et en public. » répliqua-t-elle, d’un ton provocateur. Le regard qu’elle lui lança le confirma notamment. Il n’était de toute manière pas capable d’une telle chose et c’était bien cela qui faisait naître en elle une certaine moquerie. Finalement, Dorian la lâcha et fit quelques pas en arrières. Alors voilà, c’était tout ? Elle devait avouer qu’il l’avait fortement divertie durant quelques minutes et c’était toujours bon à prendre. Mais surtout, cela lui avait permis de découvrir un nouvel homme. Elle avait une influence sur lui. Si le constat était terrible pour Dorian, il sonnait comme une bonne nouvelle pour Delilah. « Tu sais que t’es excitant lorsque tu t’énerves ainsi…. » ajouta-t-elle, mutine, tandis qu’il la menaçait désormais. « Sinon quoi ? » Cette fois-ci, le regard qu’elle lui lança respirait le défi. Elle n’avait peur de rien, l’avait-il oublié ?
Dorian a écrit:
Il avait eu l’infime espoir qu’elle choisisse de ne pas le suivre, qu’elle réagisse de manière habituelle, - sans se soucier le moins du monde du fait qu’il avait décidé de s’en aller. Ce n’était définitivement pas une grande perte à ses yeux et loin de se voiler la face à ce sujet, Dorian était conscient du fait qu’il ne possédait pas la même ascendance qu’elle, de son côté, avait sur lui. Il ne représentait rien de plus qu’un autre pour elle, mais loin de le chagriner, ce constat le laissait étonnamment indifférent. Ce n’était pas comme si un jour, il avait réellement cru le contraire. Il avait toujours su qu’aux yeux de la jeune femme, il n’avait été qu’un moyen d’assouvir ses envies de vengeance. Et il aurait certes pu s’en plaindre et regretter d’avoir été aussi stupide et faible, mais ses souvenirs ne ravivaient en lui rien d’autre que de la colère. Une colère sourde et néfaste qu’il n’était pas apte à exprimer et qui le tiraillait de l’intérieur. Sans s’en douter un seul instant, Delilah était la raison pour laquelle Dorian s’était détourné de Lilian il y a des années, alors que ses sentiments n’avaient jamais été plus forts qu’à cette époque. Parce qu’il avait l’impression de refaire la même erreur, qu’il s’en voulait beaucoup trop d’avoir profité de la situation avec la jeune Rhodes, - tant bien même que cette dernière n’attendait que ça. Cet instant d’égarement avait été la goutte qui fit déborder le vase, le moment exact où il réalisa que le mépris pouvait aussi le guider malgré l’image parfaite qu’il s’efforçait d’entretenir. Dorian aimait se dire que son comportement avait toujours été irréprochable, peu importe la situation, et que contrairement à certaines de ses connaissances du milieu, ses agissements n’étaient jamais engendrés par de mauvaises intentions. Cette noblesse était la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher pour ne pas se laisser entraîner dans la sournoiserie du monde où il avait vu le jour et grandi. Mais au bout du chemin, la réalité était bien moins attrayante : il se plaisait à se rassurer à renfort d’illusions aussi fragiles qu’hypocrites. Et lorsque sa main se glissa dans la chevelure soyeuse de Delilah alors que son corps se heurtait contre le sien, Dorian ne tarda pas à rendre les armes. Cesser de croire aussi rapidement en ce qu’il croyait juste ne lui ressemblait pas, mais à cet instant précis, il n’avait plus la force de continuer à se vanter d’être irréprochable alors qu’il ne l’était en aucun cas et que tous, sans exception, le savaient, Delilah la première. Alors que la colère semblait dominer sur tout ce flot d’émotions qui bouillonnaient violemment dans son être, une sensation tout à fait nouvelle - et contradictoire à ses réflexions – le fit frissonner. La proximité de la jeune femme avait beau avoir quelque chose de légèrement familier, c’était pourtant comme s’il la découvrait pour la première fois. Comme si ses lèvres n’avaient jamais goûté et savouré les siennes, du moins, pas avec une telle ardeur. Ce baiser n’était que la conséquence de l’exaspération qui l’animait depuis que Delilah avait fait son apparition dans le bar, lui rappelant sur son passage qu’il n’avait jamais été aussi vertueux et moral qu’il voulait le paraître. Se détachant d’elle tout en se maudissant brièvement d’avoir été aussi impulsif, Dorian laissa son regard clair s’ancrer contre le sien. Il ne savait pas ce qu’elle attendait de lui et cette ignorance le rendait dingue. Sa provocation ne rencontra qu’un silence amer et Dorian ne fit rien d’autre que de serrer sa mâchoire qui se contracta nerveusement. « Tu vas finir par te dégoûter de toi-même, » lui souffla-t-il d’un ton de nouveau neutre, comme si cette perte de contrôle l’avait vidé de toute son énergie. Mais en réalité, il était las de lutter, las de chercher à se prouver quoi que ce soit. A quoi bon fournir autant d’efforts si Delilah était capable de le déstabiliser aussi facilement ? Il avait l’impression de s’acharner contre un mur inébranlable, à se fixer des limites que lui seul voyait. « Tu me connais assez bien pour savoir que je ne suis pas la personne à aller voir quand on s’ennuie, non ? » reprit-il alors que cette fois-ci, sa voix rauque se voilait d’un léger amusement. Delilah était la première à déplorer son côté trop sérieux et c'était plutôt justifié. A peine revint-elle dans sa vie qu'elle se retrouva être la raison de son premier écart de conduite depuis maintenant des années. S'il y avait bien une chose dont il n'avait jamais douté, c'était que la présence de Delilah rendait son quotidien bien moins fade. Le problème, c'était qu'il n'était pas sûr de vouloir vivre sur un volcan prêt à exploser. « Je ne sais pas pourquoi tu es ici et honnêtement, je ne veux pas le savoir, » entama-t-il, s'autorisant à détailler son visage avec attention. « Mais ce n'est pas avec moi que ton séjour dans cette ville te semblera plus joyeux, on le sait tous les deux. Alors à moins de vouloir t'attirer les foudres de ton frère une nouvelle fois... tu devrais juste laisser tomber. » Il n'en avait strictement rien à faire de sa réputation à lui, - à Sand Valley, il n'avait aucun compte à rendre. Et même s'il n'y avait aucune chance à ce que Delilah le croie, il fut un temps où elle avait été bien plus importante que sa notoriété...
Dee a écrit:
Si la vengeance avait guidé Dee vers Dorian par le passé, elle avait du rapidement admettre que Dorian n’avait pas été simplement un choix stratégique. Ce n’était pas le genre d’homme facilement apprivoisable et pourtant, face à la jeune femme, il avait cédé. Baissant sa garde, il avait abandonné la façade lisse et propre qu’il affichait en permanence. Il ne ressemblait en rien à Nathaniel ou même à Delilah : alors que tous deux se fichaient pas mal d’utiliser des méthodes facilement critiquables pour parvenir à leurs fins, Dorian avait toujours mis un point d’honneur à faire les choses comme il le fallait, qu’importe le temps que cela prendrait pour atteindre son objectif. Et cette facette avait toujours fasciné la jeune Rhodes, même si elle ne l’avouerait jamais bien entendu. Lorsqu’il avait cédé à son caprice de jeune femme, elle n’avait pas compris ce qu’il se passait dans son esprit. Elle l’avait pensé plus fort que cela, et c’était bien pour cela qu’elle l’avait choisi, aussi. Elle ne s’était jamais imaginée dans ses bras, gémissant sous ses coups de reins, parce qu’elle n’aurait jamais cru qu’il serait aussi faible. Lui qui d’ordinaire ne se laissait jamais aller à de mauvaises choses, n’avait pas su freiner son envie de coucher avec elle : il savait pertinemment bien qui il était pour Nate, quelle réputation elle avait. Pourtant, il s’était laissé tenter. Il s’était acoquiné avec le mal. Surprenant ainsi la jeune femme qui, au fond d’elle, espérait se retrouver face à un homme solide, qui l’aurait repoussé l’empêchant de faire une terrible erreur. Elle avait choisi Dorian parce qu’il était un ennemi de son frère mais aussi parce qu’il était honnête et droit. Mais il avait été trop tard pour faire marche arrière, lorsque leurs corps s’étaient imbriqués sans difficulté par le passé. Elle s’était laissée faire et avait même senti une certaine envie naître en lui, un plaisir grandissant sous ses caresses et ses baisers. Qui aurait pu croire une telle chose ? Sans doute pas Dee, persuadée que cet homme la dégoûtait tant la haine qu’éprouvait son frère à son égard était perceptible. Elle avait apprécié leur corps-à-corps mais n’en avait jamais fait l’aveu. Ce n’était pas maintenant que cela avait changé. Lorsqu’à nouveau, les lèvres de Dorian entrèrent en contact avec les siennes, Dee sentit de légers frissons parcourir sa peau, ravivant ainsi le souvenir de leur folle nuit. Contrairement à Dorian, elle n’avait rien regretté. Pour autant, elle n’avait jamais rêvé de revivre la même chose car il était rare qu’elle fasse l’amour deux fois avec la même personne et parce qu’une telle relation avec le jeune homme était totalement improbable, même si leurs corps s’étaient bien trouvés par le passé. Lorsqu’enfin Dorian la libéra de son poids et de son besoin impulsif de la toucher, Dee afficha un sourire des plus déstabilisants. Quel en était le sens ? Tant de sentiments s’entrechoquaient en elle pour qu’elle le sache elle-même mais une chose est sûre : la situation l’amusait entièrement. L’influence qu’elle avait sur Dorian était toujours aussi forte et ce constat aurait pu réchauffer son cœur, si seulement elle en avait un. Croisant les bras sur sa poitrine, elle ne détacha pas son regard de celui du jeune homme, tandis qu’il démontrait désormais quelques signes de nervosité. « C’est tout ce que tu as à dire ? » minauda-t-elle, afin de le provoquer davantage. Prenant le même air qu’il venait d’employer, elle lui répondit. « Tu me connais assez bien pour savoir qu’un rien m’amuse, même tout ce qu’il y a de plus sérieux au monde. » Là encore, une pointe de moquerie se faisait sentir dans ses propos. Même si Dorian n’était pas l’homme le plus drôle au monde, elle savait pertinemment bien qu’il n’était pas ce qu’il cherchait à montrer. Derrière son apparence trop calme se cachait forcément quelque chose de fort. Il était, lui aussi, capable du pire comme du meilleur, il ne se l’admettait pas et c’était bien là la différence avec les Rhodes. Finalement, Dorian lâcha l’affaire. « Si c’est que tu veux… » lâcha-t-elle, d’un ton las, sa froideur légendaire reprenant possession de son visage. Elle s’approcha de lui, son souffle caressant son visage. « Il serait temps que tu admettes que ta vie n’est pas des plus joyeuses, Dorian. Cesse de vouloir être un homme parfait, tout le monde sait que cela n’existe pas. Passer du temps avec le Diable n’est pas si mal que ça et tu le sais tout autant que moi. » Se reculant d’un coup, elle laissa un rire s’échapper de ses lèvres. Il se fichait peut-être de sa réputation mais une chose est sûre, Dee venait d’égayer un tant soit peu sa soirée si morne et sans saveur. On ne s’installait pas dans un bar miteux, autour d’une bière, seul lorsque tout allait bien. La présence de Delilah avait réveillé en lui certaines choses, suffisamment en tout cas pour montrer que cela n’était pas des plus agréables de passer du temps en sa compagnie. Il ne voulait pas l’admettre à voix haute, certes, mais il était temps pour lui d’ouvrir les yeux. « Et je n’agis jamais dans le but d’uniquement énerver Nate, crois moi. » Un dernier aveu pour lire une nouvelle fois un malaise dans le regard de son premier amant, c’était bien trop tentant pour laisser filer une telle occasion. Tant pis si elle se dévoilait un peu trop, elle savait que ce n’était pas en face de Dorian qu’elle serait faible. L’influence qu’elle possédait à son égard lui permettait fièrement de dominer la scène. Un dernier aveu aussi, pour lui montrer la voie à suivre. Même s’il ignorait ses propos, Dee savait que ces quelques mots suffiraient à hanter son esprit quelques temps et cette pensée était jouissive.

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